Un mot pour moi qui ne conviendra certainement pas à tous :
SURPRENANT !
Her, au delà de toute sa dimension psychologique, de toute la mélancolie qui nous inonde en accompagnant ces âmes déconnectées et singulièrement seules, montre une étrange précision dans son récit, dans son univers, qui fera frémir vos méninges si vous vous intéressez au thème.
C'est ce qui m'est arrivé malgré toute ma volonté de m'immerger dans l'émotion basique et la chialerie de circonstance.
Déjà, c'est une réussite en tant que drame romantique.
Les relations humaines dépeintes dans le film sont réalistes, très bien mises en scène et divinement jouées. (Bordel Joaquin est grandiose ! Son mal-être crédible. J'étais vraiment mal la première partie.).
La mise en place rapide des éléments, le peu de place laissé à la partie scientifique du récit sont finalement ses plus grandes qualités.
Pas de chichi, on suit Theodore, brave type avec un vrai blaze de brave type, paumé, déprimé, que l'amour a laissé désabusé et nostalgique, qui va céder malgré lui aux charmes d'un logiciel social personnalisé et ultra-performant (je ne dit volontairement pas "IA" ici, parce que c'est là qu'une partie de la réflexion entre en compte...).
Le ton calme adopté permet de crédibiliser la relation entre le looser et son iphone, laissant monter les sentiments, même si parfois on se dit qu'il va vite en besogne pour accepter la personnalité de madame l'IA.
En même temps on va pas non plus chier un film de 12h sur 8 ans pour cimenter une relation...
Là où j'ai été surpris, c'est que le film apporte un nombre impressionnant de questions métaphysiques à travers une simple romance, et montre une profondeur sous-jacente qui m'a très agréablement surpris en dehors de la dimension psychologique et romantique du film. Un vrai vent de fraicheur dans la réflexion philosophique liée à la science moderne et à la société.
Au final, on pourra toujours se demander si la relation entre les 2 protagonistes est bien réelle.
Cette hypothèse est renforcée avec le temps, quand l'IA annonce son ubiquité, et que la vision d'un système d'exploitation, postulat de départ, revient d'un seul coup.
Certains éléments font douter de l'existence de Samantha.
//SPOILER//
Et si ce n'était finalement qu'un logiciel thérapeutique de masse très perfectionné ? Et si elle partait car l'expérience sociale, ou la thérapie, a donné des résultats, parce que c'est le but du logiciel ?
Dans ce cas il faudrait garantir la crédulité du bénéficiaire, au risque d'anéantir le travail sur l'ego effectué pour réintégrer Theodore. Et donc pondre une histoire crédible sur la disparition de Samantha. Ce qui est fait dans le film.
Autre détail qui a son importance, rien dans leur société ne montre un tel niveau technologique.
L'IA ultra-perfectionnée est utilisée uniquement comme loisir alors que le monde tourne comme aujourd'hui ? Ca ne tient pas.
//FIN DE SPOILER//
On peut également tergiverser à l'infini sur la conception de l'Intelligence artificielle, et jusqu'à quel point l'humain peut être dupé. La notion de tromperie est un thème inévitable quand on aborde l'IA car sa définition idéologique dépend de la très vague notion de conscience. Et ici c'est poussé au bout, justement par souci de crédibilité.
Au delà de tout ceci, la réflexion classique sur le principe des émotions, de la personnalité d'une entité artificielle mais consciente est maintenue tout le long de l'oeuvre.
C'est tout ça que je veux voir quand on aborde le sujet.
Les hypothèses scientifiques germent au milieu de la mièvrerie intrinsèque au thème, les questions existentielles se succèdent. Les références à la littérature se font sentir et là ca bouillonne.
en même temps, on s'attache à Samantha, leur relation semble sincère.
L'idée du simulacre reste, mais la qualité et la beauté des échanges subliment le coté dramatique.
Un drame romantique philosophique de très grande qualité en somme.
Un très grand BRAVO monsieur Jonze.