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Un visiteur
4,5
Publiée le 24 novembre 2014
Après le succès de son précédent film Le prénom, Matthieu Delaporte surprend tout le monde en quittant la comédie, fut-elle acerbe, pour un registre beaucoup plus sombre. Avec son compère, Alexandre de La Patellière, il signe le scénario d’un film de genre crépusculaire aux frontières entre drame psychologique et thriller virant au slasher à tout instant. Magistralement interprété par Matthieu Kassovitz, Un illustre inconnu est la claque française de la fin d’année.
Sébastien Nicolas (Matthieu Kassovitz) est agent immobilier. Triste, timide et effacé, il observe avec acuité ses clients pendant les visites, conservant en mémoire toutes leurs mimiques et les détails de leur voix. Lorsque que ses clients partent en vacances, il se met dans leur peau, revêtant un maquillage et un déguisement complet, vivant pour quelques jours dans la peau d’un autre.
Un illustre inconnu débute tel un drame sur le suicide de Sébastien Nicolas. L’homme est maniaque et fait le ménage en profondeur alors même qu’il a prévu de s’endormir définitivement en ouvrant le gaz, la tête dans le four, pour partir dans la seule explosion qu’il aura connu de sa triste vie. Après cette introduction mettant en scène la fin de l’histoire, le générique débute et nous voilà face à l’homme présentant un appartement puis vaguant à ses occupations dans son propre appartement, terriblement vide et aseptisé, comme lui. On se dit alors que nous allons naviguer en plein drame psychologique suivant cette âme en peine n’étant que l’ombre de lui-même, vivant sa vie par procuration. Habilement mis en scène, des détails de prises de vues nous intrigue comme ces zooms sur des détails vestimentaires des clients. On commence à se dire que Sébastien Nicolas pourrait cacher de plus lourds secrets.
Un illustre inconnu puise sa force narrative dans ces détails-là, nous transportons peu à peu dans la psyché tourmenté du protagoniste principal. Dès que l’on finit par comprendre que Sébastien aime se travestir et se déguiser en étranger, un sentiment de malaise se fait jour. Un tel homme doit avoir des pulsions incontrôlées, son intérieur est trop propre, la plongée dans sa cave est digne des meilleurs films de tueurs en séries, minutieux, consciencieux, savamment ordonnés dans leur folie. C’est que Sébastien Nicolas semble avoir une longue tradition d’usurpations d’identités. Dans des tiroirs sont rangés ses archives. Que sont devenus tous ces gens ? Voilà la question que l’on se pose inévitablement, Nicolas tue-t-il ? Dans le métro, un ami de sa victime le reconnaît. Perturbé, il va se confesser au prêtre (Philippe Duclos) dont il était l’enfant de chœur. On retombe dans le drame psychologique car Sébastien Nicolas se sent sale, n’aime pas ce qu’il entreprend. On le sent au bord de l’inévitable. Il n’a pour l’instant agressé personne.
Un illustre inconnu, c’est donc un film sur l’altérité, sur la possibilité d’être transparents aux yeux des autres et du monde, sur l’impression de n’avoir rien accompli, de n’avoir comme le dit lui-même Sébastien Nicolas qu’exister sans vivre. C’est surtout un film sur la transgression et son acceptation. Tout le dilemme qui habite Sébastien Nicolas se joue entre la morale chrétienne qu’on lui a inculqué et des désirs, que l’on pourrait juger pervers, d’être un autre. Sa folie nous inquiète, ses actions sont terrifiantes. Mais n’avons-nous jamais rêver d’une autre vie ? L’intérêt de tout film de genre réussi est de polariser des sentiments universels en les transportant à la limite de la morale, histoire de nous faire réfléchir sur la relativité de celle-ci. Enfermé dans sa vie pathétique, en désaccord avec ce qu’elle lui a imposé, Sébastien Nicolas devient un autre homme en se révélant à travers autrui. Le dernier acte de cette quête insensé que nous ne divulguerons pas ici nous réconcilie avec Sébastien Nicolas en faisant poindre chez ce personnage inquiétant l’existence de sentiments que nous cherchions désespérément jusqu’alors. Reste qu’Un illustre inconnu a l’intelligence de laisser aux spectateurs une drôle d’impression. Ne vient-on pas de nous démontrer que l’on peut trouver un salut dans ce que d’aucun appellerait une déviance ?
Un illustre inconnu est fortement conseillé par la rédaction d’Une Graine dans un Pot. À la croisé des genres, le film de Delaporte prend des colorations fantastiques sondant la noirceur de l’âme humaine autant qu’il cherche à la libérer de ces carcans. Un illustre inconnu accompagne tous ces personnages sans jamais les juger, toujours sur la tangente, à la lisière de ce que la morale commune pourrait appeler le bien ou le mal.
Retrouvez nos autres critiques sur Une Graine dans un Pot :
Je ne me rue pas souvent pour aller voir un film français, mais celui-ci faisait exception, car il m'a rapidement attiré. C'était également l'occasion de découvrir Mathieu Kassovitz, souvent loué pour ses performances.
Un Illustre Inconnu explore la thématique de la quête d'une personnalité et de la volonté de ressembler à des personnes que nous ne sommes pas. Sébastien Nicolas est un agent immobilier discret et effacé. Il fait son travail, dirigé par un patron assez caricatural, qui ne se préoccupe que de sa personne. Mais Sébastien Nicolas est avant tout un véritable physionomiste, qui analyse toutes les mimiques et l'attitude des personnes à qui il fait visiter des biens immobiliers. C'est ainsi qu'il se prend à les imiter, jusqu'à prendre leur place dans la société.
Sébastien Nicolas n'est pas un personnage attachant. Au contraire, il fait même peur. Au delà de son aspect de bonhomme quadragénaire sérieux et quelque peu candide, se cache une face sombre de maniaco-dépressif, qui ne se satisfait pas de sa propre existence qu'il juge inutile, dénuée d'intérêt. Comme il le dit lui-même, il ne se sent vivre qu'à travers l'appropriation de la personnalité d'autres individus, qu'il vit comme un jeu, mais surtout un véritable exutoire. Ce qui est d'autant plus déroutant, c'est que Sébastien Nicolas lui-même n'est qu'une invention, un personnage créé pour être présentable en société, un déguisement lui permettant de se monter, sans toutefois se sentir vivant.
J'aimerais en dire plus, mais j'en ai déjà dit assez. Je regretterai que le film s'accorde quelques longueurs que je jugerai plutôt superflues, mais cela n'a pas gâché mon plaisir. Une attente comblée pour ma part !
Est ce que ça ne nous est pas arrivé, à tous? Brièvement, avoir envie d'entrer dans la peau d'un autre? Se dire, si j'étais lui, comment je vivrais ma vie?
Mais ça passe très vite parce que, globalement, tout le monde est content d'être soi.... Chez Sébastien, c'est au contraire une obsession. Ce quadragénaire terne, agent immobilier, catholique non pratiquant et qui rentre chez lui seul le soir bouffer un surgelé accompagné d'un verre d'eau a une passion: mimer les gens qu'il rencontre, ses clients en général, les copier, les reproduire (il a tout un atelier de moulages dans sa cave), acheter les mêmes vêtements, les suivre; s'introduire chez eux...
Jusqu'au jour où il tombe sur un client spécial: ancien grand violoniste (il a perdu deux doigts dans un accident), parfaitement misanthrope, parfaitement exécrable (il ne se soucie pas, entr'autres, de l'avenir des bâtards qu'il a pu produire.....) odieux, donc, mais fascinant. Le mimétisme va entraîner Sébastien, Sébastien l'inexistant, Sébastien l'invisible, beaucoup plus loin qu'il ne le voudrait.
On ne peut pas dire que le scénario, touffu, brille par sa crédibilité.... Tout ça est un peu dommage.
Dommage car Mathieu Kassovitz, une fois encore, est exceptionnel! Que ne se contente t-il d'être un grand acteur au lieu de réaliser des films aussi violents que bas-du-plafond, d'insulter la presse et d'envahir les media de commentaires débiles....
Dommage aussi car le sujet méritait mieux. Ce thème de l'individu banal qui se sent inexistant, qui passe à côté de la vie et qui pense qu'il existerait vraiment dans une autre peau, il est superbe et passionnant. Et mériterait autre chose que le film agréable, distrayant, mais superficiel de Matthieu Delaporte.
Intriguant est le premier mot à la vue du film...malgré des longueurs à la fin...le film est relativement captivant...les acteurs géniaux...un film très original...enfin...
Changement radical de genre pour les auteurs du Prénom Mathieu Delaporte (scénario, mise en scène) et Alexandre de la Patellière (scénario, production). Après la comédie place au drame et au film noir. C'est superbement écrit (même si n'est pas d'une grande crédibilité parfois) et mis en scène, ice mposant une ambiance glaciale, lente, tendue, sombre, assez fascinante. Les acteurs sont aussi parfaitement dirigés. Je ne suis vraiment pas fan de Mathieu Kassovitz (encore moins en tant que réalisateur) mais je l'ai trouvé vraiment très convaincant ici. Il se glisse dans la peau de ce psychopathe, qui ne fait jamais de mal à personne, avec une belle aisance. Il porte tout le film sur ses épaules. Une très belle prestation (qui le fait légèrement remonter dans mon estime). Tous les seconds rôles sont au niveau (la belle et trop rare Marie-Josée Croze, Olivier Rabourdin, Sophie Cattani ou encore Eric Caravaca). Un illustre inconnu s'avère être un très beau film sur l'identité et la recherche de soi mais aussi sur la solitude. Aussi troublant que déplaisant (dans le bon sens du terme), on passe du coup un moment assez bizarre devant ce thriller efficace qui sort un peu de l'ordinaire. Une belle surprise.
Il faut être courageux et tenir bien plus d'une demie heure pour enfin rentrer dans le cœur du film, cette histoire d'un homme déçu par sa vie qui se cherche une existence par procuration en incarnant des inconnus rencontrés au hasard. Passé cette trop longue entrée en matière d'une maladresse incompréhensible, qui accumule les scènes sans intérêts et gâche véritablement le film, l'histoire se met enfin en place, le scénario commence à se construire et l'émotion à surgir. Et à partir de là tout devient passionnant, très intelligemment construit (tant d'un point de vue du rythme que de la psychologie des personnages), et mis en scène avec efficacité. Un film pour une fois vraiment original, et qui offre un rôle magnifique à Kassovitz, tout en nuances et en non dit. A voir.
Film assez surprenant par l'atmosphère qui s'en dégage, Mathieu Kassovitz y est assez troublant, énigmatique, un rôle qui lui va bien. C'est l'histoire d'un homme qui n'aime pas sa vie et qui prend celle des autres, en tout cas c'est comme cela que je l'ai perçu. J'ai aimé, la mise en scène est dépouillée, sobre, les couleurs et les décors vont avec le sujet, simple, minimaliste. Comme dit l'autre: j'achète !!!
Si je n'étais pas sérieux, ce qui est le cas, je dirais que ce film s'inspire de la série des Fantomas des années 60 qui contribuèrent à la notoriété de Louis de Funès de Gallarza. Le héros, mégalo et bleuté, revêtait l'apparence de ses futures éventuelles victimes pour les faire généralement chanter en l'échange de rivières de diamants, à l'aide de masques plus ou moins grossiers. Jean Marais s'est certainement marré, ses maquilleurs eux riaient jaune. Si je redevenais sérieux, ce qui n'est pas souvent le cas, je dirais que le film de Matthieu Delaporte est un film intelligent et gouverné de main de maître par Mathieu Kassovitz. Ce dernier, Sébastien Nicolas au générique, même une vie d'une lente banalité. Agent immobilier, son costard gris clair semble sa seconde peau. Pas d'amis, hormis un écclésiastique plein de compassion pour son skin-costard, une vie sentimentale lacunaire, Sébastien a pour essentiel passe-temps le fait de se grimer pour ressembler à des quidams qu'il observe avec un soin maniaque. Patrick Sébastien aurait beaucoup à apprendre sur le sujet tant la précision du résultat obtenu est confondante. Les proches des gens qu'il "remplace" n'y voient que du feu, mais à trop jouer les copies, Sébastien s'emmêle un peu les pinceaux et se retrouve un peu coincé, comme ce qu'il est dans le civil. Kassovitz est, une fois encore, bluffant dans ce rôle où il cherche à tout prix à tromper la solitude et l'ennui, voulant maîtriser les choses sans pour autant nuire à personne. La musique quant à elle, de Jérôme Rebotier, colle à merveille aux émotions et aux mutations du héros. Rendre un thriller original n'est pas chose aisé, il fallait une distribution efficace, avec une mention galante pour Marie-Josée Croze, et un scénario aussi désirable au réveil, sans maquillage, qu'en milieu d'après-midi dans l'obscurité d'une salle de cinéma.
Bien qu'un peu lent à démarrer, ce film est très bien soigné, autant dans l'esthétique que dans les personnages. Nous avons ici un Mathieu Kassovitz à multi facettes qui s'en sort plus que bien, en bref un film qui donne du fil à retordre à notre cerveau quand à l’identité, l'être et le paraître. Faites attention, parfois l'habit peut faire le moine..
Le début du film est un peu lent mais ensuite on rentre dans le vif du sujet et on se passionne pour cette histoire d’un inconnu qui « emprunte » la vie des autres, illustres ou non. Une très grande performance d’acteur, autant physique que vocale de Mathieu Kassovitz et une mise en scène pleine de bonnes idées de Matthieu Delaporte avec, pour une fois, une très bonne utilisation du procédé du Flash-Back introductif. Mais le plus important dans le film, c’est son scénario, retors à souhait, et ses dialogues concis et percutants.
Ce film nous plonge dans le monde des apparences qui dupent facilement les hommes en général. Le personnage principal du film va utiliser cette faille pour tenter de changer de vie, se faire passer pour ce qu'il n'est pas. Le réalisateur va aussi jouer avec nous, avec notre tendance à accepter les choses un peu trop facilement, et ceci afin de nous amener sur de fausses pistes. Ce film est une intéressante réflexion sur la façon dont les hommes comprennent, interprètent le monde. C'est un questionnement sur notre rôle dans le monde, sur les mécanismes d'identification. Cette production montre les conséquences plus ou moins dramatiques que subit le personnage du film, victime d'un certain mal-être et incapable d'imaginer une autre voie que celle de l'identification à d'autres individus. Bonne réalisation de Delaporte et bonne interprétation de Kassovitz.
Monsieur Kassovitz nous sert un film d'exception. Le film est beau et on y voit toute la grandeur de cet acteur. L'histoire est tellement prenante qu'on ne se pose pas de questions sur la crédibilité de certains détails et on se laisse totalement emporté. Au dernier tiers on est tout bonnement accroché à son fauteuil. Comme dirait Valou, merci pour ce moment. Cela faisait bien longtemps que j'avais pas vu un bon film français.
L'histoire est très bizarre, limite fou. Mathieu Kassovitz est magistral. La première partie du film est trop lente, même ennuyeuse, mais la deuxième partie est assez prenante. A voir.