Oh la jolie petite surprise que voilà !! Alors qu’il n’a pas spécialement bénéficié d’une grande propagande, je me suis souvenu que le réalisateur de "Comancheria" n’avait déjà agréablement surpris avec "Les Poings contre les Murs" : c’est donc avec une certaine confiance que je me suis rendu en salle….et une chose est sûre : David Mackenzie confirme qu’il est un jeune réalisateur de talent avec son nouveau film ! Nous proposant de suivre la folle aventure de deux frères braquant des banques afin de récupérer leur héritage familial, "Comancheria" est un film surprenant a bien des égards : 01) tout d’abord, le film est un astucieux mélange de genre : si le synopsis de départ part normalement vers le thriller urbain, le film bascule peu à peu dans un buddy/road movie qui ressemble fortement à un western. Il est clair que le film emprunte beaucoup les codes de ce dernier (l’action se déroule au Texas au travers de petites bourgades désertées par les habitants à cause de la crise financière qui rappellent furieusement des villes fantômes, les rangers portent des chapeaux de cowboy en arborant fièrement leur étoile de représentant de la loi, le personnage principal qui devient hors-la-loi à cause d’une injustice et qui est opposé à un justicier ne cherchant qu’à l’arrêter car c’est son unique raison de vivre). Bref, un mélange de genre qui contribue grandement au rythme de l’action. 02) Le film propose de façon réellement inattendue une sorte de satire sociale des USA à travers différents thèmes : la famille, la loyauté, la difficulté à trouver sa place dans la société actuelle, la crise financière, la nouvelle corruption moderne, les rapports entre communautés (racisme et xénophobie), les armes à feu, l’auto-justice…il est même incroyable qu’un tel film ait pu voir le jour à Hollywood tant les images et les dialogues dénoncent clairement et caustiquement les travers de la société américaine actuelle (en même temps, le scénario de "Comancheria" ne faisait pas partie de la fameuse « black list » hollywoodienne pour rien !!). Il est clair que le fameux « Rêve Américain » en prend plein pour son grade tout du long du film : certes un peu nihiliste, mais terriblement réaliste…et moi, ça j’adore ! 03) Le film prend le soin de s’intéresser à ces personnages plutôt que de les laisser juste être acteurs du récit. Il faut avouer qu’on fait face à deux duos particulièrement savoureux : d’un côté nous avons les frères hors-la-loi aux caractères radicalement opposés comme les deux faces du Yin-Yang (l’un est plutôt cool et discret, l’autre est un voyou aux pulsions aussi imprévisibles que violentes) mais qui s’aiment sincèrement et ne se laisseront jamais tomber l’un l’autre. Cette relation trouble amène de très belles scènes aussi touchantes que poignantes et donne un agréable ton mélancolique au récit, d’autant plus que Chris Pine et Ben Foster sont absolument parfaits dans leurs rôles. De l’autre côté, nous avons une association professionnelle entre un vieux flic facétieux (Jeff Bridges, délicieux en grigou désabusé) et un mexicano-indien (Gil Birmingham, étonnant de simplicité) qui possède un mental d’acier pour supporter à longueur de journée les vannes racistes de son collègue. Ce « vieux couple » explosif servira à la fois de véhicule d’humour parfois bienvenu dans une atmosphère tendue et d’illustration du paradoxe de la société américaine qui accueille sur son territoire les étrangers tout en leur imposant hypocritement leur « supériorité ». David Mackenzie nous livre donc avec "Comancheria" un film d’action très plaisant, croisement improbable entre western et polar tout en proposant intelligemment une critique assez satirique des USA. Quand suspense et tension rencontre mélancolie et émotion, on se retrouve devant un hybride inclassable mais très agréable à visionner. Mister Mackenzie, j’attends avec impatience votre prochain film !