Comédie fine et sensible qui se déroule, comme toujours chez Bonitzer, dans le milieu de l'élite intello parisienne (rien à voir avec les bobos). C'est un milieu qui en vaut un autre, et qui a aussi ses défauts, ses tics risibles et ses turpitudes. Le réalisateur en joue avec une jubilation visible. On voit mourir un couple, et naître un autre, on voit se dégrader définitivement les relations d'un père avec son fils, alors qu'elles étaient déjà en fâcheuse posture. Et en même temps, le héros se retrouve enfin en position de comprendre son père, d'assumer sa vie, de s'interroger sur sa sexualité, et de faire preuve de courage. C'est en effet avant tout un film sur le courage et la lâcheté. C'est très réussi, et les acteurs sont à la hauteur (Bacri et Carré merveilleux comme toujours, Rich adorable, Scott Thomas très bonne aussi...) Bonitzer filme toujours avec beaucoup de talent ce moment où la vie d'un homme bascule, à la suite d'un minuscule événement a priori sans importance, comme dans "Petites Coupures", "Rien sur Robert", ou "Encore". Et après l'effondrement, il y a toujours ce court espace de liberté où tout devient possible. Bonitzer devient un maître dans l'art de rendre cette douce folie, surtout dans un milieu très engoncé et rigide. Les seuls éléments moins bons, c'est quand on sort de ce milieu que Bonitzer connaît si bien. Avec le couple de coiffeurs obsédés sexuels et violents, le serveur de restaurant homosexuel, et la petite plongeuse immigrée qui rappelle Cendrillon, on sombre un peu dans la caricature. Dès que Bonitzer va là où il est moins à l'aise, tout de suite c'est nettement moins efficace.