Il y a deux façons de traiter un sujet comme l'affaire DSK au cinéma. La première approche prendrait la forme d'un film-dossier, hyper-documenté mais distancié, où les données les plus choquante seraient regléguées à l'arrière-plan pour cause de traitement "sérieux". Welcome to New York a préféré opter pour la deuxième solution : braquer son projecteur sur tout ce qui fait le caractère exceptionnel du scandale, à savoir cette orgie dérangeante de pouvoir, d'argent et de sexe, où se mélangent le dégoût et la fascination. C'est une logique purement émotionnelle, quasi-irrationnelle, par laquelle chaque scène s'adresse à nos tripes (envie de vomir) et à notre cœur (tristesse, malaise) plutôt qu'à notre cerveau. En apparence, c'est la solution de facilité, celle du cinéma-choc qui excite et provoque des polémiques. Mais c'est aussi la plus difficile, car elle oblige à plonger dans les mêmes marécages que le héros, au risque d'être accusé de lui ressembler. C'est ça, le cinéma d'Abel Ferrara, un regard ambigu et tourmenté sur la condition humaine, loin des vérités toutes faites. Sans filet : dans le scénario, la scène de viol devait n'être que l'illustration des propos de la femme de ménage, mais on devine pourquoi le cinéaste l'a déplacée pour en faire une vérité objective : pour approcher au plus près d'un personnage autodestructeur, il faut soi-même se mettre en danger, sinon ça n'a pas de sens. Du coup, par effet miroir, la même ambivalence frappe le spectateur, qui révèle malgré lui ses travers. On a lu ici ou là que Welcome to New York était un film de cul ne faisant pas bander. Les gens capables d’écrire ça ont oublié que le cœur de l’affaire est un viol commis par un drogué du sexe dont l’addiction l’a détourné de son de voir politique, ou bien ils ne l’ont pas oublié, et c’est pire. Dans tous les cas, grâce soit rendue à Abel d’avoir ainsi fait vaciller les certitudes sur leurs bases.