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Septième Sens
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3,5
Publiée le 10 février 2016
Joaquim Lafosse est un réalisateur à part. Habitué au huis-clos mettant à mal ses protagonistes, il reprend aujourd’hui l’affaire de l’Arche de Zoé. En 2007, une association humanitaire française avait essayé de faire sortir une centaine d’enfants soi-disant orphelins pour les placer en France dans des familles d’accueil. Si Les Chevaliers blancs évoluent dans un monde ouvert, les ressentis du huis-clos demeurent : claustrophobie, absence de recul, sensations de vertige.
Quel film hybride que ces Chevaliers blancs. Sans véritable scénario et découpage net de séquences, la narration place le spectateur en totale immersion. De nombreux plans contemplatifs soulignant l’immuabilité des personnages le positionnent dans une ambiance étouffante. Doublée d’une photographie légèrement orangée, l’espace dans lequel ils évoluent paraît différent, étranger, comme si nous n’avions encore jamais foulé ces terres. Ces ressentis, très troublants, nous mettent dans une situation inconfortable. Procédé désormais connu chez Lafosse, ce dernier bouscule le public en le retranchant dans ses principes et son éthique. Déjà avec Perdre à la raison, la déliquescence de son personnage (femme ayant commis trois infanticides) transpirait du cadre pour finir par déborder sur nous.
Le contenu des Chevaliers blancs est en somme tout aussi troublant que son enveloppe. Il se dégage de ce thème une étrange fascination qui accentuera le mal être de l’assistance. Plus le récit progresse, moins nous sommes sûrs de la pertinence de ces actes humanitaires. L’argent, la pression des futurs parents adoptifs et l’objectif qu’ils doivent atteindre semblent pourrir le geste (plein de bonté) qu’ils veulent accomplir. Mais comment les blâmer ? Puisque la majorité des gens ne fait rien, une poignée d’hommes et de femmes se souillent les mains pour faire ce sale travail.
L’intérêt du film réside enfin dans la neutralité de son message. Sans juger, Lafosse expose les faits avec sa caméra embarquée, tel un documenteur. Le rôle de Donzelli (interprétant une journaliste payée pour filmer ce qu’elle voit) est certainement le plus fondamental. Il symbolise à lui-seul tout le dilemme irrésoluble du film. Que doit-on montrer et quelle est la puissance des images face à cette mission humanitaire ? Par essence polémique, Les Chevaliers blancs est une œuvre qui invite au débat, et qui n’a pas fini de faire parler de lui.
L'instrumentalisation de l'enfant est un thème cher à Joachim Lafosse. La défaillance éducative, qu'elle soit parentale ou en provenance d'autres adultes, constitue aussi une question qui l'habite et l'agite. J'aime les acteurs de ce film, mais je trouvais que leur jeu sonnait faux parfois. Les moyens déployés durant le tournage sont considérables, mais l'intensité de l'engagement des protagonistes n'est pas très convaincant. Dommage.
Opération enlèvement d’enfants en Afrique, Les chevaliers blancs s’intéresse aux nouveaux héros d’un quotidien qui échappe ♥♥♥½
Président d’une ONG installée dans un pays africain en guerre, Jacques Arnaud fait croire aux administrations locales qu’il œuvre, avec des bénévoles dévoués, pour sauver des enfants en les envoyant en France dans un orphelinat bien organisé, où un avenir prometteur les attend. En vérité, en échange d’honoraires substantiels, il dirige une opération visant à aider des familles françaises éprouvant des difficultés à adopter
Il y a cette année dans les productions hexagonales le souhait d’aller hors des sentiers battus, hors des problématiques nombrilistes des citadins et Les chevaliers blancs, sixième film de fiction de Joachim Lafosse en est la preuve. A l’instar de Jacques Audiard et son Dheepan ou Stephane Brizé et sa loi du marché, Les chevaliers blancs est une insertion façon documentaire dans un monde que peu côtoient. D’ailleurs la présence d’une journaliste sur place dans l’équipe de la fausse « ONG » rappelle régulièrement que la fiction peut d’ailleurs facilement flirter avec la réalité.
les chevaliers blancsInspiré du scandale de l’Arche de Zoé (survenu en France en 2007), Les chevaliers blancs donne un petit aperçu de ce qui a pu être le voyage de cette équipe dont le meneur, Jacques Arnaud, est interprété par Vincent Lindon.
Si l’action se déroule en Afrique, le film n’est pas sans rappeler A l’Origine de Xavier Giannoli et qui montrait un homme capable de construire une autoroute sans aucun fond et en mentant à tout le monde… Beaucoup plus sobre dans sa mise en scène par rapport à son précédent film (pas de cris, de larme ou de dépression cette fois-ci), Joachim Lafosse semble faire les choix d’éviter tout sentimentalisme. Ses personnages, interprétés pourtant par des acteurs de renom, s’effacent avec pudeur devant son propos. Valérie Donzelli et Louise Bourgoin, deux comédiennes à forte personnalité, sont d’ailleurs parfaites dans les deux rôles secondaires : Un peu amies, beaucoup ennemis ; Lafosse les dirige idéalement car leur différent ne vient jamais bafouer l’histoire. Leurs quelques scènes de fiction (repas, captations vidéo…) viennent d’ailleurs idéalement balancer l’aspect documentaire du film.
Coquille d’argent de la meilleure réalisation au dernier festival de San Sebastian, Les chevaliers blancs est un film neutre qui évite de prendre parti ni pour ces français proche de « l’enlèvement d’enfant » ni pour les autorités ou les forces de police présentes. Les dernières images laisseront une réflexion puissante dans l’esprit de tous. A voir !
L'image souvent très belle, la direction d'acteurs irréprochable, alliant rigueur et naturel, confèrent à cette histoire bien connue de l'Arche de Zoé une dimension qui dépasse le simple récit des faits. le film nous interpelle, nous, violemment, et s'il va de soi qu'on ne peut approuver la démarche des ces apprentis-humanitaires, l'affrontement entre les partis en présence nous renvoie à nos propres questions. Plus facile d'envoyer un chèque pour soulager sa conscience que de s'engager physiquement à sauver des enfants. Mais en même temps, cette ingérence a quelque chose de profondément insupportable: impossible de ne pas y sentir les relents nauséabonds d'un néocolonialisme de la bonne conscience: ces blancs viennent quand même se servir en Afrique pour combler les manques de parents occidentaux en mal d'enfants! ils veulent les sauver, c'est vrai aussi, et prennent de grands risques personnels pour y parvenir, mais ils mentent pour les voler et finissent pas fermer les yeux sur le fait que peut être, loin d'être orphelins, ces enfants sont enlevés à leurs parents comme des marchandises vendues, au profit d'intermédiaires ou tout simplement pour cause de misère. Ce film pose, au delà de l'actualité, la terrible question de l'action: la fin justifie t'elle tous les moyens et certains moyens ne dissimulent-ils pas des intentions dont la pureté est suspecte? La fameuse question "des mains sales" pour reprendre le titre d'une pièce de Sartre.
Inspiré de faits réels, ce film est traité tout en justesse et reste parfaitement neutre. A chacun de se faire sa propre opinion. Vincent Lindon encore une fois est excellent dans ce rôle de personne cherchant à tout pris à sauver des enfants et à vouloir leur offrir une " vie meilleure"...
Je sors de la projection des Chevaliers Blancs ,assez bouleversée je l'avoue. Ce film est excellent, Vincent Lindon y est magistral dans son ambivalence entre mensonge et vérité. Louise Bourgoin nous touche, Réda Kateb est toujours très professionnel.Toute une palette de sentiments y est magnifiquement évoquée de la manipulation jusqu'à la trahison finale. Un vrai bon film dont on sort révolté mais ravi. A voir
Joachim Lafosse aime à exploiter la réalité pour en faire la matière première de ses films. Après le somptueux et magistral « A perdre la raison » qui voyait Emilie Dequenne en mère infanticide d’après un sombre fait divers belge, voici Vincent Lindon dans le rôle de l’humanitaire responsable du fiasco ayant conduit de peu à un incident diplomatique entre la France et le Tchad avec ces « Chevaliers blancs ». Vous l’aurez compris, les noms des personnages et de l’association sont changés mais c’est bien de « L’arche de Zoé » dont il est question ici… Une affaire tentaculaire qui voyait une association récupérer des orphelins tchadiens pour les ramener en France en vue d’une adoption. Sauf que tout n’était pas vraiment clair et ressemblait de plus en plus à un enlèvement massif d’enfants… On pourra reprocher au metteur en scène de ne pas réellement donner son avis. D’un côté on sent la mise en avant de faits et d’actions moralement contestables. De l’autre, les personnages semblent tous agir avec bienveillance même lorsque les voyants de la bienséance virent au rouge. En ne donnant pas vraiment son avis, il laisse le spectateur se faire le sien. Un choix contestable mais pas forcément préjudiciable au long-métrage. En revanche, il fait une faute narrative en évitant de se focaliser sur un seul personnage. En effet, adopter un seul et même point de vue, qu’il soit neutre ou non, aurait permis davantage de clarté dans les propos et sur le fond du problème. Ici, on passe de l’un à l’autre et cela empêche une véritable immersion dans cette reconstitution. Mais « Les Chevaliers blancs » demeure un film à part dans le paysage cinématographique français. Pas un film engagé puisque rien n’est revendiqué ici, mais un film qui ose aller remuer un sujet épineux. Les scènes de crise entre l’équipe en place sont parfaitement retranscrites et on sent bien la tension monter petit à petit, qui fait passer une action humanitaire de plus en plus vers l’immoralité. Vincent Lindon est encore une fois impérial et les acteurs qui l’entourent, de Reda Kateb à Yannick Rénier ou Valérie Donzelli, lui tiennent la dragée haute. En restant purement factuel le film pourra irriter mais la réalisation ne nous laisse aucun répit et permet de bien retranscrire ce qui s’est joué durant plusieurs semaines dans ce pays d’Afrique. Passionnant même si le film aurait pu être plus abouti sur le fond et, pour certains, plus engagé.
Honnête transposition d'une célèbre affaire humanitaire et judiciaire, le film de J. Lafosse frappe par sa sobriété et son scénario nuancé mais paraîtra un brin terne pour qui avait apprécié ses œuvres précédentes, plus fortes.
Ce film est d'abord un très bon documentaire inspiré de l'affaire de l'arche de Zoé. Il permet d'en expliciter les détails, mécanismes et ambiguïtés. Il se veut très neutre, ce qui a la mérité de nous faire partager les mêmes dilemmes que les protagonistes. J'aurais tout même souhaité qu'il soit plus dénonciateur afin de dénoncer clairement l'inhumanité des pratiques décrites. Sur la forme c'est réussi, avec un casting de choix.
Super casting pour ce film avec lequel les critiques se sont montrées un peu sévères. Je l'ai trouvé passionnant et plein de rebondissements. Les films inspirés d'une histoire vraie sont rarement réussis. Ici le réalisateur essaie de nous dresser les faits sans jugement. Une belle démonstration d'une vie d'une ONG dans des zones en guerre, entre prise de risques, ennui et surtout beaucoup de tensions et d'engueulades.
Le film est particulièrement réussi car il évite habilement les écueils du parti pris trop évident et du pathos. Il peut se regarder comme un témoignage intéressant ou presque comme un thriller, porté par la prestation de Vincent Lindon.
Film tiré de l'affaire de l'Arche de Zoé mais qui est ici, une fiction. Intéressant sujet sur la frontière entre le bien et le mal. Faire de l'humanitaire, aider des familles qui cherchent à adopter sans devenir des colons. Vincent Lindon porte ce film avec ses tripes, accompagné d'un casting de haute volée (Reda Kateb excellent comme toujours, Louise Bourgoin parfaite) et surtout une photo, une image magnifique. Joachim Lafosse confirme son talent de jeune réalisateur engagé. A voir aussi pour prendre du recul par rapport à ces problématiques, trop souvent interprétées trop vite.