Kaze tachinu (2013) (The wind rises) (Le vent se lève
1918, malgré sa myopie, le jeune Jiro Horikoshi aspire à l’aviation. Les années passent et Jiro est étudiant en ingénierie aéronautique et rêve de créer le meilleur avion qui ait existé.
Jiro est un personnage atypique, nourrit par une passion qui se transforme en une énergie et une motivation pure. Il a un désir, celui d’arriver à concevoir l’avion à la courbe la plus harmonieuse possible. À certains moment, je voyais Jiro comme étant de la trempe des visionnaires, ceux dont la figure, la personnalité est celle dont le regard semblent toujours voir plus loin que l’horizon, dont les intérêts sont sur un autre plan, désintéressé des problèmes quotidien et poursuivant un but vertueux. Je ne ressentais qu’une touche philosophique qui s’en dégageait et que les tourments ne faisaient que renforcer cette attitude détachée de Jiro.
Cette passion est également en décalage avec les objectifs économiques de l’entreprise et politique du pays. Dans ce film, il y a des intrigues liées à l’armée, au secret de conception, au lien entre le Japon et l’Allemagne. Le conflit, les risques ou les divergences d’opinion, que ce soit dans le choix d’investir ou de faire confiance à Jiro, sont autant d’élément pertinent, et les administrateurs ou employés verront heureusement son talent et lui accorderont la confiance et les moyens nécessaires.
En prenant du recul, je vois que ce film met en relation les tensions et l’avidité des humains face à la poursuite de la pureté, et comment la nature humaine, les querelles et les guerres déstabilisent l’équilibre de la vie, mais j’ai cependant trouvé dérangeant que d’éprouver un attachement ou de la compassion à ce personnage, connaissant les répercussions de ces actes et l’Histoire de la seconde guerre mondiale.
Un autre problème est le rapport aux problèmes humains. Jiro aura beau se donner corps et âme à son rêve, il souffrira également face aux embuches et aux conséquences, que ce soit suite à une malchance ou dans sa relation avec ses compagnons, ou surtout avec
sa femme, avec laquelle il a une relation particulière et touchante mais dont le film dépeint la liaison avec beaucoup de subtilité, de non-dit et avec une approche légère et innocente.
Par contre, les personnages secondaires
n’avaient pas assez de développement à mon goût. Certains changements dans l’attitude de l’un ou de relation avec un autre m’avaient étonnées et j’aurai aimé plus les connaitre,
mais le film se concentre finalement exclusivement sur le personnage de Jiro.
J’ai trouvé que c’était une belle histoire, au parcours éreintant et épuisant, surtout vis-à-vis de ma passion et de mon pathos.
Concernant le doublage, la voix légèrement fluette de Jiro m’avait interpelée au début. Je me posais des questions sur cette décision, mais plus le film progressait, plus ça voix et sa tonalité calme et douce mais stable traduisait de manière juste la personnalité du personnage, celle d’une personne équilibré et concentré.
Visuellement, c’est simple : c’est le plus beau dessin animé que j’ai pu voir.
Les décors sont remplit de détails, on ressent l’attention aux nombreux détails, que ce soit pour les plantes ou bien la verdure, mais aussi pour le bois des planches des bâtiments, des intérieurs et particulièrement aux véhicules volants. Les couleurs sont vives et riches en variation, en tonalité et en contrastes. La qualité des nuages est hallucinante de réalisme, avec une profondeur et des couleurs variées, me faisant penser à mes voyages en avions.
Et chaque plan peut être encadré, tel un tableau ou un fond d’écran. C’est magnifique.
L’animation des personnages, que ce soit par exemple lorsqu’ils sont occupés à travailler ou lorsqu’ils sont doivent interagir, est complémentée par de nombreux petits détails tels que la manière dont ils agissent ou bien la position de leurs mains. Et lorsqu’ils se déplacent, les créateurs arrivent à retranscrire sublimement les mouvements naturels des adultes mais aussi bien celui des enfants.
Le style particulier de Hayao Miyazaki est toujours présent mais utilisé durant les scènes de rêves et durant les envolées. C’est particulier car cette identité unique, où tout, même des objets solides ont l’impression d’être malléable, et cela délimite fortement ces visions et ajoute un sentiment de légèreté et de souplesse, comme si ces avions n’étaient pas simplement des êtres de métal, mais plutôt des engins semi-organiques, vivant le souffle et les masses d’airs, glissant dans les courants tels d’élégants oiseaux.
Les bruitages sont de très bonne qualité, mais il y a quelque chose de très particulier. À chaque fois qu’il y avait une atrocité ou une catastrophe (tremblement de terre, explosion, incendie), ce sont des voix humaine, des lamentations et des plaintes qui sont utilisées. Cela donne étrangement beaucoup de force aux situations mais me mettait en même temps mal à l’aise.
La musique est toujours magique, mais j’ai trouvé que les thèmes, typiquement marquant pour les films du studio Ghilbi, étaient absent et qu’ils ressemblaient bien fort aux précédentes compositions de Joe Hisaishi, par exemple à ceux de Porco Rosso.
J’ai trouvé que ce film était poignant et touchant, beau mais mélancolique.
8,5/10