Olivier Assayas est un intellectuel du cinéma qui s'intéresse aux autres cinéastes (Bergman, Cassavetes) et à l'évolution de son art, n'hésitant pas à coucher par écrit ses pensées sur le sujet (Pensées en 2009). Juliette Binoche de son côté montre par l'éclectisme de sa carrière internationale guidée par l'exigence qualitative une même soif de curiosité. Ils avaient déjà travaillé deux fois ensemble, sur "Rendez-vous" de Téchiné en 1985 où Assayas officiait au scénario puis sur "L'heure d'été" en 2008 qui leur avait sans doute laissé une impression d'inachevé. Cette réflexion introspective sur le métier de l'actrice confrontée au passage du temps ne pouvait laisser indifférente Juliette Binoche qui a du sans doute traverser quelques-uns des tourments de Maria Enders, actrice de renommée internationale à la croisée des chemins qui doit admettre que le temps lui est venu pour la reprise d'une pièce qui avait fait le succès de ses débuts, d'accepter le rôle d'Helena une femme d'âge mur poussée au suicide par son amour impossible pour une jeune Rastignac en jupons nommée Sigrid. On pense bien sûr à "Eve" de Joseph Mankiewicz qui abordait de manière beaucoup brutale le déclin des étoiles d'Hollywood poussées vers la sortie par de jeunes pousses ambitieuses. Le métier de l'actrice est certes construit sur le jeu mais aussi sur le lent façonnage de son image auprès du public. spoiler: Maria aidée de Valentine sa jeune assistante (Kristen Stewart) mesure tout d'un coup l'évolution de son métier dans un petit cinéma de Sils-Maria (village suisse où elle répète) en découvrant sa future jeune partenaire qui doit tout à la fois l'accompagner et lui succéder sur scène. Les répétitions avec Valentine qui alternent entre la chambre d'hôtel et les sorties alpestres, exsudent une résistance sourde de l'actrice encore imprégnée du rôle de sa jeunesse qui prend conscience douloureusement que vingt ans ont passé . Olivier Assayas procède tout en nuance pour nous dresser le portrait d'une femme que le succès a petit à petit isolée tant au niveau culturel que sentimental (elle est en instance de divorce) mais qui possède en elle les ressorts suffisants pour ne pas se laisser aller aux débordements que pourraient lui suggérer les tourments intérieurs qui l'agitent en cette période délicate de sa carrière et de sa vie tout court. Tout en nuance on l'a dit, le film procède un peu du documentaire, nous faisant pénétrer sans tintamarre dans la vie hors du temps de ces stars ne voyant le monde réel qu'à travers ceux qui sont en charge de leur quotidien : assistantes, imprésarios, avocats, réalisateurs, photographes, maquilleuses ou édiles locaux. Toujours accompagnées mais en réalité assez seules on comprend vite que perdre pied avec la réalité soit un jeu d'enfant dans un tel contexte où le luxe fait office de quotidien. Mais Assayas s'il nous invite à une certaine compassion pour une Maria Enders un peu à la dérive, nous rappelle que l'égocentrisme demeure malgré tout le moteur de la vie d'artiste. La preuve nous en est administrée quand spoiler: Valentine démissionnaire que l'on pensait indispensable à l'équilibre affectif de Maria est aussitôt remplacée par une sorte de clone sans doute soigneusement choisie par le fidèle imprésario que Maria contacte à partir de sa tablette dès qu'un petit caillou lui encombre la chaussure . Cette courte scène fait froid dans le dos, montrant à quel point les autres n'ont qu'une utilité fonctionnelle pour Maria toute tendue vers son accomplissement sans doute plus cher que tout. Assayas conclut son joli film magnifiquement photographié par Yorick Le Saux avec l'image spoiler: d'une Maria dans la plénitude, enfin devenue Helena alors que le rideau va s'ouvrir pour cette pièce à l'accouchement difficile . Kristen Stewart qui est la très bonne surprise du film a remporté un César du second rôle en 2015 mais il faut aussi saluer la performance très accomplie d'une Juliette Binoche particulièrement concernée par ce rôle qui ne pouvait lui échapper. Notons enfin pour l'anecdote que toutes les scènes d'hôtel ont été tournées au célèbre Waldhaus de Sils-Maria.
Tout ne m'a pas plu, mais quel beau face à face d'actrice et quels portraits de femmes. Le llien entre l'assistante et la star est très complexe et bien rendu par le cinéaste. On imagine que ce n'était pas simple à créer et pourtant il parvient à nous faire ressentir la dépendance entre les deux, le temps des répétitions, la complicité, l'amitié presque, l'amour? et finalement non. C'est plus chaotique. C'est plus intéressé. Bref, sans trop en dire, c'est un magnifique film sur une relation influencée par l'activité qui lie les deux femmes. A voir.
C est du déjà vu et revu. Un film d actrices sur les actrices pour les actrices. Une interrogation sur le métier qui n apporte pas grand chose sur un sujet déjà traité une multitude de fois au cinéma. Du coup cela donne au film une dimension nombriliste que je n aime pas. Alors oui l interprétation de Juliette Binoche et de Kristen Stewart est très bonne, ainsi que l ambiguïté de certaines scènes de répétition de la pièce que le personnage de Juliette Binoche prépare. Mais au final il m a terriblement ennuyé car j ai eu l impression de l avoir déjà vu une dizaine de fois.
J’avoue n’avoir pas été véritablement emballé par ce drame sur le cinéma et le théâtre où une actrice se voit, 20 ans plus tard, proposé de rejouer dans la pièce qui a lancé sa carrière, mais cette fois-ci dans le rôle de la femme mûre au lieu de la jeune première. Je ne me suis en aucune mesure senti concerné par ce qui se jouait devant moi, le tout étant à mon avis d’un nombrilisme qui ne fera qu’interpeller les protagonistes des métiers du théâtre et du 7ème art, le reste de la population regardera cela d’un œil très détaché. La première partie est à ce titre la plus ennuyeuse, avec sa déambulation insipide dans les arcanes de ces métiers avec ces stars over-bookées, ces agents multi-tâches, ces prix et soirées tristounettes, ces égos… bref une vue des cuisines dont personnes ne sort indemne. La seconde partie dans le chalet (au bout d’un heure) est plus intéressante, mais pas non plus vraiment enthousiasmante. Le jeu de miroir entre la situation de cette star avec son assistante personnelle et le duel de femme qui constitue la pièce est un clin d’œil malicieux dont, malheureusement, je n’ai pas vu le but. On assiste à deux visions, interprétations, de la pièce et de la psychologie de ces personnages, ainsi que deux visions du cinéma et du monde en général tels que se le représentent ces deux femmes séparées par 20 ans d’écart. C’est magnifiquement interprété par deux actrices au talent évident, mais ça n’a pas vraiment d’intérêt pour le spectateur et on n’échappe que de peu à l'ennui. Bref un film sur le cinéma/théâtre et ces acteurs qui n’intéressera que ceux qui appartiennent à ce milieu ou à ceux qu’il fascine, pour les autres cela restera un exercice un peu creux et narcissique. À voir pour ses deux actrices à la rigueur.
Kristen Stewart n'est plus une gamine et la façon dont elle gère sa carrière le prouve bien. Je ne porte pas Twilight bien haut dans mes préférences cinématographiques et je n'ai pas tellement aimé l'adaptation de Sur la route de Walter Salles. Je n'ai pas vu les autres films auxquels elle a participé hormis Panic Room et c'était encore une enfant, - irréprochable dans son rôle ceci dit. Tout ça pour dire que Sils Maria fait ressortir une facette d'elle qui lui va à ravir, celle d'une femme indépendante et qui cherche à étendre son domaine d'expression, quitte pour cela à se frotter à des rôles qui a priori ne la mettent pas en valeur. Rien que pour ça, ça vaut le coup de voir ce film. Surtout que, de son côté, Juliette Binoche n'est pas en reste, elle m'a surprise. Je n'ai jamais suivi sa carrière à elle non plus et ce film m'en a donné l'envie. Sils Maria repose donc sur des performances d'actrices aux talents indéniables. Mais la façon dont l'histoire est présentée, qui cherche clairement à rendre l'approche réaliste en posant une mise en scène distante des personnages, efface en contrepartie les enjeux de leurs relations et finit par les contraindre à s'enfermer dans leur mode expressif. Une approche moins froide aurait certainement mieux rendu compte de toute la subtilité et des contradictions qui font la chaleur des relations interindividuelles, leur sincérité. En fait, malgré tous ses dialogues pédants, le rendu final fait état d'un vilain manque de subtilité. Et c'est bien là que ressort l'interprétation de Kristen Stewart, dans les nuances qu'elle parvient à insuffler malgré tout à son personnage, incarnat alors une espèce de palette de couleurs vives qui n'aurait demandé qu'à s'épanouir sur ce triste fond gris et pâle.
On suit le face à face caché, masqué, mélange de réalité et de fiction, entre la jeunesse et la veillesse, ou du moins l'âge mur. Les actrices sont formidables dans ce tour de passe passe, où on ne sait plus distinguer la réalité de la fiction, les dialogues entre les deux actrices étant mémorables. Juliette, tu es la plus grande, et Kristen Stewards, tu es pas mal non plus!
Formidable film sur l'envers du décor qui délivre une superbe réflexion sur le métier d'actrice et leur univers qui vaut surtout pour la prestation du duo Binoche/Stewart, toutes les deux exceptionnelles de beauté et de naturel. La sensibilité et la complexité de l’écriture d'Assayas, mais aussi sa mise en scène font de ce film un de ses tout meilleurs.
Le théâtre se mêle au cinéma, la fiction apporte à la réalité une réflexion autour de la dépendance, de l'envie et du temps. Ce grand film met en évidence toutes les ambiguïtés de l'amitié. Texte équivoque, actrices justes, bon film.
J'avoue avoir été légèrement déçue par ce film. La bande-annonce nous fait sentir une certaine tension entre ces deux femmes, mais malheureusement cela ne se ressent pas assez dans le film. Il y a de très belles scènes, particulièrement lorsque Kristen Stewart et Juliette Binoche travaillent sur la scène. Par ailleurs, le film n'a pas réellement de rythme et les fondus en noir gâchent parfois le film car nous sortent de l'histoire. Les actrices sont cependant géniales. Ce film avait de la matière mais n'a pas été assez bien exploité même s'il a de très bon points comme la vision d'Hollywood et la difficulté de passer de la jeunesse à l'âge adulte.
Ce "Sils Maria" est une belle surprise, avec un duo inattendu mais loin d'être incompatible, bien au contraire. Sur fond de superbes paysages des Alpes, Olivier Assayas joue remarquablement sur les parallèles du temps qui passe, à travers la relation qu'elle entretient avec son assistante incarnée par une très sérieuse Kristen Stewart et au gré de leur répétition, mais également de par la rencontre avec la jeune et sulfureuse actrice dans un pièce de théâtre destinée à inverser les rôles. Juliette Binoche éclabousse de son talent ce film où son jeu semble même nous transmettre à demi-mot le même message que le personnage qu'elle incarne. Une chose est sûre, on est loin d'avoir envie qu'elle arrête... A noter également l'effort de modernité et de réalisme sur les métiers et le monde actuel du cinéma, agréable et assez rare pour le signaler.
Une éloge à la vieillesse ?... non « hors du temps ». Une mise en abîme d’actrices toutes plus aimantes de leurs propres personnes, de leurs monde, de leur failles. Un jeu sur le jeu du jeu du Je, comment se place la femme dans ce monde ; Une impression de féminisme, sobre et élégant. Pour la recherche de la beauté de l’âge, de la modification de la perception en fonction de l’époque des événements. Des femmes fortes qui se battent entre elles et la jeunesse grésillant changeant avec le temps et les paysages.