Frankenstein d’Isac Osar propose une relecture contemporaine et sensible du mythe fondateur imaginé au XIXᵉ siècle. L’auteur parvient à respecter l’esprit de l’œuvre originelle tout en lui apportant une couleur nouvelle, plus intimiste et plus psychologique. Ce qui frappe d’abord, c’est la manière dont il installe son atmosphère : une tension continue, presque palpable, qui accompagne aussi bien les scènes de création scientifique que les moments de doute ou de solitude profonde vécus par les personnages.
Le personnage du créateur, mû par une ambition à la fois admirable et inquiétante, est décrit avec une finesse remarquable. Ses élans de génie, ses contradictions, la fragilité cachée derrière son désir de repousser les limites de la nature : tout cela est développé avec précision, rendant sa chute d’autant plus émouvante. Mais c’est surtout la créature qui occupe le cœur véritable du récit. Osar en fait un être d’une humanité bouleversante, porté par une quête d’appartenance qui se heurte sans cesse au rejet, à la peur et à l’incompréhension. La manière dont sont décrits ses premiers pas, ses découvertes et son éveil progressif à la conscience constitue l’un des points forts du livre.
Stylellement, l’écriture est fluide, maîtrisée, et teintée d’une poésie sombre sans jamais devenir excessive. Les descriptions sont évocatrices, les dialogues bien dosés, et le rythme alterne habilement entre passages introspectifs et moments de tension dramatique. L’auteur parvient également à aborder les thèmes classiques du mythe — la responsabilité morale du scientifique, le rapport à la différence, la nature de l’humanité — tout en y ajoutant une dimension contemporaine qui parle au lecteur d’aujourd’hui : peur du progrès mal contrôlé, isolement émotionnel, sentiment de ne pas trouver sa place dans le monde.
Quelques longueurs subsistent dans certains chapitres, où les réflexions s’étirent un peu au détriment de l’action. Cependant, ces moments restent minoritaires et n’entachent que très légèrement l’efficacité globale du récit.
En définitive, Frankenstein selon Isac Osar s’impose comme une œuvre riche, dense, et profondément sensible. Elle parvient à rendre hommage à un classique tout en offrant une interprétation personnelle, touchante et intelligente. Une lecture marquante, qui continue de résonner longtemps après avoir refermé le livre.