Film fantastique écrit et réalisé par Guillermo del Toro, Frankenstein est un long-métrage extrêmement ambitieux, pour un résultat à la hauteur de son ambition puisqu'il accouche d'une œuvre grandiose. L'histoire débute en 1857, à bord de l'Horisont, un navire de la marine danoise mené par le capitaine Anderson, qui se retrouve pris au piège sur la banquise du pôle Nord. Dans la soirée, à la suite d'une explosion, l'équipage découvre un homme agonisant, le baron Victor Frankenstein. Recueilli à bord du navire, ce dernier est attaqué par une créature dotée d'une force colossale exigeant qu'on lui livre Victor. Après une confrontation, la créature semble vaincue. Victor se confie en révélant qu'il est son créateur et débute alors le récit des événements qui ont conduit à sa création. Ce scénario, adapté du grand classique littéraire Frankenstein Ou Le Prométhée Moderne de l'autrice Mary Shelley, publié en 1818, s'avère passionnant à visionner tout du long de sa durée de deux heures et demie. On assiste pendant tout ce temps à une intrigue certes déjà connu, mais qui parvient à trouver un intérêt nouveau à travers cette relecture du mythe et cette vision d'un cinéaste singulier. Si le roman est fidèlement adapté dans ses grandes lignes, cette version apporte beaucoup plus de développements, d’où sa durée assez importante, qui ne se fait pas ressentir pour autant. Le récit est présenté de façon non linéaire, en deux chapitres. Le premier nous narre l'enfance, l'éducation et ce qui a poussé Victor à entreprendre cette folle idée de créer la vie à base d'assemblage de corps. Le second nous fait suivre le destin de la créature et son apprentissage au contact d'autres humains. Ces deux points de vue sont parfaitement complémentaires, même s'ils ne s'entrechocs pas. Tout cela est prenant et l'on ne s'ennuie pas un seul instant tant c'est bien rythmé et que les scènes entre brutalité et humanité sont captivantes. Le ton se veut d'une grande justesse et est capable de passer de la colère à la tendresse d'une séquence à l'autre. L'ensemble est porté par des personnages appréciables, voir carrément attachants. Des rôles superbement interprétés par une distribution comportant Oscas Isaac, Mia Goth, Christoph Waltz, Felix Kammerer, David Bradley, Lars Mikkelsen et Charles Dance. Mais la véritable tête d'affiche c'est bien évidemment la créature incarnée par Jacob Elordi, dont l'apparence est assez déstabilisante. Car oui, celle-ci s'éloigne grandement de celle représentée jusqu'ici. Il est moins enlaidi et beaucoup moins monstrueux, gagnant ainsi en sensibilité. Tous ces individus entretiennent des relations riches en émotions. Des échanges soutenus par des dialogues parfaitement écrits. Chaque ligne de dialogue est précise et aucun mot ne dépasse. Si le fond nous tient en haleine, le métrage brille également via sa forme. La réalisation du cinéaste mexicain s'avère particulièrement qualitative. Sa mise en scène nous offre une caméra perpétuellement en mouvement qui donne du relief. Surtout, elle évolue au seins d'environnements variés absolument sublimes. Les costumes et les objets bénéficient d'un soin remarquable, alors que le travail de reconstitution est lui parfaitement crédible. La photographie, capable de passer de la noirceur à des couleurs éclatantes en un rien de temps, est elle somptueuse et nous offre des plans mémorables. Les effets numériques sont eux nombreux et visibles, mais la direction artistique est si belle que ça ne dénote pas avec les décors réels et avec le genre du fantastique. Ce visuel tout bonnement merveilleux est accompagné par une très bonne bande originale signée Alexandre Desplat, dont les compositions sont en totale symbiose avec l'action et les images, sans pour autant marquer durablement les esprits. Reste une fin à la hauteur, bien qu'on aurait pu en imaginer une autre encore plus judicieuse, venant ainsi mettre un terme à Frankenstein qui, en conclusion, est une œuvre méritant grandement d'être admirée et ressentie.