Le Géant de fer est un film de grande réputation; réalisé par Brad Bird et considéré comme l'un des meilleurs films d'animation de sa génération, il est aussi qualifié de meilleur film de la carrière de l'artiste, lui qui marqua bien des enfances par ce bijoux Indestructible. Le Géant de fer est certes un bon film, mais il s'enferme trop dans le registre du conte moralisateur pour laisser l'impression d'avoir vu un film plutôt qu'un animé pour enfants.
Sorte d'E.T. mêlé au Jour où la terre s'arrêta, Le Géant de fer commençait pourtant de bonne manière : visuellement magnifique, il développait très bien ses personnages avec toute la caricature inhérente aux antagonistes de l'oeuvre, présentant une vision des choses manichéennes l'ancrant directement dans le film de divertissement pour gosse qui, s'il ne révolutionnera pas le genre, marque tout de même l'esprit par sa puissance émotionnelle.
C'est aussi parce qu'il est si basique dans la psychologie de ses personnages qu'on s'y attache autant; que dire de cette magnifique relation qu'entretient notre héros avec son robot de compagnie, de la relation avec sa mère, de sa manière de se dresser contre l'état et l'armée pour se battre pour ceux qu'il aime, et de finalement voir la situation s'inverser au point de rendre humain une machine sensiblement fragile.
L'on dirait presque un Terminator 2 qui rencontrerait la Guerre Froide et la chasse aux sorcières, toujours avec cette fameuse bombe nucléaire en guise de symbole de la folie de l'homme qui le détruit à petit feu. Et si la machine ne sera plus une figure d'angoisse et de crainte, elle prendra littéralement la place de l'animal de compagnie intelligent, apportant à nos humains cet amour qu'ils ne semblaient ne pas savoir offrir à ceux qu'ils ne connaissent pas.
Le propos est très intéressant, et le film aurait été une étape dans le cinéma d'animation si son climax n'avait pas décidé de se tourner vers les gosses autour d'une happy-end qui n'a pas beaucoup de sens, la symbolique de sa première partie de conclusion dramatique finissant complètement souillée par ce retournement de situation qui prête à rire et, pour les enfants, peut être même à rêver, tant il annonce un futur profondément joyeux et sans les répercussions du dénouement de l'intrigue.
Quand on a passé l'âge, c'est frustrant; voir un animé ayant le courage d'enfin faire une fin dramatique sans tomber dans pathos larmoyant était une proposition trop alléchante. Il fallait donc rendre le tout tout public et accessible à tous, démontant complètement son propos à la base matûre et portant à la tristesse. On pourra sinon y voir une force de parvenir à rendre les choses plus lumineuses, et de transformer les larmes en rires.
Alors c'est, comme dit plus haut, magnifique et très divertissant; l'animation est hallucinante, d'une fluidité qu'on a mis des années à atteindre à nouveau, les visages des personnages étonnement expressifs, les doublages excellents, la mise en scène géniale. C'est techniquement virtuose et maîtrisé de bout en bout, si ce n'est pour cette fameuse écriture manichéenne et trop portée vers le divertissement pour enfants qui, à voir sa morale et ce long passage à voir nos deux héros s'amuser sur une musique stéréotypée, pourra satisfaire ceux qui aiment les animés divertissants n'ayant pas pour première vocation celle du drame.
Parfait pour se détendre et se divertir, moins pour réfléchir en s'émouvant.