C’est la première fois où je ressors d’un nouveau film de Guillermo del Toro plutôt… circonspect.
C’est un de mes cinéastes préférés. J’adore tous ses films, et le voir enfin réaliser son projet de rêve — adapter le livre de Mary Shelley : Frankenstein — me rendait impatient de découvrir le résultat.
Il est fait pour ce projet, comme Peter Jackson était fait pour réaliser un remake de King Kong. Sauf que Peter Jackson n’avait pas fait King Kong avant de le faire. Guillermo del Toro, lui, a déjà fait Frankenstein dans tous ses autres films.
C’est un projet qu’il a tellement porté, tellement rêvé, qu’il a infusé toute sa filmographie. Et aujourd’hui, alors qu’il a enfin réalisé le film de ses rêves, je pense qu’il n’aurait peut-être pas dû : ses intentions ont déjà été façonnées par ses œuvres précédentes. Ce n’est pas un film-somme, c’est une redite. Un retour en arrière.
Je vais en faire bondir plus d’un en écrivant cela, mais c’est vraiment l’aspect de l’image qui m’a rebuté. Je n’avais pas du tout l’impression d’être devant un film de del Toro, mais bien devant une production Netflix.
L’image était très propre, clinique, avec des effets pratiques visibles, et beaucoup de retouches numériques. Un numérique qui manque de travail et de finition, fait à la va-vite, tel un Marvel.
J’ai entendu partout que le film était tellement beau qu’il méritait une sortie en salles, mais je crois que les gens confondent la direction artistique et la technique.
J’ai envie de me couper les mains en écrivant cela, mais Frankenstein de Guillermo del Toro est un film Netflix, pas un film de cinéma. L’étalonnage HDR est catastrophique pour un film de del Toro. Tout est surexposé et plat, ça donne l’impression de regarder une série et pas du cinéma.
Et quand c’est flagrant sur certains plans, ça me crève le cœur de voir du del Toro massacré ainsi.
J’ai de sérieux doutes sur le fait que del Toro n’ait pas eu de compromis à faire, ou qu’il ait simplement composé avec les moyens du bord. D’habitude, quand il fait un film qui coûte vingt millions de dollars, il donne l’impression qu’il en coûte cent.
Le budget de ce Frankenstein est supérieur à cent millions, mais donne l’impression d’avoir été fait très vite.
Frankenstein est un film de cinéaste tourné avec des contraintes de télévision.
Et c’est également la première fois, pour moi, que je vois un del Toro où je ne ressens rien. Je n’avais pas l’impression de pouvoir toucher l’image.
Ses films sont pourtant palpables, tant ils sont travaillés, fouillés, fétichistes.
Même dans le traitement de la créature, il y a quelque chose d’inhabituel. Je la trouve très belle, et il y a de bonnes idées visuelles dans cette version, mais je n’ai pas eu cette sensation de pouvoir la toucher. Il y a de l’amour pour la créature, mais pas de fétichisation, comme on en a l’habitude dans sa manière de filmer les monstres.
Même dans l’histoire, il y a des soucis. Je ne comprends pas la romance du personnage de Mia Goth avec la créature. La scène d’introduction sur le bateau et sa conclusion n’ont aucun sens entre elles.
Je ne comprends pas non plus pourquoi on nous montre l’enfance de Frankenstein : c’est trop explicatif, à mon sens.
De manière générale, même si le film est visuel (on est chez del Toro, quand même) et qu’il y a de la narration visuelle, le film est trop bavard. Peut-être encore un compromis Netflix.
Même la musique, je l’ai trouvée trop discrète. Je n’ai entendu aucun thème durant le film. S’il n’y avait pas de musique, c’était pareil.
J’attendais beaucoup de ce film, et vu les retours, j’étais impatient de le voir. Pour moi, c’était une évidence : s’il n’était pas mon film de l’année, il serait à la deuxième ou troisième place.
Il n’en est rien. Je sais qu’il y a de bonnes choses, mais l’aspect technique et le scénario engoncé m’ont rebuté.
Je n’ai qu’une hâte : le revoir dans quelques mois pour le réévaluer. Peut-être que je n’étais pas dans le bon état d’esprit.
. J’ai rédigé cette critique avant d’écouter celle de Capture Mag. Comme ils spoilent les films chroniqués, je n’ai pas voulu connaître leur avis avant de voir le film, et nous avons eu le même ressenti — d’où certaines idées qui peuvent paraître copiées-collées.