La maladie du biopic frappe désormais partout et tout le monde y compris de vénérables réalisateurs anglais comme Mike Leigh, chantre avec son compère Ken Loach de la prolongation du free cinéma des années 1960 profondément ancré dans le naturalisme social. Qui mieux dans le domaine des arts que Joseph Mallord William Turner, sans doute le plus grand peintre anglais, pouvait fournir à Mike Leigh le modèle à cet exercice de style périlleux et il faut bien l’avouer rarement réussi ? Réputé acariâtre dans les 25 dernières années de son existence, le peintre romantique mal remis de la mort de son père qui travaillait à ses côtés s’est approché au plus près de la révolution impressionniste qui renversera tout sur son passage trente ans après sa mort. C’est cette période de célébrité puis de réclusion que Mike Leigh a choisi de transposer à l’écran, faisant délibérément l’impasse sur les années de formation. L’homme taciturne aux manières de rustre ne semble s’humaniser qu’un pinceau à la main, faisant fi de ce qui l’entoure, de ses enfants qu’il a renié à sa bonne troussée sans vergogne et ménagement. Timothy Spall, acteur récurrent de Mike Leigh, récompensé à Cannes d’un prix d’Interprétation donne une vision assez « gnomesque » de l’artiste dont on n’ose espérer eu égard à la rigueur habituelle de Mike Leigh qu’elle découle d’une certaine réalité et non d’une outrance calculée pour décrocher les récompenses. Si certains peuvent y voir un anachronisme entre la vie du peintre et la magnificence de son œuvre, on peut aussi penser que les paysages tourmentés qui hantaient la peinture de Turner étaient le reflet de sa vision pessimiste du monde. Le film dit peu de choses, la vie de Turner étant assez monocorde (on n’est pas en présence de Van Gogh). Il reste donc la magnifique photographie de Dick Pope qui rend un hommage vibrant au peintre en se rapprochant de son univers chromatique. C’est malgré tout une justification assez vaine qui ne se substitut en rien à la force d'un documentaire de haute tenue sans doute plus propice à la compréhension de l’œuvre d’un artiste.
Si l’on doit donner un mérite à ce film c’est celui de nous faire découvrir la peinture de l’un des plus grands peintres de l’histoire anglaise : William Turner qualifié de “peintre de la lumière”. Mike Leigh ne fait pas un biopic chronologique de sa vie, il nous le fait découvrir alors qu’il est au sommet de son art et célébré par toute la société londonienne. Il portraiture un homme plutôt solitaire, mauvais père, mais bon fils (sa relation avec son père est vraiment très touchante) qui voyage beaucoup et peint comme un forcené. Le décès de son père va l’isoler encore plus du reste de la société. Le film doit beaucoup à la prestation de Timothy Spall absolument incroyable dans la peau de cet homme à l’apparence et aux manières rustres qui se révèle un observateur attentif de la nature et surtout de la lumière qui l’éclaire et qu’il retranscrit avec génie dans ses tableaux. Le film suit son parcours et ses rencontres entre le Londres populaire (magnifiquement reconstitué), la bonne société anglaise et la Royal Academy of Arts. Le film, comme son sujet, n'interprète pas la vie, mais observe le peintre entre son travail et son obsession de la retranscription de la lumière dans ces tableaux et sa vie intime plutôt déserte et insatisfaisante jusqu’à la rencontre avec Mme Booth. La relative lenteur du film pourrait décourager (surtout sur 2 h 30) le spectateur, mais la puissance de son sujet suffit à nous maintenir dans cette évocation des dernières années d’un des plus grands génies de la peinture du XIXème siècle et (avec Constable) un des précurseurs du mouvement Impressioniste. Un biopic, certes plutôt contemplatif, mais dont l’acteur principal au sommet de son art et le sujet suffisent à passionner. À voir absolument.
Enormissime prestation de Timothy Spall qui est sans nul doute l'attrait à ne pas manquer dans ce très beau film de Mike Leigh. Sinon tout est dit dans le synopsis, le truculent réalisateur Anglais continue de nous étonner par ses choix et de nous subjuguer par sa superbe réalisation. On ne peut pas dire qu'il y ait énormément de rebondissements dans cette histoire pour susciter un intérêt particulier. C'est simplement la vie d'un peintre reconnu qui aura marqué son époque. Toute la production est magnifique, tous les acteurs sont excellents. Vous ne pourrez vous empêcher de rire devant les nombreux grognements de cet artiste hors norme qui sont sa principale façon de faire la conversation...
Un OVNI ce biopic de Mike Leigh. Imagine, ce peintre, ce Turner, je ne le connaissais absolument pas et bien 2h30 plus tard, je ne le connais toujours pas. Pas du tout même. Si demain je jouais à Trivial Poursuit et qu'on me questionnait sur lui, je ne pourrais rien répondre, je ne sais rien. Il n'y a pas de faits majeurs, pas de dates importantes, pas de personnages marquants, pas d'étalages d'événements dans ce film. Oui mais voilà, ce Mr Turner, il est incroyablement vivant, il est fait de tellement de chair, de tellement de paradoxes, je l'ai vu respirer ses toiles, vivre ses soirées, transpirer ses nuits, ennuyer ses matinées. Mr Turner est vivant. Et tant pis si je ne sais rien de lui, de ces informations qu'on trouve dans les dictionnaires, j'ai l'impression d'avoir compris, un peu, un tout petit peu, sa vision du monde.
Mais 2h30, c'était clairement trop long. Incroyable Timothy Spall !
Dans un trop long biopic, bien que porté par la truculente interprétation de Timothy Spall, le cœur malicieux de "Mr Turner" ne bat qu'à de rares occasions, principalement quand Mike Leigh filme le peintre au travail.
La déception de la semaine. Ou du mois. Ou de l'année, p'tet bien, parce que je suis vraiment partie la fleur au fusil voir Mr Turner, m'attendant à 2 h 30 de bonheur!
C'est mon dieu (un de mes), ce Génie qui a inventé l'impressionnisme. Oui oui, je sais, les français pensent que ce sont eux, toujours fiérots grattant de leurs ergots de coq le terreau de leur exception culturelle! Mais naturellement, Turner a été beaucoup plus loin, tellement plus loin.....
Mike Leigh est un cinéaste fort estimable, qui a réussi dans des genres assez divers. Hélas, là, on a l'impression qu'il s'est trompé de film.... Certes, il y a une flopée de belles images. A commencer par celle du générique, cette ligne d'horizon où se détachent les ailes d'un moulin néerlandais et le peintre penché sur son carnet de croquis. A grands renforts de filtres, nous sommes gavés de ciels immenses, mauves ou tangos.... Les scènes de rue sont pittoresques à souhait. Ses acteurs? Pas des acteurs, mais des trognes! On est chez Jordaens! (léger anachronisme...
Sûr, le bonhomme est "intéressant". D'allure négligée, de manières rustaudes (il est vrai qu'il n'était pas né dans la soie, contrairement à Constable), de sexualité.... rustique. Après avoir laissé sa première compagne, mère de ses filles, on le voit honorer sa gouvernante (déjetée, boiteuse, scrofuleuse) avec l'élégance d'un porc; d'ailleurs, des bruits de groin forment la majeure partie de ses dialogues; puis se remettre en ménage avec un accorte veuve largement ménopausée, dont il prendra le nom et avec qui il finira sa vie. Tout cela n'est pas très ragoûtant, mais c'est évidemment pain béni pour un cinéaste.... On verrait bien Depardieu dans le rôle? Bon, c'est Timothy Small qui l'a eu, et en même temps le prix d'interprétation à Cannes -et vous ne trouvez pas qu'il charge un peu la barque? Vous vous souvenez du dolcinien simple d'esprit du Nom de la Rose? C'est à peu près cela..... Il aurait un Oscar, en plus, que cela ne m'étonnerait pas. C'est fait pour.
On le voit vivre avec son père, vieux garçon nursé par un papa poule, en adoration devant sa progéniture et dont il est le meilleur agent artistique. Puis devenir de plus en plus excentrique, bizarre.... Pour le folklore, tout cela est bel et bon, mais est ce vraiment cela qui nous intéresse?
Ce qui nous intéresse, c'est le peintre! Bon il y a d'amusantes descriptions de ces concours de peintures où toutes les toiles étaient collées les unes aux autres, où les peintres en concurrence s'épiaient et se débinaient, perfectionnant leurs œuvres après l'accrochage même en y rajoutant d'ultimes petites touches. Oui, mais ce qui nous intéresse, c'est le Génie! c'est ça qu'on attend. Qu'un nouveau Clouzot nous rejoue le mystère Turner.....
Le Génie? Il est aux abonnés absents. Sa rivalité avec l'autre grand, Constable? A peine effleurée. Alors, il sert à quoi, ce film?
A rien. Ceux que la peinture n'intéresse pas vont s'em.....; les passionnés de Turner seront amers. Finalement, je ne saurais le conseiller à personne, car pour le côté plaisant (l'atmosphère, la beauté des images....) un film d'une heure et demi aurait largement suffi!
Superbe film. Une photographie à la hauteur du sujet et des seconds rôles parfaitement interprétés. Un seul regret peut être, le jeu un peu répétitif de Timothy Spall.
Mike Leigh n'est pas un réalisateur inconnu, son nom est bien connu mais j'aurais eu de la peine à citer, ne serait-ce qu'un de ses films. A y regarder de plus près, Secrets et Mensonges, palme d'or en 1996 m'avait bien plus. Maintenant, je pense qu'en plus je serai capable de citer ce Mr Turner qui m'a bien plus aussi, avec T. Spall incarnant le peintre de façon incroyable. T. Spall dont le visage est loin d'être inconnu non plus. Bref, ce film nous éclaire sur le personnage truculant et attachant, mais aussi bougon et type "ours mal léché" qu'a pu être Turner. Le film par sa photographie rend hommage au peintre, à ses paysages, couchers et levers de soleil. A voir.
Beaucoup aimé ce film, aussi étrange que le personnage qu'il dépeint. Très belle facture photographique. Acteurs remarquables. Drôle et sensible. C'est de l'impressionnisme avant l'heure...
Formidable Mike Leigh et son idée lumineuse et évidente de faire coïncider le projet pictural du peintre et la Photographie du film. Le film également ,travaille avec succès à rendre le contraste étonnant entre la rusticité massive, voire l’animalité de l'Artiste et la réalité vaporeuse et diaphane de ses toiles. Une vrai réussite.
Primé à Cannes pour son rôle de Mr Turner, Timothy Spall offre à son personnage une force expressive étonnante. Sa gestuelle tremblante dans un corps immonde et ses grognements de porc aurait pu insuffler au peintre William Turner un dégoût naturel. Pourtant, le grand réalisateur de Secrets et Mensonges dévoile sous cette carapace un homme attachant et consternant de talent. Car sous ses aires académiques, Mr. Turner est un biopic distinctif et accompli. A l’image de des tableaux, la mise en scène est minutieuse et comme la bouée rouge prêt d’un navire en pleine tempête, le long-métrage y trouve son lâcher-prise. On peut regretter quelques longueurs dans cet hommage à la solitude, mais Mr. Turner est à ne pas laisser de côté. D'autres critiques sur ma page Facebook : Cinéphiles 44
Une gros "concentré d'escrément". 2h29 de paysages. C'est la vie de Turner, un des plus grands peintres anglais. Elle nous est montrée, très longuement, en large et en travers. Parce qu'il en avait beaucoup, de travers, ce Turner. C'était un gros monstre d'égoïsme. En fait ce génie est très "ennuyant" . Et l'acteur, énorme, physiquement, il a eu le prix d'interprétation au Festival de Cannes. C'est vrai qu'il râle beaucoup et il râle très bien. Mais bon, tout ça m'a bien "ennuyé". spoiler: Le plus sympathique, chez ce peintre, c'est qu'au lieu de les vendre très chers il a donné ses tableaux à l'Angleterre. Mais tout ça n'est pas passionnant.
Il est des films qui sont faits d'abord pour enchanter le regard, des films qui parfois peuvent comporter des faiblesses mais que l'on serait mesquin de relever tant la beauté est omniprésente. C'est le cas du dernier opus de Mike Leigh, étonnant d'abord par son ambition et surtout par la dimension historique et artistique qui y préside. Même si nous sommes admiratifs devant le monde sans concession qu'évoque le plus souvent le cinéaste anglais, nous ne pouvons que nous enthousiasmer devant la fresque qu'il vient de réaliser en prenant pour personnage principal l'un des plus grands peintres anglais, William Turner. Ce qui aurait pu comporter des risques - car évoquer la vie d'un peintre, fût-ce la dernière partie de son existence, suppose que le cinéaste soit en quelque sorte à la hauteur de son modèle - se révèle ici une totale réussite, tant Mike Leigh est en parfaite symbiose avec l'univers de Turner. Du début à la fin du film, chaque plan est magistralement travaillé et l'on ne peut que saluer les trouvailles lumineuses du fidèle Dick Pope, le chef opérateur habitué à collaborer avec Mike Leigh. Se succèdent ainsi des plans à vous couper le souffle où la lumière envahissante et parfois aveuglante, propre aux évocations entre autres maritimes de Turner, éblouit le spectateur pour son plus grand bonheur esthétique. Turner bien sûr, mais aussi la grande peinture anglaise des XVIIIe et XIXe siècles sont convoqués dans de savantes références, sans oublier les maîtres de la peinture hollandaise et quelques clins d’œil à Caspar David Friedrich. Mais on ne saurait oublier l'invraisemblable performance de Timothy Spall qui a bien mérité son prix d'interprétation masculine au dernier Festival de Cannes. Quel engagement de la part de cet immense acteur dont on avait admiré les prestations, en particulier dans les films de Mike Leigh ("All or nothing" pour ne citer qu'un des sommets de la filmographie du maître) ! Et surtout quel renoncement, à une époque où le physique occupe tant d'importance chez les acteurs, Timothy Spall prêtant avec complaisance son physique disgracieux à l'évocation d'un peintre certes comblé d'honneurs, mais meurtri et ne s'exprimant le plus souvent que sous forme de grognements. Admirable opposition toute socratique entre un dehors repoussant et une vie intérieure toute pleine d'invention et d'originalité. Ah ! qu'il est bon de voir Timothy Spall jeter des traînées blanches de peinture et zébrer de lumière un paysage marin devenant ainsi fantasmagorique. Et l'on n'oubliera pas de sitôt le couple si atypique Marion Bailey-Timothy Spall. Un génie sans complaisance : tel nous apparaît ici Turner, mais cette formule pourrait peut-être aussi convenir à Mike Leigh.
Mr Turner accumule les pires clichés des biopics. Particulièrement lourdingue, la lumière censée évoquée les tableaux de Turner rend les images d'une platitude navrante. La pire scène ? : l'évocation du Téméraire, avec des trucages dignes d'Ed Wood (celle chez les Ruskin est également particulièrement pénible). Le jeu outrancier de T. Spall est caricatural. Bref, un navet prétentieux bien révélateur du rôle décoratif qu'on attribue à la peinture de nos jours.