Ah l'air pur et vivifiant des hauteurs. Quel délice de venir s'y rafraîchir. Quel bonheur de crapahuter à 8000 mètres d'altitude pour se dégourdir les jambes, de parcourir les chemins enneigés, d'escalader des pics rocheux, de se transcender et de toucher du doigt ce que le commun des mortels ne verra jamais.
Bon ok, si la montagne ça vous gagne, parfois ça vous perd aussi...
Everest raconte l'histoire (vraie) d'une expédition touristique censée mener une dizaine de personnes au sommet du mont Everest mais qui se terminera de façon tragique pour nombre d'entre eux.
Certains partent à la plage bronzer tranquille mais au milieu des années 90, il était à la mode pour une certaine clientèle aisée de rechercher la performance et les sensations inédites. Autant dire que le succès aidant, les accidents se multiplièrent et que le Nepal dut prendre des mesures drastiques pour enrayer le phénomène "amateurs" et réguler les ascensions, dixit le film.
Au sommet rien de nouveau...
Baltasar Kormákur, le réalisateur a fait le choix du réalisme dans sa manière d'appréhender cette histoire. Peu d'effets, des images brutes, pas de musique grandiloquentes ni de ralentis intempestifs.
On ne pourra pas lui reprocher d'avoir fait du sensationnalisme. Le scénario étant tiré du livre écrit par l'un des survivants, nul doute qu'il a tenu à être le plus respectueux possible vis-à-vis de chacun des protagonistes.
C'est un choix scénaristique qui se défend mais dès lors, le parti-pris rend chacun des personnages lisse et sans rugosité. Au vu des acteurs engagés, c'est dommage. Aucun acteur n'émerge vraiment, chacun jouant sa partition parfaitement mais sans génie, sans incarnation. Avoir Josh Brolin et Jake Gyllenhaal dans son film et ne pas en profiter pour jouer la carte de la performance, c'est du gâchis.
Ce choix de caractérisation se fait au détriment d'un certain suspense et d'une tension qui, de ce fait, ne prend jamais. Les personnages sont fades et les scènes sont longues et répétitives. On passe de campement en campement, d'étapes en étapes pendant quasiment 1h30 sur les 2h de métrage.
On aurait aimé ressentir la sueur, l'effort, l'homme luttant contre les éléments. Le film donne l'impression qu'il est presque facile d'arriver au sommet alors que la fatigue, le froid et le manque d'oxygène se font cruellement sentir. Le côté "survival" est (très) atténué.
De la même manière, les morts sont anti-spectaculaires et dénuées d'émotions. On se sent à chaque fois peu concerné, distant de la situation pourtant critique et qui s'aggrave d'heure en heure. C'est très surprenant.
Du coup, le choix de la 3D est très étonnant. D'autant que la 3D à souvent le travers d'éloigner le spectateur des corps des acteurs, d'ajouter de la distance aux lieux et aux personnages, elle favorise rarement l'immersion (sauf si parfaitement maîtrisé). La 3D n'est pas toujours l'amie de l'empathie.
Il y avait vraiment de quoi faire pourtant, les images sont belles, les paysages impressionnants. Tant de magnificence et de beauté auraient pu créer une avalanche émotionnelle, mais au mieux, c'est juste quelques flocons qui viennent se poser sur votre visage. Il manque un parti-pris, une opinion. On aurait été heureux que le réalisateur questionne le business model de ces agences qui pour le fric faisait monter des touristes inexpérimentés au mépris du danger et du respect de la nature. Et à la fin, on le sait, c'est toujours la nature qui a le dernier mot.
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