Amine est un chirurgien arabe bien intégré à Israel. Quand un attentat ensanglante Tel Aviv et qu'on lui annonce que le kamikaze était sa propre femme, il refuse d'y croire et décide de mener l'enquête. Adapté du roman éponyme de Yasmine Khadra, "L'attentat" se divise en trois parties La première - que je viens allègrement de spoiler - est la meilleure qui montre l'activité quotidienne du chirurgien jusqu'à la révélation qui l'abasourdit et la méfiance de son entourage qui l'associe au crime de sa femme. La deuxième entretient le suspens, quand Amine part à Naplouse pour comprendre comment sa propre femme a pu, à son insu, devenir une tueuse d'enfants. La troisième - qu'on ne dévoilera pas - est la plus décevante qui renvoie dos à dos les torts des uns et des autres. Comme si le refus - critiquable - d'Israel d'accorder aux Palestiniens des droits pouvait justifier le recours - injustifiable - au terrorisme kamikaze. "L'attentat" pose en apparence une belle question : comment devient-on terroriste ? Mais il s'en désintéresse en cours de route pour répondre à une autre : peut-on être arabe en Israël ? La femme d'Amine y a répondu à sa façon. Et la dernière scène - où on lui fait comprendre que sa présence en Israël était tolérée tant qu'il se conformait à certaines normes - semble ne donner à Amine lui-même d'autre alternative que d'y répondre de même. Inquiétant ...
Un très beau film, fort, au thème joliment porté par des acteurs impeccables. "L'Attentat" est une parfaite illustration de la complexité pour les deux communautés de l'état d'Israël à vivre main dans la main. Mais surtout de la difficulté pour ses citoyens arabes a priori les plus intégrés de ne pas porter la suspicion du terrorisme. Sans sembler pendre réellement position pour l'un ou l'autre, le réalisateur dénonce les extrémismes des deux côtés qui rendent difficile la cohabitation. Et s'en sort à merveille pour démontrer que l'un entretient l'autre.
Un sujet fort qui soulève beaucoup de questions et apporte peu de réponse, mais là n'est pas l'enjeu du film. "L'Attentat" nous happe rapidement et nous fait ressentir le chaos intime et social au côté du personnage. La seconde moitié (l'enquête) est moins convaincante, mais on sent le tiraillement entre la soif de vérité du personnage, l'amour passé pour cette femme qu'il croyait si bien connaitre, et les visions qui s'opposent de deux peuples pour lesquels le personnage a de l'intérêt. C'est donc un voyage en eaux troubles et une perte de repères, à l'image de ce qui règne dans cette région.
Oui, LE film choc ! Mêlant à merveille histoire d'amour et thriller, ce film est un bijou ! Un grand moment d'émotions qui n'éludent aucun point de vue, fusse-t-il à l'encontre de la morale !
Ce film a le mérite de se démarquer des très nombreux films que l'on peut voir sur les relations difficiles entre les habitants d'Israël et de la Palestine. Ici, le point focal de l'action est un Arabe, laïque, parfaitement intégré en Israël, ce qui évite l'opposition à la fois totale et bête car simpliste. Le propos est équilibré puisque si au départ le film semble franchement pro-Israélien ce n'est qu'en raison de la focalisation sur ce personnage, et les choses évoluent ensuite. On n'a que très peu de passages maladroits (je pense ici à une petite leçon par un policier israélien sur la psychologie du kamikaze, totalement superficielle et simpliste — mais peut-être était-ce à dessein, pour montrer l'incompréhension de ces gestes) et dans son ensemble le film est sobre (malgré l'expression de sentiments violents : désespoir amoureux, colère, haine) et réaliste. Le seul point potentiellement gênant de cette histoire est l'une des sources même de son originalité (madame n'est pas une kamikaze spoiler: islamiste mais une kamikaze spoiler: laïque et politique — et non spoiler: chrétienne comme on le pense à un moment). Or, si cela permet de montrer une autre perspective sur le problème israélo-palestinien (et, sans doute, une perspective intéressante), elle constitue aussi un évitement d'un problème qui semble tout à fait réel (à savoir, le terrorisme bel et bien spoiler: islamiste ) et prépondérant dans le terrorisme de la région. A-t-on beaucoup de kamikazes qui sont des bourgeoises délaissées, motivées par la politique et non par la religion ? Voilà qui n'est guère réaliste dans ce film qui prétend sans doute l'être. On peut aussi se demander si, en fin de film, l'acte de la kamikaze n'est pas (je ne vais pas écrire "justifié" mais) "expliqué en nous invitant à le comprendre". Son acte est en effet présenté comme une réponse spoiler: (laïque et politique, donc) à la violence quotidienne des Israéliens à l'encontre des Arabes. Le mari spoiler: comprend les motivations de sa femme, spoiler: les intègre et s'y conforme en quelque sorte. Sommes-nous invités à faire de même ? Globalement, le film passe d'une façade pro-israélienne à un personnage principal Arabe qui finit par penser que son succès est une caution morale achetée par Israël, qu'il a "oublié ses racines", "délaissé les siens" qui souffrent en territoire palestinien, etc. On a donc un basculement vers une fin pro-Arabes, excusés de leurs discours violents (et du terrorisme ?) par la violence de forme occidentale perpétrée par Israël. Le film illustre donc bien la complexité des rapports entre les peuples, même si le biais final a, selon moi, quelque chose d'un peu limite.
C'est la 2ème fois qu'une adaptation de Yasmina KHADRA me laisse sur ma faim J'ai beaucoup de mal à rester à l'unisson dans des narrations qui devraient pourtant me satisfaire Pourquoi? A la réflexion mon retrait doit venir de la rupture du flot et de focal Les intrigues sont exposées, traitées de façon claire et ou lyriques mais les motivations profondes des comportements des personnages clefs restent floues à définir par le spectateur de l'anti FARADHI en somme!
Très beau film qui ne tombe pas dans les clichés et les pièges habituels dus à la région. Ici on dresse le portrait de l'histoire d'un homme qui voit sa vie s'effondrer. Magnifique interprétation d'Ali Suliman, poignant à souhait. L'affiche ne ment pas c'est un "film choc" et qui en prime, donne envie de lire le roman.
Un chirurgien arabe très renommé officie à Tel-Aviv et est bien inséré dans la société israélienne. Un attentat suicide au cœur de la ville fait des dizaines de morts et cet événement va bouleverser sa vie. Sa femme est mêlée de très près à cet attentat sans qu’il n’en ait perçu les signes. Cet attentat va l’obliger dans sa quête de vérité à reprendre contact avec sa famille, délaissée depuis des dizaines d’années et vivant dans les territoires occupés, Naplouse. Mais aussi il va reprendre conscience du fossé qui sépare les arabes et les juifs dès lors que l’on est plus protégé dans les beaux quartiers. La réalité du pays dans lequel il vit va lui sauter au visage ; lui qui vivait avec une femme qui apparemment avait, elle, toujours prise avec le réel. Ce film sert de bilan sur l’Israël d’aujourd’hui et cette société ou le multiculturalisme a beaucoup de mal à exister. Pour cette démonstration, le libanais Ziad Doueiri exclut tout manichéisme et se place au dessus de la mêlée ; le choix de cet homme incrédule comme personnage central est une bonne idée. On fera le même trajet que lui. Dans sa quête de ce qui a conduit sa femme a l’extrémisme, il redécouvre son pays et nous le découvrons avec lui et nous faire poser les bonnes questions sur ce pays. Comment ces deux sociétés vont pouvoir vivre ensemble ? Les peurs et les incompréhensions mutuelles entre ces deux sociétés sont tellement fortes. Après le dispositif narratif est très attendu selon moi et l’enquête du mari trahi forme un suspense artificiel. Dommage de vouloir faire un thriller d’un drame personnel dans un coin du monde déjà assez complexe. Selon les lecteurs de Yasmina Khadra dont le roman est adapté ici, le film se concentrant sur le suspense peine à démontrer les raisons du basculement de cette femme. Et çà manque vraiment au spectateur. Le film en définitive reste peu convaincant, il choisit selon moi la mauvaise voie. Sujet intéressant car traité avec honnêteté, interprétation juste, film utile mais dispositif narratif inadapté.
Sans jamais sombrer dans le manichéisme, Zaid Doueiri filme avec pudeur un homme en quête de réponse sur un être qu'il croyait connaitre . Formidablement interprété, ce thriller, sans apporter de réponses et encore moins de jugements, nous invite à nous interroger sur le terrible et meurtrier conflit israélo-palestinien.
Excellent film qui ose mettre au grand jour les tristes faits qui sont le quotidien de ce pays. Un quotidien qui est malheureusement tu. Un grand bravo à ceux qui ont eu le courage d'écrire et de réaliser cette histoire qui dénonce le plus grand mal de notre siècle et des années à venir. À voir!
Souvent, dans un film, on avance à tâtons, dans le brouillard, pour découvrir peu à peu les fils qui tissent le scénario. Ici, c'est tout le contraire. Et c'est ça l'intérêt majeur, peu à peu, L'attentat déconstruit toutes les certitudes sur lesquelles on repose, sur lesquelles les personnages reposent et sur lesquelles, surtout, on repose la plupart de nos jugements. Pas un film choc. Mais une déconstruction toute en nuances.