I pugni in tasca, est un long-métrage que je découvre à l'instant, j'affirme d'une chose, je ne l'oublierai pas de sitôt.
Marco Bellocchio réunis la mèche et le briquet, il nous en dessine la suite, on la devine en vérité assez vite. Je ne vais pas trainer en éloge, ce film est à voir de toute urgence, pour sa violence, son mimétisme, pour sa description d'un " esprit " pour qui la torture devient le but ultime ...
Lou Castel, Paola Pitagora, Liliana Geraci, Pierlugi Troglio et Mariano Masè sont les visages symboliques de cette famille bourgeoise au combien, si intimement lié et tout autant désunit. Bravo pour le coup de génie des uns et des autres. Comment oublier quoi que se soit d'eux ? Mention toute particulière pour spoiler: la scène ou Giulia gravit, puis chute dans les escaliers après la découverte de son plus jeune frère inanimé et de la résolution qu'elle devine à mesure de son parcours ... Sa réaction à vif tranche avec le calme apparent d'Alessandro, le coupable de ce second crime pour qui la quiétude de son méfait devient son quotidien ...
Si il y'a de la grandeur dans ce long-métrage, il est aussi du en majeure partie pour son réalisateur qui pour un premier film conjugue sa maestria technique à une écriture fine et soyeuse. Ses décisions de mise en scène frappe au bon moment, se délite ensuite pour laisser place à l'interprétation et à la compréhension. L'enjeu du film n'est pas dans le suspense, mais belle et bien dans la confrontation du " Mal ". Son refus de tout manichéisme morale galvanise cette histoire, achève dans faire un mythe !
Je n'émet qu'un seul souhait à cet instant, découvrir d'autres films de ce type !
A la fois moderne et engagé, le premier film de Bellocchio dynamite la famille italienne traditionnelle, comme le fera Pasolini avec "Teorema". La tension est palpable du début à la fin d'un récit qui ne ménage pas ses personnages, leur bassesse, leur égoïsme et leur vanité, portés par des comédiens tous remarquables, le jeune Lou Castel en tête. C'est du très grand art.
Le style du film correspond aux caractéristiques du personnage central, névrosé et épileptique : nerveux, tourmenté, excessif, agressif. Une forme de révolte contre un cinéma « académique » accompagne la révolte dudit personnage contre la famille et la société. Il y a là une certaine logique, mais ce parti pris, conjugué au regard froid et sans pitié porté par Bellochio sur les personnages, nuit à l’empathie que l’on pourrait éprouver pour tous les membres de cette famille qui cumule les handicaps et les tares. En même temps le film est trop viscéral pour produire une vraie réflexion. Il en reste un témoignage exacerbé, répétitif et parfois pénible, d’un état d’esprit et du ton d’une époque, celle qui prépare les mouvements de contestation antiautoritaire et de libération culturelle de la fin des années soixante dans le monde occidental.
D’entrée on est pris par l’atmosphère malsaine de cette famille pour laquelle se sacrifie l’aîné : père décédé, mère aveugle, un frère taré, un autre épileptique en relation coupable avec sa sœur… L’ambiance à table, l’ennui quotidien et plein de petits détails de la vie courante… le contexte traditionaliste… Personne n’y raisonne normalement et tout cela est décrit avec un naturel et une simplicité déconcertants… crescendo jusqu’à la sublime scène finale magnifiée par la musique de Verdi. Un coup de maître pour un premier film.
Un film qui a beaucoup vieillit et surtout on se demande comment il a pu être vu à l’époque comme un film « culte » de la haine de la bourgeoisie et de sa destruction par un être maléfique qui « haït l’ordre bourgeois ». Car au final il s’agit surtout d’une famille de désaxés, voir dégénérés pour deux d’entre eux, où il y des rivalités, des tentations d’inceste, des dérives suicidaires, de la folie meurtrière, le frère désaxé et proche de la paranoïa est obsédé par commettre des meurtres. On est bien loin de Buñuel qui critique de vrais bons bourgeois, bien sous tous rapports et qui du coup nous touche, nous parle, nous amuse par sa férocité, ou même de Pasolini dans « Théorème » qui introduit un ange diablotin, pour perturber une famille « normale » bien classique , coucher avec tout le monde, puis les amène à se libérer de leur carcans, un régal. Ici aucune allégorie, on ne croit pas à ces personnages tordus. Les acteurs sont tous plutôt bons, investit par leur personnage et font de leur mieux. Quelques jolis effets de mise en scène et surtout de montage, assez moderne pour l’époque, avec des plans coupés courts et décadrés.
Film culte de l'Italie des années 60, Les poings dans les poches dépeint le mal-être absolu d'un adolescent de la bourgeoisie décadente qui va décider spoiler: de s'en prendre physiquement à sa famille pour tenter de se débarrasser de ses propres démons . Superbement porté par l'acteur Lou Castel, ce long-métrage porte en lui une incontestable puissance quoique atténuée par des séquences parfois trop longues.
Tout le film n'est que poésie et cruauté. Bellochio touche le sublime. L'opéra ne cesse d'inspirer le réalisateur de Vincere lors de scènes démentes qui dessinent cette famille particulière. C'est un pur chef-d'oeuvre.
Un poing dans le plexus solaire plutot ce film à couper le souffle.D'après d'autres films, je n'avais tout à fait compris pourquoi certains considèrent Bellocchio comme un génie. C'est fait maintenant.
En réalité, Marco Bellocchio a co-réalisé ce film avec Silvano Agosti, qui, après avoir passé un an à Moscou où il s’est spécialisé sur l’œuvre d’Eisenstein, est revenu en Italie et a donc travaillé sur le scénario et le montage du premier long métrage de Marco Bellocchio « Les Poings dans les poches » (sous le pseudonyme d’« Aurelio Mangiarotti ») et avec qui il va travailler à de nombreuses reprises, notamment sur la co-réalisation de plusieurs films, dont « Matti da slegare / Fous à délier » et « La Machine cinéma ». Il y eut un différent mouvementé sur la fin du film et c'est Bellocchio qui l'a emporté.