« Cartel » n'est pas un film qu'on a l'habitude de voir, et c'est bien. Le film prouve qu'Hollywood peut encore produire des films de cette trempe. Car oui, « Cartel » est un putain de film (excusez-moi pour l'expression) mais il me semble être le terme approprié, surtout au regard des critiques qu'il se prend dans la figure au moment même où les gens se plaignent du manque d'audace de la part d'Hollywood. Malheureusement, quand un OVNI cinématographique pointe le bout de son nez, ils n'arrivent même plus à le distinguer. Certes, le film n'est pas parfait et R. Scott malgré son talent n'arrive pas au niveau des Coen quand ils ont travaillé sur le labeur de C. McCarthy, mais avec une telle matière, l'esthétisme et la mise en scène de R. Scott ne pouvait pas gâcher les dialogues cyniques et corrosif de l'écrivain. L'intrigue ne servant que de fil rouge et presque laissée de côté pour les détails inutiles car mille fois connus, le film s'intéresse aux gens, à l'avidité, l'amour, la luxure, la cruauté, la bonté, la naïveté, la peur, la crainte, à l'effondrement d'un mode de vie construit sur des allumettes qui éclatent en morceaux quand tout se barre en sucette. C'est un film qui envoie du lourd par des sous entendus, des dialogues ciselés au laser et des acteurs impeccables pour un résultat qui demande à être digéré, revu pour apprécier comme il se doit les dialogues lourd de sens sur le reflet d'une société qui s'en rapproche de plus en plus, bien sûr sans la dramaturgie du cinéma. « Cartel » n'est pas le film cool avec des acteurs beaux, sexy, bad-ass et déjantés devant lequel on pense passer un bon moment en laissant son cerveau de côté. C'est un film qui nous retourne si on est pris dedans et qui nous rappelle le cinéma qui en a, qu'il existe toujours et c'est tant mieux ; mais encore faut-il le voir.