Le cinéaste canadien, Jean-Marc Vallée, au sortir du fulgurant succès de son Dallas Buyers Club, qui aura valu un Oscar à ses deux comédiens principaux, ne change pas rapidement de sujet en suivant les pas d’une certaine Cheryl Strayed. Il s’agit une nouvelle fois, avec cette adaptation des écrits de la dame, d’une remise en cause, d’une rédemption dans la douleur, d’une émancipation. Le réalisateur, proche des sentiments humains, aussi complexes soient-ils, aura entrevu dans le périple de la jeune femme matière à s’exprimer sur les écrans, à faire exploser une fois encore les vices, les forces et l’humanité d’un personnage haut en couleur. Tiré bien entendu d’une histoire vraie, voici le parcours de la dénommée Cheryl, jeune femme ayant coulé à pic à la suite de la mort de sa tendre mère. Ayant sombré dans la drogue, dans les ébats sexuels impulsifs, ayant perdu son homme, son honneur, la jeune femme décide de purifié sa petite personne en s’engageant, sac au dos, sur les sentiers mythique du Pacific Crest Trail, randonnée qui prend ici des allures de pèlerinage.
De la frontière mexicaine à la frontière canadienne, le jeune femme s’engage, seule, sur le sentier de l’amour propre, de la rédemption. Au fil de rencontres, des défis et périples, Cheryl réapprend à se connaitre, réapprend à vivre. Il faillait alors, pour endosser avec un certain respect ce personnage peu singulier, une comédienne sérieuse et qui n’aurait jamais peur de l’effort et de l’investissement personnel. Jean-Marc Vallée trouve en la passablement rare Reese Witherspoon sa muse, son nouveau personnage fort. L’actrice, quasiment seule dans le nature à 75% du temps, impose son naturelle, son aura plutôt sympathique. Blessés par les lanières de son sac, par des chaussures trop petites, soumises à l’effort, dépenaillée et transpirante, la comédienne trouve un rôle en or à mille lieux de ses multiples apparitions anodines et rutilantes. S’il s’agit vraisemblablement d’un sacrifice dans la carrière de l’actrice, celui-ci n’est pas vain tant celle-ci démontre son talent et sa capacité à éblouir par elle seule.
Malgré cette excellente interprétation, malgré le défilé de somptueux paysages, Vallée n’étant pas maladroit pour donner du corps à ses plans larges, le film se caractérise aussi par des flashbacks intempestifs. Oui, alors que nous découvrons notre héroïne au commencement de son périple, nous sommes incessamment replongés en arrière pour découvrir, par briques et morceaux, son passé douloureux. Il fallait bien entendu passer par-là, mais la manière, souvent expéditive, ne rend pas vraiment hommage à la teneur du film, d’autant que le personnage de Laura Dern, mélodramatique à s’en rendre malade, alourdi considérablement le propos d’un film qui aurait mérité la légèreté. En sommes, ce que Jean-Marc Vallée avait parfaitement réussi à éviter sur son film précédent, il en use ici. Je parle là du pathos, du mélodrame tant cher à la classe moyenne cinématographique hollywoodienne. Alors qu’il sera parvenu à s’émanciper le temps d’un film de toute artificialité, le réalisateur manque ici cruellement d’indépendance, quand bien même le sujet fût propice.
Bien qu’un peu décevant dans sa forme, Wild n’en reste pas moins un film plutôt consistant, jamais désagréable, parfois joyeusement engagé, parfois poétique. Sans compter sur la surprise créée par son actrice principale, il y a ici aussi une certaine marque de talent de mise en scène. On pourrait toutefois regretter, c’est très accessoire, l’abus d’une certaine réussite de Simon & Garfunkel, El Condor Pasa, seule bande originale du film, utilisée à toutes les sauces et à toutes les occasions. De loin pas indispensable, Wild s’avère être finalement une expérience plutôt satisfaisante, en dépit des notes cruelles des critiques spécialisées. 12/20