Tout au long des années 1950, Sam Peckinpah s’initie à la réalisation en passant par l’assistanat, notamment pour Don Siegel puis par la réalisation d’épisodes de séries télévisées ( « Gunsmoke » et « L’homme à la carabine », toutes deux des westerns). C’est en 1961 qu’il réalise son premier film avec « New Mexico » (un western), aussitôt suivi de « Coups de feu dans la Sierra » (1962) dans lequel il a la géniale idée d’associer Randolph Scott et Joel McRea, deux vétérans d’Hollywood qui incarnent le parcours déceptif de deux cow-boys sur le retour. La réussite critique du film lui ouvre la voie pour réaliser un western épique aux moyens plus conséquents qui va permettre à Peckinpah de se frotter au cinéma de ses illustres prédécesseurs et maîtres du genre qui sont tous sur le point de prendre leur retraite (John Ford, Raoul Walsh, Howard Hawks ou Anthony Mann). Le scénario original confié initialement à Harry Julian Fink est jugé bien trop long et trop confus par Sam Peckinpah et Jerry Brestler qui officie alors comme producteur à la Columbia. Peckinpah reprend à sa charge l’écriture, aidé par Oscar Saul. Mais faute de temps, il entame le tournage avec un scénario incomplet qu’il espère combler au fur et à mesure. Le réalisateur présomptueux, s’affrontant pour la première fois à un tournage d’ampleur, commet ici sa première erreur. Les repérages qu’il effectue lui-même prévoient une multitude de paysages situés en des lieux trop éloignés les uns des autres ce qui aura pour conséquence d’alourdir grandement la logistique et par ricochet le budget du film. Sam Peckinpah est donc déjà hors des clous avant même d’avoir déclenché le premier tour de manivelle. Son caractère rebelle ajouté à son intempérance ne va pas arranger les choses. Il a su toutefois convaincre Charlton Heston alors au sommet de sa carrière de le rejoindre pour incarner le Major Dundee, officier frondeur banni après la bataille de Gettysburg durant laquelle il lui a été reproché des prises d’initiative hasardeuses, qui se voit assigné au commandement d’un fort de prisonniers au Nouveau Mexique. Profitant du massacre d’un détachement de soldats du fort et des habitants d’un ranch par un chef indien, Dundee se met en tête de retrouver la horde et les enfants qui ont été enlevés pour rendre sa propre justice tout en outrepassant les ordres de sa hiérarchie. Il consacre alors tous ses efforts à la constitution d'un bataillon qu’il recrute au sein d’une partie de ses soldats mais aussi des prisonniers confédérés qui ont à leur tête Benjamin Tyreen, un capitaine autrefois compagnon de Dundee à West Point et radié de l’institution après s’être battu en duel. Dundee siégeait à l’époque au conseil de discipline. Le capitaine sudiste est interprété par Richard Harris, acteur irlandais alors en pleine ascension. Complètent le casting, des acteurs qui jalonneront toute la carrière de Peckinpah comme Warren Oates, James Coburn, Ben Johnson, L.Q Jones ou Slim Pickens mais aussi Senta Berger, actrice allemande, recrutée pour séduire le marché européen. Hormis les bévues citées plus haut qui auront un effet retard, beaucoup d’ingrédients semblent réunis pour que le réalisateur, encore en devenir, puisse livrer son premier chef d’œuvre. Effectivement, fort de son postulat de départ, « Major Dundee » s’avère excellent dans sa première partie, Sam Peckinpah confirmant son aptitude à savoir donner vie à chacun des personnages qui habitent ses films et à tirer tout le parti des oppositions de caractères. Tout en empruntant beaucoup à John Ford dont il s’inspire des films de cavaleries célèbres, Peckinpah imprime sa touche en expurgeant le lyrisme qui caractérisait John Ford au profit d’un réalisme cru qui sera sa marque de fabrique tout au long de sa filmographie. Le préambule commençant avec le générique, montre le résultat du massacre réalisé par les Indiens de manière très réaliste, exposant des cadavres de femmes et d’enfants, ce qui n’est absolument pas dans la tradition du western hollywoodien jusque-là. Dans son montage initial, Peckinpah avait prévu de montrer l’attaque complète afin de mieux rendre compte du contexte qui détermine l’action. Mais la production qui entendait axer le film sur la poursuite entreprise par Dundee que Peckinpah aurait souhaitée sans fin, a gommé nombre de scènes qui approfondissaient les rapports entre les protagonistes de ce drame rappelant à travers le Major Dundee, l’inanité de la guerre. Il faut rappeler qu'à l'époque, les Etats-Unis s'enlisent dans le conflit vietnamien comme Peckinpah ne l'ignore pas. Les nombreuses coupures qui ne pourront jamais être réparées, Peckinpah n’ayant laissé aucune trace de son travail initial, font de « Major Dundee » un film déséquilibré qui dans son montage définitif semble en partie céder aux convenances du genre comme l’introduction d’une romance voulant racheter un militaire ayant principalement montré jusque-là son arrogance, son racisme mais aussi son inconstance. Fortement déçu par ce qu’il considérera être une trahison, Peckinpah qui aura certes beaucoup appris sur le tournage, entrera définitivement en guerre avec les producteurs qui auront raison d’une carrière qui aurait peut-être été encore plus brillante et surtout plus longue si cette lutte inégale n’avait pas avivé gravement la nature autodestructrice du metteur en scène qui cinq ans plus tard pourra tout de même réaliser avec « La horde sauvage » (1969) ce que beaucoup considèrent comme son chef d’œuvre.