Pour son deuxième long-métrage au cinéma, Tommy Lee Jones se lance dans le western après avoir emprunté tous les codes du genre pour "Trois Enterrements". Ici, il nous raconte l'histoire de Mary Bee Cuddy, une femme célibataire qui tient seule sa ferme et qui accepte, car elle sait que c'est une chose juste, de conduire dans un chariot trois femmes qui ont perdu la tête et de les emmener dans l'Iowa où l'on pourra s'occuper d'elles. Sur sa route, elle croise George Briggs, vieux briscard qui n'en est pas à sa première expédition et qui accepte de l'aider, notamment parce qu'elle l'a sauvé de la pendaison et qu'elle lui a promis 300 dollars. Dès lors, les deux personnages s'embarquent pour une odyssée étrange dans les paysages désolés du Nebraska.
Il y a beaucoup de choses à dire sur "The Homesman". D'abord que c'est une œuvre loin d'être parfaite qui souffre de quelques longueurs (dans son début et dans sa fin surtout) et qui a énormément de défauts d'écriture. En effet, au lieu d'utiliser complètement les personnages de folles afin d'ajouter de la tension et de la psychologie au récit, le film se contente de les transformer en prétexte pour suivre les deux personnages principaux dont la relation n'est malheureusement pas assez développée. Il y a des défauts certes mais cela n'en reste pas moins fascinant. Une fois passée la première demi-heure, on finit par se faire à la lenteur de l'ensemble et le tout allié aux paysages désespérément plats du Nebraska, cela donne une impression de flottement, comme si le chariot conduit était fantomatique. Parfois étrange, parfois touchant, "The Homesman" bénéficie d'une très belle musique et d'une superbe photographie. Dans le lot, quelques scènes sont vraiment brillantes (la scène de la rivière, de l'hôtel et le plan final, visuellement très beau) et les compositions d'Hilary Swank et de Tommy Lee Jones sont de qualités. Elle est une fois de plus très convaincante en femme seule qui ne demande qu'à se marier et lui s'amuse à casser son image en se présentant dès le début assis sur son cheval en pyjama, pleurnichant la corde au cou. Son personnage, d'ailleurs dur à cerner, est loin d'être le héros habituel des westerns, égoïste et lâche quand ça l'arrange. Certes, on pourrait se dire que Lee Jones a réalisé ici un "anti-western" mais je pense qu'au contraire il nous offre un western dans sa tradition la plus pure, le tout dépoussiéré de ce qui fait son charme habituel. Ce qui rend le film étrangement fascinant malgré ses défauts...