On a assez dit la performance d'actrice de Cate Blanchett, oscarisée dans le rôle de cette femme à la dérive après que son univers de luxe ostentatoire et dangereusement superficiel se soit écroulé. Excepté sa demi-sœur adoptive, Ginger, les personnages satellites qui gravitent autour d'elle restent à la marge, Woody Allen ayant une fois de plus fait la part belle aux rôles féminins, ses fameuses muses... Pour ma part, j'ai eu du mal au début avec la voix de l'héroïne, dont le ton hypersnob m'a paru sonner faux. Puis, finalement, en entrant dans l'histoire, ça passe. Étude de caractère construite sur de nombreux retours en arrière, "Blue Jasmine" peint le portrait acide et sans concessions d'une femme ayant bâti toute sa vie sur des critères de paraître tels que la position au sommet de l'échelle sociale et le porte-monnaie bien rempli. Avec la condescendance un peu hautaine que donne l'argent, elle ne jure que par les volumes intérieurs de son appartement sur Park Avenue et les soirées chics à Martha's Vineyard. Son quotidien, c'est cours de yoga et pilates, déjeuners de galas et collectes de fonds pour des oeuvres de bienfaisance. Mais quand le film commence, la roue de la fortune a déjà tourné. Angoisses, cauchemars, dépression... Naufragée de sa vie disloquée, Jasmine débarque à San Francisco avec ses valises Vuitton, shootée au Xanax et à la vodka-martini. Sur la paille, la mort dans l'âme, elle emménage dans le petit appartement de Ginger, demi-sœur qu'elle méprise vaguement pour la vie modeste dont celle-ci se satisfait et ses copains loosers. Réfugiée dans l'illusion de sa splendeur d'antan, Jasmine va tenter de s'en sortir, ravalant sa fierté face aux humiliations de la dégradation sociale. Il y aura bien Dwight, possible planche de survie, mais... Tout au long du film, partagé entre détestation et pitié, le spectateur observe l'héroïne dans le déni perdre pied. Hagarde et parlant toute seule, on comprend que cette Jeannette pathétique est une femme brisée, prête à sombrer... Cate Blanchett, silhouette élancée et profil racé, est absolument parfaite dans le rôle de grande bourgeoise déchue. A ses côtés, Sally Hawkins incarne une Ginger profondément humaine et généreuse, optimiste, qui affronte en petit soldat courageux les difficultés de la vie. Elle attire la sympathie. Alec Baldwin est le mari escroc, celui dont les montages de sociétés douteux vont précipiter la perte de Jasmine. Il n'apparaît qu'en flash-back, et pour cause... Un Woody Allen cru 2013 qui se laisse regarder sans ennui,mais qui pâtit d'un traitement trop simpliste des seconds rôles.