Qui de mieux pour raconter l'histoire d'un "monstre" que celui qui les connaît le plus à travers toute sa filmographie ? En apparence, cette nouvelle adaptation se rapproche beaucoup de celle faite par Kenneth Branagh il y a 30 ans. Même structure narrative reprenant les parties du livre, même parcours, à quelques différences près. Mais là où Branagh reprenait comme il pouvait un "produit marketing" entrepris par Coppola pour surfer sur le succès de son Dracula, Del Toro filme son idée et son scénario. On y retrouve donc toute son imagerie et ses thématiques enrichie d'une dimension religieuse que je ne lui connaissais pas. En 2h30, Del Toro prend le temps de développer ses personnages, son récit et, surtout, les interactions entre le créateur et sa créature qui étaient trop vite expédiées dans les autres adaptations. Il a mis beaucoup de cœur à l'ouvrage et ce cœur est d'ailleurs au centre du récit. Malgré sa longue durée, le film ne souffre pas de longueurs, il semble même étonnamment trop court ! J'aurais aimé avoir plus de scènes avec ces personnages vraiment intéressants, surtout avec Elizabeth qui est trop survolée et mise à l'écart, malgré son importance. Le casting est excellent et chacun joue son rôle de la meilleure manière, on y croit sans problème. Sur la forme, ce n'est pas le Del Toro qui m'a le plus ébahi, les environnements sont peu nombreux, ternes et peu fournis, la photographie est globalement sombre. Les costumes sont absolument sublimes. Le design du monstre ne m'a pas convaincu. De Niro avait donné corps au monstre d'une manière mémorable, on se rappelle son physique décharné, plein de cicatrices. Ici, le monstre de Frankenstein n'en est plus un, on dirait juste un homme en combinaison... Autre point décevant : La musique d'Alexandre Desplat qui porte toujours aussi bien son nom, tant elle ne colle pas à ce qui est à l'écran et ne marque pas les esprits un seul instant. Fernando Velasquez ou Javier Navarrete auraient sûrement livré quelque chose de beaucoup plus grandiose. En dehors de ces écueils, il s'agit bien là de la meilleure adaptation du roman de Shelley à ce jour et Guillermo Del Toro était le réalisateur idéal et logique. Ce 13e film, cette 13e créature de Del toro, n'a rien de monstrueux, c'est le reflet de son créateur qui nous montre, une fois encore, que le monstre n'est pas celui que l'on croit et que le cœur reste la partie la plus humaine. Un rappel salutaire.