J'adore Laura Kasischke. Celui là, White Bird in a blizzard, je ne l'ai pas lu (dans Esprit d'hiver, le blizzard était omniprésent.... le blizzard, c'est cette tourmente de blancheur où l'on disparaît, où l'on s'annihile....) J'aime la façon dont elle décrit l'Amérique des petites villes, ces femmes désoeuvrées, ou plutôt trop occupées à être parfaites, ces adolescentes en roue libre.
Le film de Gregg Araki ne m'a pas déçue. C'est à la fois une étude sociologique -et un thriller. Et je vous jure que les trois dernières minutes vont vous laisser sur le derche! J'offre un roudoudou en chocolat au lecteur qui aura trouvé la fin. Ou plutôt non, j'offre rien du tout, car c'est un menteur. Cette fin qui boucle le film élégamment en trois minutes -puisque l'essentiel, c'est quand même l'étude sociologique...
Kat (Shailene Woodley, une petite américaine bien mignonne et fort convaincante) vit dans une petite ville, entre un père, Brock, bonasse et benêt (apparemment la coqueluche de ses collègues de bureau, mais sûrement pas de sa famille...), Christopher Méloni, et une mère, desperate housewife dépressive qui vire dingue. Eve a été très belle (pas étonnant, c'est Eva Green!) mais elle a de plus en plus de mal à supporter son mari et sa vie; elle picole, tient des discours incohérents, achète des mini-jupes. Et un jour, sans raison, elle disparait. elle s'évanouit, comme un oiseau blanc dans un jour de brouillard...
Kat n'est pas vraiment triste. Elle a de plus en plus de mal à supporter la cohabitation avec cette mère et ses sautes d'humeur; elle a des projets, partir à l'université; elle a des copains inséparables, un minet décoloré et une plantureuse black (Gabourey Sidibé: Precious) et même un petit ami, même si ce n'est pas le premier choix, Phil (Shilol Fernandez) le fils passablement feignant et inculte de la voisine (elle même aveugle et piquée). Sa mère est partie, elle pense, comme tout le monde qu'elle en avait assez de cette vie et qu'elle est partie avec un autre homme. Et qu'elle est heureuse, quelque part. Oui mais, elle va revenir de l'université...
Les personnages secondaires sont bien croqués, ils existent. Le film évolue joliment et élégamment entre ses deux pôles, le film noir mais-qu'est-il-arrivé-à-Eve et l'étude du passage d'une jeune fille à l'âge adulte, pôles qui se croisent et s'interpénètrent sans se gêner.
Film à voir, donc!