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inspecteur morvandieu
94 abonnés
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3,0
Publiée le 8 août 2026
Le procédé n'est pas inédit mais il fait toujours son petit effet. La seconde partie du film, revenant sur la première suivant une autre perspective, en dévoile les faux-semblants. De ce point de vue, la mise en scène de Faurez est astucieuse, sinon inventive, et constitue, en définitive, l'intérêt principal de ce film qui navigue entre comédie sentimentale et drame psychologique, si je peux proposer ce rapprochement. Et s'il est un autre intérêt du sujet, c'est la personnalité du surveillant de collège Turlot, personnage falot et quadragénaire aux allures de vieux garçon, qui vit pourtant une belle histoire d'amour avec la jeune et jolie fille du proviseur. Louis Salou, personnage principal, fait une belle prestation, notamment dans les parties initiales du film où son heureuse histoire amoureuse n'est pas sans lui inspirer de la fatuité. Les dialogues sont de Jeanson et sont souvent pleins d'esprit. La mise en scène est par ailleurs assez habile pour laisser percevoir quelque chose qui "cloche" dans la bluette mal assortie entre le printemps et l'automne, entre le grâcieux et le flétri. Cela dit, on ressent, dans la seconde partie, que le réalisateur aurait pu tirer un parti plus sensible du personnage de Turlot en privilégiant les silences et les regards plutôt que les mots.
Avec le même dispositif que La vie de plaisir d'Albert Valentin, tourné sous l'Occupation, La vie en rose, qui n'a rien à voir avec Édith Piaf, raconte doublement la même histoire selon des interlocuteurs différents. Le procédé fonctionne parfaitement et annonce, avec modestie, ce que Kurosawa, puis récemment kore-eda, en feront, avec bien plus de brio. Malgré tout, il est dommage que le film, à l'instar de son auteur, Jean Faurez, soit tombé totalement dans l'oubli, tellement il s'en exhale un charme désuet, qui en fait une des œuvres parmi les plus attachantes de l'après-guerre. Si François Périer, Simone Valère et la gracieuse Colette Richard font partie de la distribution, les deux vedettes en sont le remarquable Louis Salou, à la voix si reconnaissable, et Henri Jeanson, dont les dialogues, surtout dans la toute première partie, pétillent par leur humour et leur aisance pour faire ressortir l'élégance de la langue française, quand elle est châtiée, ce qui, convenons-en, n'est plus guère la coutume dans le cinéma hexagonal de ces dernières années. Et au final, à l'inverse du titre joyeux qu'il porte, La vie en rose s'impose surtout par sa mélancolie profonde et le peu de résistance des rêves face à l'impitoyable réalité.