L’australien Patrick Hughes succède à Sylvester Stallone et Simon West à la direction des Expendables, la fine troupe de rescapés des classiques d’action des années 80, 90. Le premier volet bâtissait sa réputation sur une idée, celle de rassembler des baroudeurs de la baston, idoles d’une génération, dans un film d’action sur vitaminé et improbable. Le second film, lui, se contentait d’agrémenter son casting de deux énormes vedettes en mettant en avant l’autodérision et une certaine forme réussie d’humour. Que peut donc bien proposer ce troisième volet? Des nouveaux venus, évidemment. Hormis cela, rien de bien tranchant au menu des festivités, lesquelles ayant commis l’erreur ultime de ne pas avoir su choisir les invités. Oui, le gros problème, lorsque l’on parle de ce troisième chapitre, c’est bel et bien sa facilité d’accès, film d’action s’offrant aux tous publics, alternant pas loin de cinq cent morts sans qu’une seule goutte de sang ne soit versée. Oui, de l’aveu de Stallone lui-même, cet opus manque le coche au niveau de sa légitimité.
N’est-ce pas mesquin de vendre un film ou les morts s’enchaînent en respectant le bon-vouloir de la censure américaine, ne voulant pas d’éclaboussures? Sans doute. Cela démontre toutefois que les Expendables ne s’adresse plus uniquement à un public de fans, nostalgiques d’une certaine époque, mais à un tout-venant de tout âge, démarche commerciale par excellence. Oui, il y a ici erreur sur la marchandise. En dépit de cela, le clan de mercenaires de Barney, alias l’homme derrière tout ça, Sylvester Stallone, subit quelques bouleversements mais revient toujours aussi motivé qu’auparavant, esquivant les balles comme un skieur esquive les portes. Dans cette démarche, Stallone et son team tentent tant bien que mal de recruter quelques nouveaux venus, entrevus de-ci de-là, sans trop du succès puisque, sans surprise, les vieux de la vieille sont les moteurs du long-métrage. Par ailleurs, Stallone s’offre le luxe de compter dans ses rangs quelques nouvelles vedettes, dont Harrison Ford, Wesley Snipes, Mel Gibson et Antonio Banderas.
Ce rassemblement de stars est sans aucun doute possible l’atout majeur du concept des Expendables. Outre cette assemblée d’acteurs déchus ou ayant tout simplement tournés une page, il ne reste qu’une certaine forme d’humour pour sauver l’entreprise du fiasco. Autre défaut à mettre sur le dos de la franchise, en générale, sont les effets spéciaux totalement ratés. D’hélicoptères bidons qui n’auraient pas dépareillés dans le New-York 1997 de John Carpenter aux explosions en CGI, absolument affreuses, l’équipe technique se surpasse pour paraître démodée, carrément Has Been. Bon nombres d’effets visuels sont donc dépassés, de même que les dialogues, répliques toutes droites sorties des répertoires de la Cannon Films. La nostalgie, on veut bien. Mais le ridicule, on s’en passerait.
Difficile pourtant de cracher impunément sur un film qui remplit son contrat de divertissement, notamment pour une séquence d’action ou Antonio Banderas s’en donne à cœur joie ou encore pour les interprétations irrévérencieuses de Mel Gibson, nettement plus convaincant en méchant que précédemment Jean-Claude Van Damme. Autre fait indéniable, les Expendables survivent de par le fait que leurs bêtises sont complètement assumées, forme de nostalgie, d’hommage, à un cinéma maintenant presque évaporé dans les livres d’histoire. La figuration de Schwarzy, qui ne prend même pas la peine d’au moins montrer une certaine implication, en dit long sur les vélléité des producteurs et du scénariste, Stallone, qui une fois de plus, se garde le droit de tirer les dernières balles. Les amateurs du genre ou les cinéphiles mélancoliques apprécieront peut-être, quand bien même le film manque d’hémoglobine. Les autres passeront leurs chemins. 06/20