Il n’était pas inintéressant de faire entrer le jeu d’arcade dans l’ère internet : là se tenait l’occasion de confronter deux rapports au ludique et, par conséquent, de proposer une réflexion sur l’imagination qui, en quelques décennies, a vu ses bases totalement redéfinies. Pas de chance pour nous, Ralph 2.0 s’avère la mise à jour Disney de la purge Le Monde secret des Emojis, à l’animation certes plus réussie, mais au propos similaire. Car cette suite ne raconte rien, se contente d’une succession d’applications où s’émerveillent des figurines sans enjeux ni profondeur. Le pire étant la propension à tenir un discours sur l’amitié à l’heure du numérique… Une horreur ! Au-delà des couleurs, au-delà du bruit constant, par-delà les plateformes étoilées gît l’intelligence, écartelée entre le matraquage publicitaire et la réhabilitation – plutôt comique d’ailleurs, bien que gentillette – des princesses Disney. Il aurait été pourtant bien plus pertinent, au lieu de motiver une révolte pseudo-féministe ridicule, de réinsérer ces effigies dans leur contexte et d’expliquer leur possible misogynie comme reflet d’une époque. Mais non, la souris milliardaire ne se remet surtout pas en cause et préfère ériger son château rose en monde sans risque pour toute la famille. Et le plus hypocrite dans l’histoire, c’est que Ralph 2.0 met en scène sa propre réception
lorsque le spectateur assiste, ahuri, à Ralph meurtri par les commentaires d’internautes
. La clef ? « Ne pas lire les commentaires » qui « font ressortir le pire chez certaines personnes »]. Alors je ne m’en fais pas, non, ma critique ne rayonnera pas et n’aura donc aucune chance de meurtrir davantage ce pauvre, pauvre Ralph. D’autant qu’elle ne vise en aucun cas ce casseur aux gros bras, uniquement ses géniteurs qui prennent leur public pour une masse de consommateurs sans âme. Leur film est, d’ailleurs, à l’image de ce « spectateur idéal ».