Encore - serait-on presque tenté de dire - une nouvelle version de l’un des plus célèbres superhéros qui prend l’affiche au cinéma. Était-ce vraiment utile me direz-vous ? Et bien un peu comme Spiderman, qui le talonne dans le nombre d’incarnations et de versions (quatre contre trois), l’homme chauve-souris et la légende qui l’entoure semblent être un vivier d’inspiration infini pour beaucoup. Et comme pour une pièce de Shakespeare pouvant passer du tout au tout selon la vision de son metteur en scène, le monde des comics est du même acabit. La réponse est donc oui, sans équivoque. On ne partira pas dans le jeu des comparaisons, chaque version de Batman ayant ses qualités et ses défauts, du gothique Burton, au flashy Schumacher (oui oui, même lui) en passant par le réalisme de Nolan. Tous comme pour les nombreux interprètes qui ont endossé la cape. Et sans oublier l’excellente série « Gotham », la série animée des années 90 ou le tout premier film kitsch dans les années 60. Ici, « The Batman » brigue une voie encore jamais ouverte pour le super-héros : celle d’un vengeur jeune, apprenti détective et évoluant dans une Gotham City d’une noirceur jamais vue.
En cela, cette version semble être le miroir dévolu au super-héros capé du génial « Joker » de Todd Philips. Après avoir raté sa tentative d’univers partagé à la Marvel avec DC Comics, la Warner a fait le choix des films unitaires et séparés et cela lui va bien. Si elle doit concurrencer le bulldozer Marvel/Disney, c’est en effet avec cette noirceur et ce nihilisme sans faille. Et la firme l’a compris, livrant des films de super-héros très adultes et sombres. On passe sur la génialissime réinvention de « The Suicide Squad », injustement boudée par le public l’été passé et plus en mode déglinguée. Matt Reeves a donc décidé de plonger tête baissée dans un abîme de noirceur infinie, de la représentation de Gotham City à celle de ceux qui y vivent. Et c’est dantesque! Cependant la perfection attendue n’est pas là non plus. On retient trois défauts majeurs à « The Batman ». Le premier étant sa durée bien trop excessive. Une bonne vingtaine de minutes en moins aurait rendu le film bien plus digeste et plus rythmé. Ensuite, pour ceux qui pensent qu’un bon méchant fait un bon film, on est un peu déçu du traitement du Pingouin et du Sphinx ici. Ils sont trop classiques visuellement car ancrés dans un réalisme trop quelconque; ils sont presque effacés même (on mettra Catwoman de côté car plutôt dans le camp des gentils). C’est peut-être le prix à payer pour laisser enfin la place à Batman, justement. Enfin, si les scènes d’action évitent toute surenchère et se calent sur un ultra-réalisme en phase avec le film, on aurait aimé peut-être au moins une grosse séquence spectaculaire. Mais comme on est davantage sur le côté policier, l’enquête semble avoir plus d’importance.
Nous voici donc plonger dans une enquête plutôt poisseuse qui s’inspire des plus grands thrillers gore des années 90 et 2000. De « Se7en » à « Bone Collector », on suit presque un serial-killer (ici c’est étonnement le Sphinx qui a été choisi) plutôt qu’un super vilain et on tente de purger la ville de la corruption caractérisée par le Pingouin (un simple mafioso donc) et Carmin Falcone. La réussite majeure du film est la manière dont a été personnifiée Gotham City, de manière encore plus suintante et poisseuse que dans « Joker ». On ne verra quasiment pas le jour, la pluie est omniprésente, les criminels se tapissent de partout et surgissent comme dans un film d’horreur. Un personnage à part entière gangréné par la violence et la corruption. Une sorte de Léviathan proche de l’implosion qui fait écho à notre époque sur bien des aspects (comme la trilogie de Nolan établissait des parallèles avec le post-11 septembre). Et Reeves la filme majestueusement aidé par une photographie superbe faite de jaune cramoisi et d’un nuancier de gris et de noir. On ne compte pas les plans sublimes, proches des comics. La musique de Michael Giacchino joue un rôle important, aussi dantesque et imposante que la ville qu’elle enrobe. Enfin terminons sur Robert Pattinson, injustement décrié lors du casting, qui s’avère un choix plus qu’évident et raccord avec la tonalité et la direction choisies. Il n’a rien à envier à ses prédécesseurs, bien au contraire. Un grand film de superhéros donc, torturé, malsain, réaliste et captivant qui devra gommer ses petits défauts lors de suites que l’on devine forcément.
Plus de critiques cinéma sur ma page Facebook Ciné Ma Passion.