Quand Claude Autant-Lara faisait dans la satire sociale, on ne pouvait pas lui reprocher de faire dans la dentelle ; et ce qui est bien c'est que tout le monde s'en prend sacrément plein la gueule, riche, pauvre, moins pauvre, moins riche. Et ce film tourné pendant l'Occupation ne pousserait pas à dire le contraire. Certains dialogues dans ce domaine sont franchement atroces, mention particulière à ceux de Marguerite Moreno avant et pendant la "scène de la visite aux pauvres" (rendue involontairement célèbre par la censure vichyssoise pour cause de coupe au montage, certainement pas très "Travail, famille, patrie" surtout quand il y a une réplique qui appelle à la révolte...!!!) qui sont vraiment horribles de chez horribles d'autant plus qu'il y a une part de vérité là-dedans. L'interprétation est de grande qualité surtout en ce qui concerne Marguerite Moreno qui s'en donne à cœur joie en vieille peau certaine de sa supériorité de classe et l'adorable Odette Joyeux (la maman de Claude Brasseur pour l'anecdote !!!) dans le rôle-titre. Dommage que les motivations de cette dernière ne soient pas toujours claires et gâchent un peu le tout m'enfin... Pour la douceur (petite précision, on peut légitimement penser que le titre est ironique !!!) et l'optimisme, allez voir ailleurs, pour le noir de chez noir et le pessimisme, vous frappez à la bonne porte.
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4,0
Publiée le 12 mai 2013
"Douce" de Claude Autant-Lara est un très beau mèlo, avec cependant une certaine verve satirique! En voici le thème, très simple: en 1888, une jeune fille de bonne famille devient la maîtresse d'un jeune homme pauvre et se heurte à ses parents! Comme "Le mariage de Chiffon" et "Lettres d'amour", c'est un film d'une apparence sècurisante mais où la bourgeoisie, le conformisme et l'hypocrisie sont soulignès d'un habile mais dècisif trait au vitriol. "Douce" en est la plus convaincante illustration: s'y èpanouissent dans une interprètation exemplaire et dèfinitive une Marguerite Moreno - sa visite à « ses » pauvres est un morceau d'anthologie - et une Madeleine Robinson perverse et vulnèrable, en pleine possession de sont art! Et une Odette Joyeux ambiguë inoubliable! Avec surtout cette atmosphère si particulière, èclairèe au gaz et à la bougie, rendant le mètrage d'Autant-Lara constamment remarquable! D'un strict point de vue musical, signalons enfin la musique de Renè Cloerec, musicien du metteur en scène dont il ècrivit la partition de tous les films...
Encore un grand drame d’Autant-Lara typique de ce qu’il dénonce, la médiocrité morale et intellectuelle des français et des françaises, quelque soit leur milieu social, leur pouvoir financier ou leur culture intellectuelle. Nous y passons tous sauf les pauvres d’esprits. Ici il fait très fort, pas un seul personnage n’en réchappe. En tant que spectateur nous ne pouvons nous consoler que sur la qualité de sa mise en scène, de ses décors, de ses ambiances et des dialogues. Sur le plan technique la lumière due aux bougies et aux lampes à huiles est particulièrement bien rendue. Le film semble diffèrent du livre qui ne laisse pas de doutes sur la personnalité de Douce alors qu’il y a lieu de s’interroger sur son comportement final. Il y a beaucoup, beaucoup à raconter lors d’une discussion en fin de cinéclub. ‘’Douce’’ est un film qui s’y prête particulièrement bien.
Un an après le très plat « Lettres d’amour », Claude Autant-Lara dirige à nouveau Odette Joyeux dans « Douce ». Mais cette fois il s’agit d’une critique sociétale au vitriol, contenue au sein d’une histoire d’amour tragique, finissant plus ou moins mal pour tout le monde. Le trio féminin est épatant, avec une mention particulière pour Madeleine Robinson dont le jeu d’une sobriété impressionnante, permet d’exprimer toutes les nuances d’un désarroi dont elle ne parvient pas à maîtriser le désordre. Malheureusement, la remarquable photographie (éclairages au gaz et à la bougie) est quelque peu gâchée dans la deuxième partie du film par des mouvements de caméra peu pertinents et un montage relâché. Heureusement l’intensité du dernier quart d’heure rehausse à nouveau l’ensemble. A sa sortie, les deux scènes concernant la pauvreté et l’abominable discours de la Comtesse de Bonafé (Marguerite Moreno) furent interdit pars la censure de Vichy, car peu conforme au message de solidarité national voulu par le Maréchal Pétain. Visiblement, la mesquinerie de l’ensemble échappa à leur compréhension et donc à leurs ciseaux, malgré l’absence totale de nuances dans le scénario et les dialogues percutants de Pierre Bost et Jean Aurenche. « Douce », même s’il a quelque peu vieilli, mérite d’être redécouvert, car dans l’exercice de démolition misanthropique, Autant-Lara n’était pas si loin de Duvivier dans les intentions, même si la maîtrise de son illustre aîné lui fait parfois défaut.
"Douce" clôt la trilogie des films d'Autant-Lara tournés pendant la guerre avec Odette Joyeux. Je ne suis pas un grand fan du trio Aurenche-Bost-Autant-Lara. Pour autant, ce film n'est pas leur pire collaboration. Déjà, le début est plutôt réussi, avec ce joli travelling sur une maquette du Paris nocturne de 1887 et ce premier dialogue chuchoté dans un confessionnal, assez inattendu pour l'époque. Techniquement, le film est irréprochable et le décor de l'hôtel particulier de la comtesse de Bonafé, où l'intrigue se déroule pour l'essentiel, est reconstitué avec toute la qualité qu'on savait mettre dans ce type de productions, au détriment souvent de la personnalité. Ensuite, le livre adapté par Aurenche et Bost n'étant pas un monument littéraire, les scénaristes peuvent prendre des libertés sans qu'on perçoive de "trahisons"... Douce, petite fille de la comtesse, est un des cinq personnages principaux entre lesquels Autant-Lara installe une ambiance délétère, des petits secrets sans doute et peut-être des mensonges. Le sentiment amoureux cohabite avec le sentiment de classes, car tout l'échafaudage dramatique du sujet repose sur la conscience de sa supériorité aristocratique de la vieille douairière (Marguerite Moreno, tout en autorité et en mépris) et sur l'ambition de s'élever de deux de ses employés. Il manque au film la noirceur d'un Clouzot ou son ironie pour que la satire sociale prenne de la valeur ajoutée ; d'autant que le réalisateur donne à la dernière partie du film un aspect romantique plus conventionnel.
Troisième et dernier opus du tryptique " la belle époque" , réalisé pendant l'occupation allemande ( 1943 ), " Douce " est l'opus resté le plus fameux de la trilogie ( les trois films se déroulent sous Napoléon III/ début de la III ème république).
Aurenche et Bost sont au scénario. Bertrand Tavernier a beaucoup fait pour la réhabilitation de ces deux scénaristes formidables de la qualité française qui furent attaqués avec sévérité ( et très grande injustice selon moi ) par les jeunes turcs de la nouvelle vague.
" Douce " c'est une fois encore ( Autant Lara aime ce thème) un regard sur la lutte des classes et l'étanchéité entre elles.
Si " Douce " commence comme une pièce de Feydeau, la suite se révélera proche de la tragédie racinienne.
A y regarder de près les personnages ne sont pas très clairs avec eux mêmes. C'est la volonté de tenter de s'affranchir des règles implicitent qui régissent les conditions sociales qui conduira au pire
Le changement de ton est déconcertant, prend à contre pieds. Marguerite Moreno me semble dominer la distribution, Odette Joyeux est toujours primesautiere, Madeleine Robinson n' est pas dans sa meilleure interprétation et Roger Pigaut ( il passera plus tard à la réalisation) trop inquiétant pour avoir suscité la confiance des maîtres.
Imaginez un vaudeville qui n'en soit pas un, une tragédie pleine d'humour et de dialogues caustiques, une comédie qui vire au drame. Comment qualifier ce film de 1943 si ce n'est en citant Bertrand Tavernier qui rapportait un propos selon lequel les meilleurs français dataient peut-être de l'occupation, ce n'est pas le moindre des paradoxes ! Excellent film donc sur l'impossibilité pour des français de transcender la classe sociale dans laquelle ils sont nés et de vivre ensemble. Les dialogues sont brillants, les acteurs excellents, mention particulière pour la châtelaine et sa tournée des pauvres, inénarrable. Le film gagne en intensité spoiler: jusqu'à la tragédie finale où la messe est dite. Les pauvres sont renvoyés dos à dos, dans un inaccessible rêve de réussite sociale. Les classes dominantes sont encore là mais amputées d'une partie d'elle même et horriblement seules. Où comment Claude Autant Lara a su contourner la censure tout en parlant des français divisés et en réalisant un excellent film. De la même façon la même année Henri Georges Clouzot réalisait Le corbeau, autre grand film caustique sur la France de l'époque.
Un des nombreux chefs d'oeuvres sorti sous l'Occupation. Ce film est une satire sociale au vitriol. Construit autour de cinq personnages, ce film, adapté par Jean Aurenche et Pierre Bost d'un roman mineur de Michel Davet (en fait, une femme qui écrivait sous un pseudo masculin), mis en scène avec grand talent par un Claude Autant-Lara inspiré, est une oeuvre corrosive, aux dialogues étincelants et aux thèmes décapants. La censure vychiste ne s'y est pas trompé qui fit jouer des ciseaux sur certaines scènes depuis restaurées. A quand une édition DVD de ce chef d'oeuvre ?