Contemplatif... A Roissy, on suit des êtres qui se bousculent, puis des oiseaux qui se bousculent. Quelle différence entre ces espèces finalement? Et pourquoi s'intéresser à un personnage dans le processus créatif plutôt qu'à un autre? Pascale Ferran livre une poésie brute et (forcément) un peu sibylline. Une bonne idée ne fait cependant pas toujours un chef d'oeuvre.
C’est un étrange objet filmique que nous a signé Pascale Ferran, que l’on avait pourtant connu plus conventionnelle, avec ce Bird People dont la mise en scène épurée et aérienne réussit à traiter, à travers deux histoires n’ayant à priori de commun que leur localisation dans un hôtel aux abords de l’aéroport de Roissy, du changement entamé à leur façon par deux personnages différents mais aussi d’une multitude de sujets sociétaux. Mais le plus beau changement que contient ce film ne concerne pas ses protagonistes mais bien la rupture stylistique qui s'opère à mi-parcours. La première moitié du scénario, tournée avec le plus strict réalisme et appuyée par une voix-off décrivant ses états d’esprit, nous narre le burn-out d’un ingénieur américain qui, du jour au lendemain, prend la douloureuse décision de plaquer tout à la fois sa carrière juteuse et sa vie de famille. La seconde moitié, quant à elle, nous évoque une transformation au sens le fantastique du terme puisque l’on y voit une jeune fille, dont on entend les pensées, se métamorphoser malgré elle en moineau et entamer une balade nocturne emplie de poésie. L’antagonisme formel et les volontés opposés des héros de ces deux histoires (lui voulant symboliquement s'envoler tandis qu'elle veut atterrir au sens propre) qui auraient allègrement pu être séparées en deux films parfaitement différents ne trouvent leur sens que dans une scène finale qui nous confirme la cohérence, et donc la beauté symbolique, de leur association.
Pascale Ferran célèbre le rêve et la liberté. Bird People est à la fois un beau film politique et aussi un grand film onirique dont l'audace est à l'image de sa réalisatrice : exigeante. Du grand cinéma.
Quel film étonnant ! Et quelle mouche aura piqué Pascale Ferran, si longtemps après la somptueuse "Lady Chatterley" ? J'avoue avoir mis du temps à m'intéresser au sujet et à ne pas avoir totalement réussi... En effet, le personnage du type de la Silicon Valley en plein "burn out" ne m'a pas passionné ; encore moins le tête à tête avec son épouse, via webcam, le moment le plus faible du film. Par contre, lorsqu'Anaïs Demoustier est à l'écran, tout devient gracieux et léger. Un film un peu long mais à voir, assurément.
une réussite à mes yeux ce film de la trop rare Pascale Ferran mais il peut déranger, par son rythme et par son coté tantôt réaliste, tantôt fantastique mais il faut se laisser porter .... En sortant de là vous aurez peut être un autre regard sur vos contemporains et sur les petits bonheurs de la vie...
Le propos n'est pas moraliste, c'est juste un regard réaliste sur la vie actuelle menée tambour battant, chacun dans sa bulle. Toute cette technologie admirable qui ne devrait que nous rapprocher, raccourcir les distances entre les hommes, permettre une ouverture sur tous les pays du monde, ne fait que contribuer à enchaîner les hommes dans une addiction (toujours branchés, toujours connectés) et les empêche de prendre du temps pour établir de vrais rapports humains. Ceux qui ont du travail sont entrainés dans un toujours plus jusqu'au burn-out, ceux qui ont des petits boulots pour survivre, sont exploités à fond par leurs employeurs. Pouvoir casser cette spirale infernale suppose d'avoir une certaine capacité à r^^ever, à avoir un imaginaire riche... je n'en dis pas plus, laisser vous emporter à votre tour !
Si la magie existe au cinéma, elle est dans Bird People.
Le dernier film de Pascale Ferran pourra sembler n'être rien, un cadre américain en transit à Roissy, une jeune fille qui finance ses études en faisant le ménage dans un hôtel. Deux destinées qui ne se croiseront que par le biais du plus improbable hasard : un évènement dont je tairai volontairement la nature, tellement l'effet de saisissement est impressionnant (je vous conjure d'aller voir le film en en sachant le moins possible à son sujet).
Il semble n'être rien, et il est tout.
Il est la cassure dans une vie, le moment où une destinée bascule, il est le maelstrom des vies humaines, la dignité, la nature, l'espace et le temps. Bird people propose un chemin subtilement orginal, il nous entraîne avec lui dans des contrées qu'on n'imaginait pas accessibles via le cinéma, par la grâce d'un casting idéal et d'une mise en scène affolante de simplicité et de complexité mêlée.
Poétique, intrigant, flattant à la fois l'intelligence et le coeur, un des plus beaux films de l'année, sans contestation possible.
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Enfin un film français original !! Peinture de l'époque actuelle, la vie de dingue, les transports, chacun avec son téléphone, écouteurs dans les oreilles. Un cadre américain en burn-out toujours entre 2 avions et qui finit par craquer. Surprenante scène de rupture avec webcam. Une étudiante, salariée qui fuit cette vie de merde en s'envolant. C'est à la fois poétique et réaliste et c'est un vrai moment de bonheur malgré quelques longueurs dans la seconde partie. On croit toujours voir venir la fin mais ça continue...
Télérama a aimé passionnément ce film...une invitation à le voir même si je ne suis pas toujours d'accord avec eux...Finalement un film étrange, inclassable, déconcertant mais prenant...assez long ( 2h 07) avec quelques longueurs ( dans les vues de Roissy, mais un Roissy comme vous n'avez jamais eu le temps de le voir) et la photographie est d'une telle qualité, que ces longueurs sont supportables. Deux histoires parallèles, Gary, cadre supérieur de San José, toujours sous pression, entre deux avions, deux contrats, deux réunions...qui fait escale au Hilton de Roissy pour une réunion avant de prendre un avion pour Dubai...pris dans la nuit d'une profonde crise d'angoisse, il décide alors de tout plaquer, boulot, associés, et même femme et enfants. La séparation d'avec sa femme par Skype et webcam interposés est d'une réelle violence et pleine de force, Audrey, elle, est une jeune étudiante provinciale, au visage rieur et lumineux, venue à Paris poursuivre ses études, et occasionnellement femme de chambre au Hilton pour payer les dites études...elle est transparente pour les clients de l'hôtel, mais son regard vagabonde ici et là...quand la gouvernante d'étage lui impose deux chambres supplémentaires pour pallier une absence, elle sature, elle aussi. On se dit, entre ces deux là une histoire d'amour va se nouer, après tout , les histoire entre client et femme de chambre ne sont pas nécessairement sordides ( suivez mon regard) ...et bien non, on bascule dans le merveilleux, et la suite est irracontable à celui qui voudrait voir le film, ce que je conseille... une mention spéciale au moineau, qui parait-il a été difficile à trouver et à dresser...
ce "film" est un documentaire sur Marlboro. En tout état de cause , au moins financé en partie par la marque.2h08 de cigarettes allumées,de paquets vides ou pleins, de cendriers . On sort de la salle intoxiqué mais soulagé en se demandant pourquoi l'on s'est infligé la punition de rester jusqu'à la voyant ces deux excellents comédiens Molière aurait pu dire " Mais qu'allaient-ils faire dans cette galère?"
Un film vraiment à part, audacieux et souvent brillant, une sorte d'hymne à la liberté. Certaines scènes sont sublimes, nous emportent et nous font décoller dans tous les sens du terme. Josh Charles que je ne connaissais pas est épatant, Demoustier réussit à rendre son personnage très attachant. Dommage qu'il comporte des longueurs qui m'ont un peu fait décrocher du film à certains moments.
"Bird People" est un film très audacieux qui risque un peu de dérouter, avec sa narration assez libre, composée de deux grands blocs, enchâssés l'un dans l'autre. L'un est consacré à Gary, un ingénieur américain en transit international, qui décide brusquement de changer de vie, et l'autre à Audrey, une jeune femme de chambre, qui travaille dans un hôtel de Roissy, où Gary séjourne. Il y est d'abord question du monde contemporain, de télécommunications, de déplacements et de stress. Au fond, à quoi riment ces modes de vie ? Gary sent qu'il perd pied et Audrey rêve les vies de ces "oiseaux de passage" qu'elle ne rencontre pas, jouant d'une soupape imaginaire pour mieux endurer son labeur de nettoyage. L'un et l'autre se sentent engoncés et c'est le lien, tacite, qui relie ces deux destins, en dehors de leurs nomadismes, plus ou moins imagés : l'un vole de capitale en capitale via des hôtels aéroportuaires, l'autre furète de chambre en chambre, pour y picorer des traces de vie. Il faudra donc se laisser aller à cette narration croisée, un peu insaisissable, jusqu'à ce que le film prenne des détours imprévisibles et bascule dans la métaphore, le fantastique... Pas de crainte pour autant, ce n'est pas quelque chose d'abstrait ou de conceptuel. Au contraire, "Bird People" est d'une narration très ludique, très accessible, c'est une sorte de conte pour adultes, plein d'enchantement malgré son point de départ, malaisé et existentiel. Pas de grand discours à l'horizon sur l'hyperactivité contemporaine (le propos du film est à ce titre assez attendu) mais davantage, un fascinant travail de mise en scène, qui tisse du rêve et de l'échappée, ou quelques issues de secours.
C'est sans conteste l’idée de scénario la plus folle du cinéma français depuis bien longtemps qui intervient au mitan du film… Mais il ne faut pas attendre la deuxième moitié du film pour être surpris par « Bird people ». L’ouverture du film – un voyage dans le RER B –, presque un film dans le film, expérimente déjà beaucoup. Pour raconter cette histoire dont on ne peut deviner le propos que dans les dernières minutes du film, Pascale Ferran multiplie les innovations. Sa mise en scène ose sans cesse, et convoque toutes les techniques narratives dans un grand ensemble (très ordonné) qui répond à la nature chorale de cette oeuvre qui souhaite s’inscrire dans la contemporanéité absolue. « Bird people » se déroule en effet dans un hôtel à proximité de l’aéroport de Roissy, dans cet aéroport, dans les transports en commun,… : toujours dans des lieux de transit où est perceptible l’abolition de la notion de frontière de notre société moderne et mondialisée, mais où les individus ne se sont pas rapprochés pour autant.
Bird People est une réussite dans le sens qu’il offre un véritable regard poétique sur le monde, mis en valeur par la superbe réalisation de Pascale Ferran. Dommage que le premier portrait soit aussi plat et que certaines autres séquences du film soient victimes du rythme imposé par la lenteur de cette histoire. Un film proche de la réussite mais dont le déséquilibre entre les deux parties casse toute dynamique globale.
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Que "Bird People" n'ait pas sélectionné pour participer à la compétition cannoise est assez incompréhensible. Ce film de Pascale Ferran, présent dans la sélection Un Certain Regard, est en effet un des tout meilleurs films d'une cuvée 2014 par ailleurs très réussie en moyenne. Ce film qui se focalise sur 2 personnages principaux, Gary Newman, un américain qui, lors d'un voyage de travail en France, décide de quitter l'ensemble de sa vie antérieure, et Audrey, une étudiante qui travaille dans un hôtel de Roissy pour payer ses études, est une charge féroce contre le monde déshumanisé dans lequel vivent une grande partie de nos concitoyens. Dès le début du film, Pascale Ferran nous montre les passagers d'un RER, pendus à leur portable ou à leur MP3, des êtres humains qui ont complètement perdu le sens et la valeur des rapports humains authentiques. Un peu plus tard, elle se permet de nous offrir une scène a priori casse-cou mais parfaitement réussie : une longue scène de rupture via Skype entre 2 personnes qui sont à 9000 km l'une de l'autre : Gary est à Roissy, sa femme à San Jose, dans la grande banlieue de San Francisco. Gary quitte tout : femme, enfants, travail, les actions qu'il a dans la société qui l'emploie. Sa seule ambition : changer de vie. Après 1 heure 20 minutes de cinéma très réaliste (et très réussi !), axé surtout sur Gary, le film change complètement de ton: c'est Audrey qui devient le personnage principal, une Audrey qui s'est transformée en moineau, ce qui lui permet de visiter diverses chambres de l'hôtel qui l'emploie, de rencontrer des personnes, de survoler les pistes d'atterrissage et le hall de l'aéroport. Là aussi, ce choix était très casse cou. Là aussi, la réussite est totale, d'autant plus qu'on ne comprend absolument pas comment ces scènes d'un oiseau en totale liberté ont pu être filmées ! Que le film se termine par un rapport humain à l'ancienne, en l'occurrence une bonne et franche poignée de main entre Audrey redevenue elle-même et Gary, n'est bien sûr pas le fait du hasard. C'est un excellent Josh Charles qui interprète le rôle de Gary. Quant à Audrey, le rôle est tenu par Anaïs Demoustier, toute aussi excellente, qu'on retrouvera très bientôt dans le dernier Guédiguian, "Au Fil d'Ariane". Dans un petit rôle de réceptionniste d'hôtel, Roschdy Zem nous permet de nous rappeler qu'on peut avoir un travail et pourtant coucher dans sa voiture, le salaire n'étant pas suffisant pour se loger décemment. Béatrice Thiriet a signé la musique de "Bird People", une musique qui a le bon goût de rester très discrète. On entend aussi régulièrement des petits bouts de "La javanaise", la chanson de Gainsbourg, interprétée par Julien Doré et, une demi-heure avant la fin du film, un gros bout de "Space Oddity" de David Bowie. Méfiez vous : à Cannes, de nombreux spectateurs ont cru que c'était la fin du film et se sont précipités vers la sortie !