Miyazaki est un vrai artiste cinématographique, et j'ai adoré ce film -je suis littéralement fan de Miyazaki-, mais aussi constaté qu'il n'a pas que de bonnes critiques.
Le film et la vie de Jirô commencent en rêve, toute sa vie sera fondée sur ce rêve: l’aviation. Cela se déroule dans une immense plaine verdoyante, champs des possibles. L’herbe est vert tendre, fertile d’idées, et dans ce champs, il rencontre celui qui deviendra son idole, qui crée des choses à l’infini dans ce rêve où rien n’est impossible. Il l’accompagnera dans un de ses rêves majestueux, et de la naîtra toute sa détermination pour étudier sans relâche dans l’aérodynamique.
Le film se termine aussi par un rêve: Jirô a parcouru un chemin immense jusqu’à ce rêve, pourtant, il se retrouve au même endroit que quand il était enfant: la plaine immense et verdoyante. Cependant, une chose à changé: les carcasses de ses avions jonchent le sol, envahies par les herbes. Il est aux origines de sa passion, et il voit tout ce qu’il a accomplit détruit, anéanti, ravagé par la guerre. Cependant l’herbe envahit les carcasses, l’anéantissement est peu à peu recouvert par la fertilité des possibles et de l’imagination. Tout son accomplissement finit la où il à commencé, cependant, la vie continue, il a tout perdu mais il peut tout recommencer.
Comme la première fois, il rejoint Caproni, et celui ci lui dit “le plus dur est de perdre une guerre” → guerre contre l’Amérique au sens propre, mais surtout guerre contre la maladie de sa femme, guerre contre la guerre qui transforme ses rêves en mort, en cauchemar.
Nahoko arrive, mais elle est en bas de la colline, lui dit de continuer à vivre (comme au premier jour de leur rencontre “le vent se lève, dit-elle. “Il faut tenter de vivre, répond-t-il.)
Elle lui déclare cela, puis le vent se lève et emporte son ombrelle, il ne cherche pas à la rattraper, l’ombrelle s’envole, puis disparaît, comme la femme. L’ombrelle était ce qui à engendré leur rencontre: le vent (toujours le vent) emporte un objet de l’un d’eux, et l’autre le rattrape). L’ombrelle disparaît. La femme aussi. Jirô (alter ego de Myazaki) est arrivé ici à un point de non-retour qu’il accepte cependant. “Certains avions partent pour ne plus revenir” dixit Caproni. Ces avions sont le rêve de Jirô, et ceux-ci sont “partis pour ne plus revenir”. Cependant, tout n’est pas fini, des cendres des rêves perdus naissent la fertilité et le renouveau.
Jirô est dépeint comme un humaniste rêveur et insouciant dont les rêves ont étés pervertis par la folie de l’homme et l’économie dévorante. Le personnage principal n’est pas affiché en héros mais plutôt en personne ayant des défauts qui subit les évènements de sa vie, qui les subit sans se départir de son calme distant. Jirô Horikoshi est un personnage tellement dans le rêve qu’il paraît sans cesse en décalage parmi ses semblables, distant par rapport aux drames de sa vie, comme en permanence en train de rêver.
Le vent est partout dans ce film: il donne naissance au rêve de Jirô (presque à Jirô lui même, car ce vent engendre toute sa vie, car sa passion, c’est sa vie), il réunit ceux qui s’aiment, mais il est aussi ce vent sinistre qui attise et propage le feu dans Tokyo. Jirô à décidé de vivre ses rêves “au risque de les voir emmenés où l’on ne veut pas”, dixit un critique d’allo ciné.
Le film commence par un rêve d’enfant, rêve qui engendre toute la passion, toute la vie, au final, de Jirô, mais il finit aussi en rêve, comme si il n’y avait ni début ni fin réels au film. C’est un poème, comme lors de la première rencontre des deux personnages principaux; l’enchaînement spontané des phrases “le vent se lève” “ il faut tenter de vivre” est très poétique.
Plusieurs polémiques ont été ouvertes suite à la parution de ce film, une d’entre elles reprochent a l’auteur un antinationalisme et son refus de ré accorder au Japon un droit de déclarer la guerre et de régler des différents nationaux à l’aide de son armée. D’autres lui reprochent au contraire de faire l’apologie de la guerre. La fréquence des scènes où on voit les protagonistes fumer a aussi suscité la colère de l’association de lutte contre le tabac japonaise, notamment une scène où Jirô fume à côté de sa femme malade. Cette association a donc demandé l’arrêt de diffusion du film, pour cause de mauvaise influence sur le jeune public. Ce film, par sa beauté simple mais si symbolique, exprime la vie de manière voluptueuse et frappante. “Le vent se lève” est un film moins fantastique que “Princesse Mononoké” ou “Les contes de terremer”, mais tout aussi beau, tout aussi symbolique dans les rêves de Jirô, mais aussi peut-être le plus mature que Miyazaki ai accompli jusqu’ici. Un film testamentaire, comme je l’ai déjà dit, un héritage magnifique et plein de leçons de vie, on peut constater le côté irréversible du film par les faits que tout est ancré autour du vent (élément omniprésent dans ses films) et que Jirô (toujours à considérer comme étant Miyazaki lui-même) arrive au point de non retour, où il peut juste regarder derrière lui ses années de création terminées. Caproni déclare aussi souvent des choses telles que “un artiste n'a que quelques années de création », « avez-vous bien profité de ces dix années ? » ou encore « il faut savoir s'arrêter “. Ce film est aussi plus “réel”, car inspiré d’histoires vraies et ancré dans l’Histoire, mais métaphorisé. Il aborde aussi de manière lyrique des évènements dramatiques comme le tremblement de terre de Kanto en 1923, qui a causé de graves dommages aux villes de Yokohama, de Kanagawa, de Shizuoka, et de Tokyo, l’épidémie de tuberculose ou la guerre menée par le Japon. On constate aussi dans ce dernier film une sorte de rupture, car il est bien ancré dans le réel, et n’a pas recourt à des créatures fantastiques ou autres fantasmagories comme dans ses 10 autres films. Il fait dans ‘Le vent se lève une sorte de biographie de l’inventeur du “chasseur Zero”, mêlée à sa propre autobiographie. Dans la biographie de l’inventeur, il montre bien l’avion ravageur comme ce qu’il était peut-être à la base: un rêve d’enfant, que la guerre à détourné de manière atroce, en faisant le cauchemar de milliers de gens. La poésie est présente, plus que jamais, elle se glisse dans la vie, dans le quotidien, dans l'environnement, dans la nature, elle est partout, offrant toute une palette de nuances, du plus clair au plus sombre. Un chef-d’oeuvre qui sonne différemment en nous que ses précédentes réussites, car il annonce la fin de notre “enfance” avec précédents films magiques du réalisateur japonais, il adopte dans son ultimatum un côté de réalisme, mais atténue sa dureté par le rêve, et ce vent qui allège tout. C’est aussi habilement entremêlé de rêve et d’histoire, de réalité et de mélancolie. Un paysage doux et mélancolique, poétiquement réaliste. Un paradoxe permanent entre les rêves magnifiques accompagnés d’intentions humanistes et le fait que celles-ci côtoient une barbarie sans nom.
Miyazaki a de maintes fois affirmé des positions pacifistes, et son film testamentaire “Le vent se lève”, on note que Jirô souhaite non pas faire des avions de guerre semant la mort, mais des “beaux avions” pour faire le plaisir des habitants, et non les décimer. L’artiste s’est créé un alter-ego en ce Jirô, grand enfant rêveur et passionné, passionné par l’aéronautique et l’aviation, Miyazaki étant lui même fasciné par les avions, ce rêve de voler, et ayant aussi toujours rêvé de créer des dessins animés. On constate par la une autre obsession du Maître japonais: la destruction, comme dans “Princesse Mononoké”, celle de l’homme et de la nature.
La musique du film est tellement en accord avec le thème et l'impression qui se dégage du film, qu'on ne se rend presque pas compte qu'elle est omniprésente dans cette poésie réaliste. Elle compte pourtant beaucoup pour créer les atmosphères attendues.
Le film a cependant suscité des avis négatifs, bien qu’en moindre quantité que les avis positifs, comme celui du journal metro news:
L’avis de metro news:
Trop long: 2h10 pour un film d’animation, c’est un peu excessif. Surtout quand le sujet, délicat, peut potentiellement perdre une majorité d’enfants. En misant à fond les hélices sur le caractère ultra contemplatif de son scénario, le maître Miyazaki a tendance à étirer ses séquences, engourdissant quelque peu l’attention du spectateur.
Trop froid: Jusqu’alors, le cinéaste japonais avait réussi à donner une portée universelle systématique à toutes ses œuvres, souvent très personnelles. Cette fois, on ne le suit pas entièrement dans son aventure. En cause ? Un personnage principal morne et énigmatique, qui n’invite aucunement à l’empathie.
Trop tendancieux: Le séisme de Kanto en 1923, la Grande Dépression ou l’entrée en guerre du Japon… Les pages de l’histoire du pays du soleil levant se déroulent devant le regard froid et distancié de Jiro. Le point le plus douteux ? Miyazaki passe son temps à justifier l’égoïsme en amour et les mauvais choix de son héros par sa seule et inaltérable capacité à rêver.
Trop testamentaire: Ultime vol oblige, le réalisateur verse souvent dans le sur-symbolisme et l’onirisme fourre-tout. Un modus operandi parasitant les idées qu’il voulait charrier au gré de ce vent qui se lève. On retiendra néanmoins l’empreinte indélébile qu’aura laissée Miyazaki depuis ses débuts. Ce dernier film n’est certainement pas le meilleur mais il pose tout en délicatesse un regard sur la beauté et la cruauté du monde et des hommes.
Avis de William Bouladoux sur “regards d’étudiants”
Un scénario maladroit
“Le découpage narratif n’est pas des plus heureux. Si peuvent être distinguées trois parties dans le film, celles-ci se révèlent assez inégales. Sans entrer dans les détails pour ne pas gâcher le film aux futurs spectateurs, la deuxième partie est trop longue. Elle enchaîne les scènes réussies sur la forme, mais contenant très peu de fond...
Le thème de la mort traverse tout le film. Sans que celle-ci ne soit vraiment représentée de manière explicite, elle plane au dessus de toute l’œuvre. Corollaire de cette dernière, la guerre fait partie du film. Sa représentation n’est toutefois pas frontale. Bien que pacifiste revendiqué, Miyazaki dépeint une vision plutôt positive de ces avions destructeurs.
Ainsi, le héros ne semble pas se soucier de la portée de ses réalisations. Il a conscience de concevoir de avions pour l’armée mais il se comporte toutefois de façon détachée. De surcroît, Jirô a pour idole Gianni Caproni, ingénieur aéronautique italien ayant collaborer avec le régime fasciste de Mussolini. Le film adopte donc une position légèrement ambiguë.
Finalement, le vrai problème du film tient peut être au choix d’un sujet trop ancré dans le réel. Miyazaki est un artisan du rêve. Sa poésie ne s’exprime que dans des mondes affranchis des limites du réel. C’est avant tout dans le conte qu’il excelle. Or, le choix d’un film centré sur la vie d’un homme ayant réellement existé est une entrave manifeste au talent créatif de Miyazaki. En résulte un film un peu fade souffrant d’un scénario maladroit.”
Je respecte l'avis de ces critiques, mais pense cependant que tout dépend de l'interprétation, car j'ai pour ma part ressenti la forte opposition de Miyazaki à la guerre, je pense qu'il a non pas voulu faire une "propagande" de ces avions destructeurs mais plutôt montrer comment nos rêves peuvent être détournés et pervertis par la guerre.
J'en conclus donc que c'est un très beau film, profond et émouvant, un vrai chef d'oeuvre.