J’ai vu le film « Bling Ring», une belle farce sur les boulevards d’Hollywood
L’histoire vraie d’une bande d’ados qui a amassé un butin de plus de trois millions de dollars en cambriolant des célébrités, dont Paris Hilton. Sophia Coppola a branché sa caméra sur le cynisme, elle tourne avec plaisir et je m’en réjouis !
1, 2, 3 puis 4 et plus sont fascinés par la mode, l’apparence et la société de consommation. Ils sont tout juste adolescents, ont découvert que les stars laissent les portes de leur voiture de luxe ouverte avec de l’argent et plus à l’intérieur. De petits larcins en en vanité, de cambriolage en popularité, notre bande d’ados va découvrir qu’il suffit de se baisser pour entrer chez leurs idoles, les possesseurs de marques de luxe. Alors, pourquoi s’en priver ?
Sophia Coppola a du talent et du culot que quoi faire une bonne recette ! En racontant ce fait divers, Sophia Copolla a effacé toute preuve d’adulte responsable. Dans ce monde « Bling bling » qui résonne de strass et de paillette de Paris à Hollywood en passant par toutes les capitales branchées, la réalisatrice dépeint un monde cupide et horriblement bêtement matérialiste. Plus les adolescents exhiberont leurs trophées, T shirts de marque, montres, sacs et autres «Louboutin», plus la société qu’ils recherchent leur ouvrira les portes et dans cet univers il n’y a aucun adulte raisonnable.
Ce qui est fascinant dans sa démonstration c’est que les ados pensent que la clé d’entrée dans ce monde est l’apparence et pendant un certain temps, le monde leur donne raison. Seuls de leurs parents ils se cachent. Mais dans leur monde (Facebook, vidéo virale et club privés), ils se vantent et s’exposent. La réalisatrice sait parfaitement comment nous faire entrer dans cet univers, en filmant ces jeunes de près avec justesse ; les acteurs, Emma Watson, cynique et odieuse est parfaite, Israel Broussard le seul garçon de la bande s’effémine sous nos yeux et interprète le rôle avec candeur.
Il n’y a pas de morale ostentatoire à l’américaine, mais bien plus de subtilités : le traitement des adultes qui ne vient jamais en opposition à la bande de cambrioleurs et qui eux-mêmes sont dans des caricatures (les parents, les policiers, le juge, le journaliste, les détenus)…
La réalisation est aussi très précise et recherchée et parfaitement rythmée. La constance progression des larcins et la facilité est bien représentée, jusqu’à cette scène en plan-séquence ou l’on voit telle une caméra de surveillance, le cambriolage se dérouler en temps réel et l’on ressent alors ce sentiment d’impunité totale qui a permis aux jeunes de continuer. L’insouciance du groupe est aussi excellemment mise en scène, on voit par exemple, les jeunes assis dans le noir sur le bord du trottoir en attendant que la voiture vienne les chercher comme tout naturellement, ou encore ce stand de vente de leur recels sur les trottoirs le long des plages.
Lors des arrestations, on voit une fois encore le décalage des adultes et de la réalité ( les seuls êtres vivants à ressentir que quelque chose est en train de se passer ce sont les 2 caniches du couple).
Ainsi c’est sans jouer sur la morale, mais avec de la finesse et du cynisme, en filmant une farce de notre monde moderne illusoire autant pour les adultes que les ados, que Sophia Copolla traite cette histoire qui va bien au delà du fait divers, mais un constat accablant sur les univers parallèles de notre société. Même les prisonniers qui côtoient le jeune Marc dans le bus de transfert de la prison ne s’assoient pas à côté de lui, ils sont vraiment seuls dans leur monde et le monde ne fait pas attention à eux.
Un film qui regorge de détails très drôles et très fins, ce film recèle plus de perles que tous les tiroirs de Paris Hilton.
toutes nos chroniques sont sur