N’ayant pas lu le roman original, je l’avoue, il me sera difficile de juger l’adaptation. Mais pas besoin de connaître le texte pour voir qu’Hugo perd de sa superbe porté à l’écran par Jean Pierre Améris. Ici, le discours politique est délaissé, le réalisateur préférant se concentrer sur son trio de personnages. Il n’est pas difficile de sentir tout le respect qu’éprouve Améris pour le texte d’Hugo, mais à travers cette admiration, il en devient trop sage. Le film manque donc cruellement d’inventivité, d’âme, et même parfois de naturel. Il va de même pour l’interprétation, trop sage elle aussi. Même si Depardieu est excellent dans ce rôle plein d’humanité proche de Cyrano, on attend toujours un éclair de génie, en vain. Le fond, clairement négligé ici, ne semble pas être la priorité d’Améris dans son film. Il s’intéresse d’avantage à la forme, souhaitant nous livrer un conte baroque en costume. L’esthétique est donc très travaillée, peut être trop, on tombe parfois dans le kitsh. Les sombres décors et les personnages grotesques de la foire qu’il nous présente rappellent évidemment l’univers de Tim Burton. Mais Jean Pierre Améris semble peu à l’aise avec le genre, et contrairement à ses précédents films, il semble parfois peu à l’aise avec sa caméra, et ne propose aucune véritable idée de mise en scène. Seules quelques métaphores, sublimées par l’image, viennent parfois relever le niveau. Ainsi, malgré son scénario bâclé, cet Homme qui rit reste un bon film, car il nous plonge dans un univers gothique splendide au point qu’on en redemande (les 1h30 de film paraissent trop courte).