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The Batman, c’est un peu comme si David Fincher s’invitait chez DC avec une lampe torche et une envie furieuse de repeindre Gotham en gris. Le film s’ouvre, s’étale, s’installe et ne s’excuse jamais de durer trois heures. Trois longues heures. Mais attention : pas trois heures de baston spectaculaire et de punchlines qui claquent. Non. Ici, on suit un Bruce Wayne à peine sorti de l’adolescence émotionnelle, avec un regard qui hurle « j’ai lu Nietzsche deux fois et je dors dans une cave ».
Et pourtant, ça marche. En tout cas, la plupart du temps. Le pari de Matt Reeves, c’est de faire de Batman un vrai détective, pas juste un ninja milliardaire avec un fétiche pour les chauves-souris. Le film prend son temps pour construire une ambiance poisseuse, étouffante, qui rappelle plus Zodiac ou Seven que The Dark Knight. On y découvre une Gotham malade, rongée par la corruption, la violence et, apparemment, une météo qui a signé un pacte avec l’Enfer pour ne jamais laisser passer le soleil.
Robert Pattinson, lui, campe un Batman introverti, mutique, limite sociopathe – ce qui n’est pas une critique, mais un compliment dans ce contexte. Exit le playboy milliardaire, bonjour le reclus névrosé. Son interprétation a déstabilisé, mais elle a su convaincre ceux qui en avaient marre des Batmen bodybuildés qui sourient comme des mannequins Calvin Klein. Ce Batman-là est jeune, imparfait, et ça le rend plus humain – ou en tout cas, plus crédible dans son désespoir.
Mais soyons honnêtes : tout n’est pas parfait. Le film est si sombre qu’on pourrait croire qu’il a été tourné dans une cave sans électricité. À force de vouloir être sérieux, il frôle parfois l’auto-parodie. Et cette lenteur... mon Dieu, cette lenteur. Par moments, on a l’impression que le scénario avance à la vitesse d’un escargot dépressif, surtout quand le film se prend pour une thèse de sociologie urbaine.
Heureusement, la réalisation est sublime. Chaque plan est composé avec une minutie presque maniaque, la musique de Michael Giacchino donne une véritable identité sonore à cette version du chevalier noir, et Paul Dano réussit à être flippant sans tomber dans le surjeu – un exploit quand on porte un masque de cuir et qu’on hurle à travers des vidéos YouTube.
Au final, The Batman réussit là où beaucoup échouent : proposer une relecture originale sans trahir l’essence du personnage. Mais à vouloir à tout prix fuir le spectaculaire, le film finit par tourner en rond dans sa propre noirceur. Un excellent polar déguisé en blockbuster, ou un blockbuster qui fait semblant d’être un polar ? Allez savoir. Ce qui est sûr, c’est qu’on n’est pas prêt d’oublier ce Batman qui pleure dans la pluie...