Avec Boudu sauvé des eaux, Jean Renoir livre une farce sociale d’une liberté réjouissante, où l’irruption de l’élément anarchique vient fissurer l’ordre bourgeois. La performance de Michel Simon, en clochard indomptable, impose une présence brute qui dynamite les conventions du récit. Renoir joue avec les codes de la comédie pour mieux en détourner les attentes, mais cette désinvolture narrative peut aussi donner une impression de relâchement. Le film avance par élans, privilégiant l’esprit et l’imprévu plutôt qu’une construction rigoureuse. Reste une œuvre iconoclaste et vivante, séduisante par son insolence, mais dont l’irrévérence peut parfois diluer l’impact global.
Limpide, la critique vise la société individualiste, indifférente à la misère de son congénère, ainsi que la prégnance d'une apparence de respectabilité, de l'orgueil dû à une renommée favorable (la décoration recherchée par l'épouse), des marqueurs d'une réussite sociale à cocher (le piano inutile). Face à ces éléments amenés sans subtilité mais relativement efficaces trône la figure détestable de Boudu qui semble donner raison à la bourgeoisie dédaigneuse: il ne montre aucune reconnaissance quand on l'aide (la petite fille), se conduit de façon irrespectueuse avec son bienfaiteur, abîme son intérieur, agresse sexuellement sa femme et sa maitresse (mais les femmes aimons être contraintes, c'est connu), se complait dans sa médiocrité, profite de la gentillesse de son hôte tout en le moquant... Quant au dénouement, s'il est censé défendre la libre-pensée voire le choix de la liberté, autant être enchainés à des dogmes moraux de savoir vivre! Une satire qui tombe à l'eau!