Que dire de cet ultime film-testament de l’auteur fabuleux de Chihiro, Nausicaa, Le Château ambulant, Ponyo sur la falaise, sinon que j’en attendais beaucoup, et que la déception fut à la hauteur de cette attente.
Eh oui, il faut bien employer des mots qui fâchent, qui me désolent, mais pour Miyazaki, c’est le film de trop. Celui qu’il ne fallait pas faire. Et, pis encore, probablement le film de commande qu’il n’a pas pu refuser au système. C’est la première fois que je me sens sali par un film du maître. Car c’est bien le film où le grand Miyazaki met bas le masque écolo-romantique et s’humilie devant Moloch et Mammon, devant la Grande Bête 666. Il nous le montre à de multiples reprises, sans subtilité aucune : il est l’homme qui, comme l’ingénieur italien, a choisi les pyramides (symbole maçonnique s’il en est !), il est celui qui ridiculise les allemands en les faisant passer pour des lourdauds qui n’ont que « verboten » à la bouche, à l’exception de Junker, l’avionneur au patronyme ambigu opposé à Hitler (très possiblement maçon) et M. Castorp, le sympathique pianiste au nez crochu qui connaît les secrets de tout le monde et considère les nazis comme « une bande de voyous ». Bref rien de nouveau sous le soleil des francs-macs, malheur aux vaincus. Il est l’homme qui montre qu’il est pour une stricte égalité homme / femme (quand Jiro soutient sa sœur qui veut devenir médecin, contre la tradition). Mais là où l’entreprise devient hasardeuse, c’est lorsque Miyazaki tente de laver l’honneur de son pays (et une certain nationalisme mollasson n’est pas absent du film, notamment quand les japonais se défendent de copier les européeens et réclament d’être traités en égaux) en nous faisant croire que Jiro Horikoshi, le concepteur des zéros qui se sont illustrés dans la seconde guerre mondiale aux côtés de l’Axe, était un doux rêveur, un pacifiste à qui on aurait volé ses inventions et qui n’aurait eu aucune intention de tuer qui que ce soit ! On croit rêver devant tant d’hypocrisie et d’invraisemblance, dans un film qui se veut globalement réaliste, hormis quelques passages oniriques, guère débridés par rapport aux références de l’auteur. Même le chef ingénieur Kurokawa apparaît comme une sorte de pseudo-résistant ou dissident qui cache notre rêveur quand il est recherché à cause de ses relations allemandes politiquement incorrectes. Tout cela est grotesque !
Enfin, il faut malheureusement avouer que la partie la plus émotionnelle du film, celle où il ne fallait pas se rater, à savoir l’histoire d’amour entre notre jeune aéronauticien et une jeune fille phtisique, est d’un romantisme plat et rabâché mille fois - et mieux - par des centaines d’apprentis scénaristes...Non vraiment, Miyazaki aurait mieux fait (comme, dans un autre registre, Clint Eastwood) de s’arrêter à temps. Mais peut-être n’a-t-il pas eu le choix cette fois, les puissances occultes qui gouvernent en coulisse ayant toujours de gros moyens de pression. Ce n’est qu’en imaginant cela et en se disant que la vieillesse est trop souvent un naufrage que l’on pourra pardonner à Miyazaki cette déception morale et cinématographique. Le vent se lève ? Il faut bien essayer de survivre dans ce monde de brutes illuminées, c’est ce que le Japon a fait depuis 1945, au prix d’un certain déshonneur certes, il faut bien l’avouer, même s’il reste bien plus enviable que celui des nations européennes.
Version non censurée de cette critique prochainement sur mon blog.