Pour ce qui est, à l'heure actuelle, son dernier passage derrière la caméra (2013), une fois de plus, le défenseur par excellence de la culture et de l'histoire japonaises réalise un nouveau chef d'oeuvre.
Dans la lignée de Porco Rosso pour le sujet de l'aviation, ainsi que pour la manière de le traiter, le Vent se lève s'écarte du côté fantastique de précédentes créations telles que Ponyo sur la falaise et Mon voisin Totoro, pour présenter un récit plus profond, plus sombre et réaliste. Un autre point commun avec Porco Rosso : le but initial du projet. A l'origine, le Vent se lève n'est pas prévu pour être un long-métrage mais une série de mangas. C'est grâce à la pression du producteur que cette création a pu être portée sur grand écran, bien que les réticences de Miyazaki furent tenaces. En effet, le réalisateur craignait l'incompatibilité entre le manga et son public adulte, avec ses films à destination des jeunes spectateurs. De plus, de nombreuses difficultés ont jalonné le chemin de cette création : dissensions au sein du Studio Ghibli quant à la pertinence du projet, séisme du 11 mars 2011 qui a rendu délicat l'évocation du séisme de 1923 de Kanto, difficultés dans la documentation historique et la recherche de traditions disparues depuis les années 1920-1930. Mais finalement convaincu, il accepte deux ans plus tard.
Ce premier film d'animation autobiographique, inspiré des vies romanesques de l'ingénieur en aviation Jirō Horikoshi ainsi que de l'auteur Tatsui Hori (qui a rédigé le roman le Vent se lève et qui a inspiré Miyazaki), aborde des sujets sérieux au regard du reste de l'oeuvre du réalisateur : la guerre, la maladie et la mort. La guerre d'abord, une surprise quand on connait la réputation pacifiste de Miyazaki. Mais justement, l'intérêt est là, comme souvent dans ses créations : présenter l'absurdité de la guerre pour mieux la dénoncer. Ensuite, la maladie, un sujet nouveau dans son oeuvre et qui représente l'un des principaux aspects dramatiques du film. Le combat entre ce fléau et l'amour profond et sincère de deux êtres liés depuis des années ajoute à la gravité de l'oeuvre, qui n'en perd toutefois pas son charme.
De l'enfance du héros dans le Japon de 1918 à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, c'est donc une fresque sombre et passionnante qui retrace l'histoire de l'aviation japonaise, un sujet auquel le réalisateur tient particulièrement à coeur (comme on le voit dans Porco Rosso, encore une fois). La dimension historique et réaliste, qui rapproche presque ce film du genre documentaire, s'inscrit également dans la comparaison entre les puissances du Japon impérial et de son allié, l'Allemagne nazie, avec la nette supériorité technologique du second.
Toutefois, il est bon de remarquer qu'en dépit de la gravité et du sérieux de ce récit profond et original, la dimension onirique n'est pas oubliée. Nombreuses sont les scènes où nous avons l'occasion de voyager dans les rêves de Jiro et d'admirer les secrets de sa créativité débordante. Cette plongée dans l'inconscient et dans les songes d'un personnage est une autre nouveauté dans l'oeuvre de Miyazaki, surprenante mais appréciable.
A sa sortie, le Vent se lève rencontre un grand succès, mais également de vives critiques. Au Japon, dans un contexte politique troublé au sujet d'une volonté de changement de la constitution, Miyazaki apparaît pour certains comme un antinationaliste pour sa dénonciation de l'absurdité et de l'horreur de la guerre. Au sein des pays voisins qui ont connu des affrontements avec le pays du Soleil levant, à l'inverse, une partie de l'opinion considère qu'il fait l'apologie de la guerre. D'autres critiques ont également attaqué une représentation du tabagisme susceptible d'avoir une mauvaise influence sur la jeunesse, le public visé par les films de Miyazaki. Et il est vrai que le tabac apparaît dans de nombreuses scènes, à une époque où le tabagisme concernait de nombreux étudiants.
Sélectionné en compétition officielle lors de la Mostra de Venise en 2013, nommé à l'Oscar du meilleur film d'animation en 2014, le Vent se lève n'a reçu aucune récompense notable, si ce n'est l'engouement d'un public fidèle qui s'est réuni dans les salles et qui a apporté au film la plus grosse recette japonaise de l'année 2013.