D’un crash aérien terriblement assimilable à un certain drame dans les Alpes de Haute-Provence à un mariage décapant, en passant par une vendetta improvisée, une confrontation barbare entre automobilistes, une rébellion contre le système et une sournoise tentative de corruption, le film à sketches de Damian Szifron, sous l’égide espagnol des frères Almodovar, est de ces petites claques qui rougissent les joues et que l’on ne voit pas venir. Le procédé n’est certes pas nouveau, composition de courts-métrages réunis les uns aux autres, le tout sur le thème des plus jouissifs du pétage de plombs, de la rébellion, de la violence comme option finale. Ce n’est certes ni moralement viable ni même acceptable, en terme de crédibilité, mais que ces personnages qui explosent nous font du bien. Présenté à Cannes en 2014, sans véritablement convaincre, Les Nouveaux sauvages offre tout de même de très belles perspectives pour celui qui aimerait voir le cinéma autrement.
Jamais niais, toujours racoleurs. Jamais pathos, toujours alertes, les différentes séquences qui composent le long métrage sont toutes très clairement orientées vers l’abus, la colère, la vengeance ou la folie. Souvent drôle, on rit jaune, l’humour noir déployé est une forme de libéralisation de toutes les mauvaises pensées qui pourraient nous passer par la tête, notamment lorsqu’une administration tenterait de nous escroquer, lorsque un chauffard nous mettrait des bâtons dans les roues, lorsqu’un conjoint ne s’avère pas si fidèle. Bref, peu importe, toutes les situations sont croustillantes, amusantes et immorales. On apprécie ou non, mais louons sans rechigner l’audace du cinéaste argentin et de ses mécènes espagnols, artisans libérés qui ne remplissent que leurs propres cahiers des charges, amusant la galerie sans chercher d’excuses, de prétextes, juste pour émoustiller avec un certain charme.
Les acteurs sud-américains, tous d’illustres inconnus pour nous, sont quasiment tous excellents, qu’ils soient femmes ou hommes, qu’ils soient les victimes ou les bourreaux. On conviendra certes que certaines phases sont plus réussies que d’autres, mais chaque situation possède une force narrative indéniable, une montée en puissance nette qui mènera à une explosion, soit de violence, soit nerveuse. Un jeu. Les nouveaux sauvages, s’apparente, pour ces artisans à un jeu des nerfs, à une tentative d’exposition des limites humaines en termes de tolérance, de patience et de pudeur. L’homme est un animal, nous dit-on en sourdine. Oui, passé un générique très adapté nous dévoilant quelques clichés d’animaux, prédateurs, proies et espèces rares, nous voilà confronté à l’animalité de nous autres humains, êtres primaires agissant d’instinct, excédé ou s’amusant simplement, par méchanceté ou vengeance, à faire le mal.
Alors que la dernière séquence, le mariage foireux, fût définit par une majorité comme étant la meilleure phase du film, j’en reviendrais personnellement à cette confrontation dantesque sur le bord d’une route. D’une prise de bec anodine, le tout dégénère en bagarre mortelle, d’une violence incontrôlée, le tout débouchant sur une réplique cinglante d’un enquêteur arrivé après l’orage. Cocasse et amusant. Osons maintenant espérer que les Nouveaux sauvages, son procédé, aura donné des idées à quelques autres metteurs en scène et producteurs, et ce même sur le petit écran, support encore meilleur pour une telle vitrine de sentiments, de situations. 16/20