Je sais qu'il y a toute une jeunesse qui subit le mal de vivre, qui ne sait ni vers quoi se diriger, ni comment sortir de cette direction qu'elle n'a pas choisi. Malgré une interprétation sans faille, l'histoire est celle que l'on voit ou dont on entend parler tous les jours. Le cinéma n'est-il pas là pour justement nous permettre de nous évader de cette réalité morose ?
Bande de filles se trouve des similarités avec Papa was not à Rolling Stone sorti 3 semaines plus tôt. On parle d'une même sensibilité, la cité comme terrain à part, renversant tout codes pour infliger sa loi. Le comparatif entre les deux films est intéressant dans le mesure où il l'action du "Papa was.." se passe 30ans avant le film de Céline Sciamma. On observe une quasi stagnation de la vie quotidienne, pratiquement inchangé. C'est çà la vérité du destin croisé de ces deux films. Pour Bande de filles, il faut mettre en avant une bande originale de qualité. En revanche, j'estime qu'il y a tromperie sur la marchandise au niveau du titre, étant donné qu'on se concentre sur un rôle féminin en particulier, les trois autres étant des faires-valoirs.
Je ne peux pas dire que le film soit mauvais, au contraire, mais ce ne m'a pas du tout intéressé. J'ai trouvé que les personnages n'étaient pas vraiment développé, notamment le personnage de Marieme dont on aurait aimé savoir plus d'où elle vient, pour comprendre ce changement dans l'attitude qui est un peu brusque dans le film. Le rythme est assez lent, et ce n'est pas toujours bien joué, on se sent un peu mal à l'aise devant certaines scènes où ça ne fonctionne pas du tout. La fin du film, où Marieme se retrouve seule, a vraiment l'air fabriquée comparée à la première partie et ça sonne faux. Il y a 2-3 belles scènes, où on peut voir le talent de la réalisatrice, mais je me suis globalement ennuyé, et je n'ai pas l'impression d'avoir découvert ou compris quelque chose
Le quotidien d'une bande de filles dans une certaine société. C'est tellement vrai et tellement la réalité!... C'est à la fois triste et angoissant, mais si tendre et émouvant. A voir absolument. Les comédiens sont excellents!
La scène pré-générique donne le la : ce film dit de banlieue ne sera pas comme les autres. Attention ce terme - sous-entendu avec des jeunes de cités et se déroulant dans une cité – n’est absolument pas péjoratif ou communautariste mais définit un sous-genre désormais codifié du cinéma français. Cette scène donne à voir un match de rugby sous une musique pop filmé d’une manière peu commune qui laisse à penser que nous sommes dans un teen-movie américain. Et tout le film, la forme est en totale inadéquation avec ce que l’on a l’habitude de voir pour ce type de long-métrage. Et ce n’est pas plus mal, en effet, pourquoi on devrait toujours filmer les cités caméra au poing ou sous une forme naturaliste ? Les images sont travaillées et la bande-son est immersive et planante à tel point que l’on croirait que le réalisateur de « Drive » a planté sa caméra dans une banlieue parisienne. C’est beau, c’est étonnant et ça change. Ce portrait d’une jeune banlieusarde davantage qu’un portrait de groupe pointe du doigt le déterminisme social auquel elle doit faire face et les choix qui en découlent. Un déterminisme de genre s’ajoute à cela quand on voit le comportement que les filles doivent adopter face aux garçons. Les actrices et leurs personnages sont tantôt fortement agaçantes et tête-à-claques, tantôt attachantes, mais dans tous les cas leur complicité crève l’écran. Dommage que la toute dernière partie soit totalement dispensable et emmène le film vers un sujet qu’il n’avait pas besoin de traiter en l’allongeant pour rien. Hormis cela, une jolie surprise.
Vouloir réduire "Bande de filles" à une version de "La haine", qui semble être le positionnement de pas mal de médias en ce moment, n'est pas rendre service à ce film. Certes une énorme énergie se dégage de l'ensemble, mais le projet est assez loin d'être un constat sur la vie des filles en banlieue. Le propos de Céline Sciamma est autre ou tout du moins bien moins réducteur. Le titre joue déjà l'ambiguïté ."Bande de filles" peut également sonner comme une insulte proférée par une bande de cons ou une bande de ploucs. C'est sur cette notion de minorité sexuelle cherchant à s'émanciper que la réalisatrice développe son histoire. C'était la thématique de ces deux précédents films (les excellents "Naissance des pieuvres " et "Tomboy" ) mais ici, cela prend une dimension supplémentaire tant son choix des personnages et son immersion en banlieue donnent un caractère éminemment plus politique. Cette bande de filles, existe bien dans l'histoire mais n'en est pas l'élément principal. Dès la deuxième scène du film, magnifique, nous en sommes avertis. Les filles enjouées et bavardes après une partie de football américain, rentrent chez elle, s'imposant sous les regards de quelques garçons qui traînent, un silence de plus en plus grand au fur et à mesure de leur avancée dans la cité. Le constat ainsi posé, la réalisatrice va s'intéresser à Marieme (plus tard Vic). Elle a 16 ans, pas très bonne élève. Lorsque la proviseure du lycée l'oriente un CAP, elle sent bien que sa jeune vie prend des rails guère emballants. Une rage toute intérieure naît dans la tête de cette jeune fille aux apparences très sages. C'est le moment où tout se joue pour elle. Elle refuse les codes que l'on veut lui imposer et va choisir la voie difficile de l'émancipation donc du combat. Elle fera avec les moyens du bord, s'engageant dans des impasses dont elle saura au final en retirer le meilleur pour mieux avancer. Elle s'intégrera dans une bande de filles lookées, bling bling, à la supposée liberté. Elle y trouvera une forme de solidarité, d'amitié fraternelle mais en sentira bien vite les limites. Son incursion dans un monde plus sombre, celui des trafics de banlieue, sera tout aussi vain mais aussi un creuset pour mettre son corps à l'épreuve, puisque afin d'éviter la prostitution, elle gommera sa féminité. Pour mieux se concentrer sur le sujet, Céline Sciamma a éliminé des éléments trop clivants ou clichés, même si elle en joue parfois pour mieux les tordre. Ainsi pas religion, pas de police, pas de pères, peu d'hommes en fait, même si on sent leur regard et leur présence . Elle filme également la banlieue sans tags, comme un ensemble architectural aux formes sinon harmonieuses tout du moins esthétiques mais tout cela avec une énergie farouche et stimulante. D'ailleurs, pour son troisième film, la réalisatrice a particulièrement soigné l'image, ici de toute beauté, balayant d'un revers de caméra ce cliché de banlieues grisouilles, préférant les couleurs vives et claquantes à l'images de ses héroïnes. La fin sur le blog
Ce que j'aime dans Bande de Filles, c'est le fait de raconter et de mettre en avant de jeunes actrices africaines dans une réalité contemporaine et de le faire avec tant de réalisme et de vivacité!!! BRAVO!!!
Attention, choc émotionnel de grande beauté droit devant. Sciamma filme avec une tendresse assumée son quatuor féminin, leur faisant atteindre la sublimité sentimentale. On perd le rythme malheureusement ponctuellement : la dernière partie étant sans rapport avec la clé de voûte de ce long-métrage intimiste, qui garde sa part de sensibilité et de sauvagerie pour effleurer l'âme du spectateur... Et ça marche : celui-ci est avec elles, il rigole et s'émeut en même temps, s'inquiète pour ce groupe d'apparence détestable mais Ô combien touchant, lorsque l'on s'approche un peu plus près pour observer son milieu. Sciamma offre la vie, avec ses petits riens ordinaires et ses premières fois à couper le souffle. Elle a en plus de ça l'intelligence de ne pas négliger les joies et les douleurs personnelles de ses interprètes... On peut la remercier pour ça...
Bon documentaire. C'est une bonne idée de filmer 4 adolescentes très sympathiques et pleines de dynamisme. Elles sont souriantes, complices, et enracinées dans la culture urbaine des jeunes français. C'est un bon film plaisant à revoir sur ARTE.
Tout a commencé à l'UGC des halles. J'ai vu les actrices à la sortie d'une projection, je faisais la queue pour un autre film et leur bonne humeur et leur énergie sautaient aux yeux. Je me suis approché pour dire à l'une d'entre elles que, bien que n'ayant pas vu le film, leur énergie rayonnante me donnait envie d'y aller prochainement. C'est fait! Bande de filles nous montre que d'autres issues sont possibles lorsqu'on est une fille pour exister en banlieue et qu'il est possible de résister à la pression masculine. D'ailleurs, que les filles choisissent le parvis de La "Défense" n'est peut-être pas un hasard. Oui, il ne doit pas y avoir une fatalité conduisant à la soumission des filles à la loi des garçons. Non, une fille qui couche avec un garçon dont elle est amoureuse, pour lequel elle éprouve du désir, ne devient pas pour autant "une pute". Cette loi-là est ignoble et inexacte. Il y a un second versant dans ce film, c'est celui des filles entre elles, de ces puissants éclats de rires, de ces moqueries qu'elles s'infligent entre elles, mais qui, une fois les conduites de prestance exploitées, en reviennent à des manifestations de tendresse entre elles. Je n'ai pas aimé le procédé de l'écran est sans images, qui survient à plusieurs reprises. Cela donne le sentiment que l'histoire pourrait s'arrêter là. Peut-être est-ce une manière de montrer comment dans ces cités, mais ailleurs aussi, tout peut s'arrêter d'un instant à l'autre. Enfin, le collège montre clairement ses limites en refusant l'entrée au lycée pour une élève demandeuse. Quel est donc ce système scolaire, qui en fonction des résultats obtenus exclut, oriente? Un modèle intégratif, qui permettrait à qui le désire et le demande, de poursuivre même sans avoir le niveau requis gagnerait à être pensé. Evidemment, cela demanderait des moyens, de l'énergie et une volonté affirmée de donner à qui réclame de prendre... Car comment apprendre à penser,n'est-ce pas le système scolaire qui a pour mission de cultiver cette faculté? Ces jeunes filles respirent l'intelligence, mais l'apparence, la fierté de tenir tête les occupe beaucoup. Si toute cette énergie basculait dans la réflexion, elles deviendraient hautement subversives et créatrices.