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Gérard Delteil
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4,0
Publiée le 24 janvier 2015
La chronique douce amère d'un quartier petit bourgeois de la ville de Recife, qui s'est complètement transformée en quelques décennies. Mais le passé va refaire surface... Les comédiens sont excellents et on s'attache à eux, en regrettant même de ne pas en savoir davantage sur leur devenir. Certes, le coup de la milice sécuritaire est classique, mais le scénario ne se déroule pas tout à fait comme prévu. On passe un bon moment au Brésil !
Ennuyeux, long et sans intérêt .... Le quotidien d'une poignée de brésiliens... Aucune action aucun suspens ...la scène de la machine à laver vibrante m'a définitivement convaincue de sortir de la salle....
Pour nous immerger dans le quotidien d'un coin de Recife, le réalisateur a choisi une approche "presque" documentaire, en maintenant sur toute la durée un décalage - par le travail sur la bande son, par l'irruption d'images oniriques - des plus réussis. Malheureusement, une fin coup de théâtre trop explicite gâche le plaisir du spectateur en voulant absolument donner un sens à tout ce qui a eu lieu auparavant et qui se passait parfaitement de cet éclairage.
Un grand merci au Régent de Saint-Gaudens d'avoir programmé ce film, dans le cadre de son Festival 2014 du cinéma Sud-Américain.
"Les Bruits de Récife" ne semble pas avoir bénéficié d'une large diffusion, en dépit d'une avalanche de récompenses dans un grand nombre de festivals.
Kleber Mendonça Filho réalise ici son premier long métrage. Un film à nul autre pareil, à la mise en scène d'une grande intelligence.
Sur la musique de batucada traditionnelle, le film commence sur des images d'archives en noir et blanc qui défilent sur l'écran et marquent, d'emblée l'esprit en rappelant ce que fut la région, à l'époque des plantations. Quelques secondes passent pour se retrouver dans le Récife d'aujourd'hui. Et plus précisément Setúbal, le quartier du réalisateur.
Les bruits des pas qui résonnent, les crissements des pneus de voitures, ou ceux des patins à roulettes, sont omniprésents, et deviennent très vite étouffants et angoissants.
Contrairement aux femmes, hommes et enfants, qui furent misérablement parqués dans les plantations d'hier, ce sont, aujourd'hui, les classes privilégiées qui s'enferment chez eux. Longues barres d'immeubles ultramodernes, dans lesquels des appartements confortables deviennent de véritables forteresses protégées par quantités de grilles, verrous multiples et autres caméras. Kleber Mendonça Filho va nous faire découvrir la vie quotidienne de quelques-uns des membres de cette population aisée, à la gentillesse souvent feinte envers quantités d'employés, pour ne pas dire, serviteurs, fait qui semble exister depuis toujours, comme la méfiance des uns par rapport aux autres. Bien visible dans le passage de cette réunion de copropriétaires au sujet du devenir d'un concierge âgé, présent dans l'immeuble depuis de longues années. Certains sont prêts à le renvoyer aux dires de divers commérages et à la seule vue d'images filmées par un tout jeune gamin. Bien peu sont ceux qui lutteront contre cette décision La paraonoïa est contagieuse.
Craintes et peurs réunies pour une explosion qui viendra ou pas. Il faudra attendre les dernières secondes du film pour avoir l'explication. C'est là toute la virtuosité du réalisateur qui rend l'atmosphère asphyxiante, de bout en bout.
Un film fort, magnifiquement réalisé qui restera, pour moi, un très grand moment de cinéma.
Rares sont les films brésiliens qui arrivent sur nos écrans : raison de plus pour se précipiter avant qu'ils disparaissent des radars comme un certain avion, vu la fâcheuse tendance des salles de cinéma à ne pas laisser durer un peu les films, et surtout la faible curiosité de bien des cinéphiles auprès de qui hors du ciné USA, point de salut ! Ici on n'est pas dans les favelas comme dans d'autres films, mais dans une rue en train de se sécuriser : on assiste ainsi à la visite de deux types d'une société de sécurité qui viennent proposer de veiller la nuit sur les allées et venues. En fait, c'est la classe moyenne qui vit ici, aidée par des domestiques, protégée par des caméras, des grilles, doubles vitrages, murs. Il faut croire que ce n'est pas assez. Les voitures sont souvent délestées de leur auto-radio-cd pendant la nuit. Le film est visuellement très beau, magnifié par l'écran large. On a affaire à une sorte de film choral, pendant la durée duquel on se doute qu'il se trame quelque chose, dont la teneur ne nous est révélée qu'à la fin.
J'avais aimé la bande-annonce, qui augurait d'un film rythmé et superbement réalisé. Les critiques presse étaient dithyrambiques. Tout laissait à penser que je passerai de bonnes heures de cinéma. Eh bien, il n'en a rien été. Je n'ai pas du tout été convaincu par le traitement du sujet de la sécurité et du quotidien des classes moyennes au Brésil, qui laisse finalement peu de place au semblant d'intrigue qu'est l'histoire des gens de ce quartier. Des dialogues interminables et souvent sans intérêt, si ce n'est celui de retranscrire la réalité du quotidien de ces brésiliens lambda(mais bon..), constituent l'essentiel du film. Quelques acrobaties de mise en scène sont à remarquer, mais rien d'assez saignant pour réveiller un spectateur plongé dans un état quasi-léthargique dès la première demi-heure passée. Je suis désolé, mais je ne comprends pas l'engouement autour de ce film.
Ce film brésilien, sorti en France deux ans après sa première présentation au festival de Rotterdam, vaut pour son tableau social et sa maîtrise formelle. Le réalisateur Kleber Mendonça Filho (dont c'est le premier long-métrage) orchestre habilement un récit choral, sonde le quotidien d'une classe moyenne pour en capter les désirs, les frustrations, les peurs, les obsessions sécuritaires. Il sonde aussi les rapports de forces entre cette population aisée et ses serviteurs (domestiques, surveillants...), mettant au jour une structure sociale qui se perpétue de génération en génération, des plantations de cannes à sucre aux îlots urbains. Derrière une apparente douceur de vivre, le réalisateur réussit très bien à distiller des sentiments troubles et vaguement inquiétants : gentillesse condescendante, cruauté feutrée, jusqu'à la rancoeur vengeresse. Une angoisse sourde et une tension latente traversent ce film réaliste aux petites touches fantastiques (l'apparition d'un gamin sur les toits et dans les arbres, le rêve d'invasion de la petite fille...). Cette angoisse et cette tension, qui mettent les personnages sur les nerfs, sont exprimées symboliquement par un beau travail sur le son (amplifications des bruits agressifs du quotidien, petits effets stridents) et sur l'espace (la verticalité des immeubles, les barreaux aux portes, etc.). Kleber Mendonça Filho voulait que son film soit comme un soap opera filmé par John Carpenter. Et c'est plutôt réussi. Voilà qui lui permet, entre chronique et mini thriller, de capter un profond malaise social, une violence prête à exploser. Mais il aurait pu davantage condenser son récit et donner plus de rythme à l'ensemble. Languissant, le film se répète un peu dans l'expression de son intention et, à l'inverse, ne développe peut-être pas assez l'élément dramatique introduit au final. Il n'en témoigne pas moins d'une intelligence et d'une sensibilité intéressantes.
Amateur de samba, passe ton chemin ! Ce film n'est pas pour toi !
Les bruits de Récife ne sont pas ceux d'une carioca endiablée, mais ceux, autrement plus oppressants, que l'on entend dans un quartier bourgeois de la capitale de l’État du Pernambouc, à la pointe Nord-ouest du Brésil.
La caméra de Kleber Mendonça Filho pénètre dans l'intimité des habitants de ce quartier. Joao, la petite trentaine, vient de passer une nuit avec une fille dont il tombe amoureux mais dont la voiture a été fracturée au bas de son immeuble. Il suspecte son cousin, Dinho, un garçon de bonne famille qui a mal tourné. Son grand-père est le propriétaire foncier du quartier. Il décide d'embaucher une équipe de vigiles qui installent leur tente au croisement. L'un d'eux a tôt fait de séduire la femme de ménage du patriarche. Pendant ce temps, une habitante de l'immeuble perd le sommeil à cause des aboiements incessants du chien du voisin.
Ces éclats de vie, difficiles à résumer, forment un kaléidoscope fascinant. On se laisse happer dans ces micro-histoires dont on ne sait trop où elles vont nous mener. Elles ne mènent à rien. Ou à pas grand'chose.
Sans doute le film de 130 minutes aurait-il gagné à être plus ramassé. Mais son atmosphère dérangeante (le soleil ne parvient pas à chasser l'angoisse) maintient l'attention.
Ce premier film du réalisateur brésilien Kleber Mendonca Filho est à la fois profondément sensuel et complètement intellectualisé. On pourra, suivant sa sensibilité, adorer l'un, détester l'autre, ou inversement. Ou les deux. Ou aucun.
C'est un peu comme le mariage du meilleur de Carlos Reygadas (pas évident à trouver) avec une véracité psychologique à la Ulrich Seidl. Vous ne voyez sûrement pas ce que je veux dire, mais d'une certaine façon, moi non plus. D'ailleurs, à ce stade, il me faut bien avouer que j'ai hésité à très mal noter ce film, à le descendre carrément (en déclarant que je m'y suis mortellement ennuyé), pour au final déclarer mentalement et intérieurement qu'il fallait attirer l'attention de la communauté de mes lecteurs (c'est-à-dire entre 2 et 4 personnes) sur son cas. Ce qui ne sert à rien, par ailleurs, puisque le film n'est quasiment pas visible en salle.
Bref, vous ne le verrez pas, je l'ai vu : et du coup, en imaginant que de ce salmigondis d'images curieuses et ... la suite ici :
Le premier long métrage de fiction du réalisateur brésilien Kleber Mendonça Filho est un grand kaléidoscope, un récit choral et une somme d'instantanés. En circulant d'habitant en habitant et de maisons en immeubles, le film finit par tisser une histoire collective où flotte une menace diffuse, entre menus larcins d'aujourd'hui et souvenirs esclavagistes. Difficile d'en préciser la saveur et la subtile étrangeté. En montrant son propre quartier, le réalisateur dit avoir voulu faire "un Soap Opera filmé par John Carpenter". Isolée, la formule peut sembler racoleuse, pourtant elle résume bien la surprise continuelle que le film nous réserve. Sous une jovialité de mœurs et de climat, le film raconte, tant par ses personnages que par le filmage des espaces, et avec un design sonore très détaillé, la paranoïa de la classe moyenne. C'est une "peur d'un danger qui ne se concrétisera pas" pour citer le réalisateur, ou peut-être là où on ne l'attendrait pas. Les récits s'entrecroisent avec autant d'humour que de tension souterraine : les ennuis de voisinages les plus triviaux, l'arrivée d'une société privée de gardiennage, une aventure amoureuse, et le passé d'un patriarche fortuné, ancien propriétaire d'une grande plantation de canne à sucre...
Attention, cet avis contient des spoilers tels que : spoiler: l'écrasante majorité des crimes de sang sont commis par un proche ou une connaissance. Dans un sens, c'est rassurant, non ?
La presse crie au génie, moi, j'ai vue une saison complète de "plus belle la vie" au Brésil avec ses histoires banales et mesquines de voisinage au milieu d'une classe très moyenne, d'enfants pauvres et de riches propriétaires. Mais bon, je dois être intellectuellement déficient de ne pas m'extasier sur le décalage entre la bande son et ce qui est montré à l'écran. Un son promet une tension, sur la toile un homme se baigne et « horreur », il rentre chez lui ; le son suggère le danger et à l'image une femme fait de la bicyclette puis « oh mon dieu ! » s'arrête chez un commerçant. La finalité de tout ces artifices est de nous convaincre que l'insécurité est une hallucination collective ( et auditive?) et que la violence se loge moins dans une voiture vandalisée que chez un concierge licencié.
Moralité : le plus beau dans la musique, c'est apparemment le silence entre les notes, en littérature, probablement les mots qui ne sont pas écrits et en peinture, évidemment le chevalet.
Les effets de style des Bruits de Récife, parfois nettement inspirés par les séries B d’épouvante, sont trompeurs. Ce beau film ne doit pas non plus toute son intensité à la violence latente des rapports humains qu’il décrit. Comme chez Altman, il y a ici un respect inattendu pour la souffrance secrète des personnages. L’art de la suggestion est assez maîtrisé pour que l’attention ne faiblisse pas, et la conclusion convenue (spoiler: une histoire de vengeance familiale/de classe ) contredit l’intelligence d’une mise en scène de l’angoisse individuelle et collective.