Le réal Steeve Mc Queen est l'homonyme de l'acteur auquel je me suis peut-être le plus identifié, gamin, le Steeve McQueen de "Au nom de la loi" avec sa winchester à canon scié, le Steeve McQueen de "Bullit" avec sa Ford Mustang au son fabuleux. C'est son homonyme mais c'est pas lui.
Non. Celui-là, c'est un angliche, et noir de surcroît. Il a réalisé l'adaptation saisissante du livre autobiographique d'un autre noir ayant vécu un trip pour le moins traumatisant, aux USA du 19°siècle, 20 ans avant la guerre de sécession : amadoué, drogué puis kidnappé, extrait de sa condition d'homme libre, enlevé à sa famille et vendu par ses arnaqueurs à des planteurs du sud esclavagiste, il s'en est sorti et en a fait un livre.
Je ne suis pas un fanatique inconditionnel des films made in USA. Les blockbusters saturés d'effets spéciaux puent la surenchère friquée et prennent le spectateur lambda pour un bourrin, trop souvent.
Mais je dois leur reconnaître à part ça une réelle capacité à pratiquer l'autocritique cinématographique, à preuve la profusion d'excellents films fustigeant leurs outrances au Vietnam sortis moins de deux décennies après la fin du conflit (Apocalypse now, Full metal jackett, Good morning Vietnam, Mash, Voyage au bout de l'enfer...) ou dénonçant l'horreur de la ségrégation (l'excellent"Mississipi burning", pour n'en citer qu'un).
Foin de digression. En matière de cinoche, on a là du nanan. De la quintessence, du super bien plombé plombant, un regard sans aucune complaisance sur la barbarie des (saigneurs)seigneurs du nouveau monde en ces débuts de l'ère industrielle, dans la Louisianne qui fit naître le gospell à coups de trique sur la couenne du bois d'ébène.
Ca raconte une histoire vraie et ça va vous faire frémir d'indignation. Vous aurez envie de vous lever pour tordre le cou des tortionnaires, vous voudrez hurler votre rage quand les noirs qui veulent survivre doivent devant vous étouffer au fond d'eux leur dignité, singer la soumission parce que l'espoir les fuit.
C'est bien construit du point de vue scénaristique, c'est très dur et très beau, c'est très fort et c'est du grand cinéma, ça ne vous lâchera pas. Garanti sur facture.
"La culture, c'est ce qui reste quand on a tout oublié", comme dit l'autre. Ce film là, vous ne l'oublierez pas, braves gens.