16 164 abonnés
13 121 critiques
Suivre son activité
3,5
Publiée le 26 juillet 2025
Quand Werner Herzog commence le tournage de "Cerro Torre" (1991), les ragots s'amoncelaient sur les problèmes vrais et supposès d'un tournage ô combien difficile! Ce fut, en tout cas, la plus obsessionnelle de toutes ses productions depuis "Fitzcarraldo" (1982), vaguement inspirèe de la première ascension du sommet le plus ardu de Patagonie! Personne ne parait savoir quel genre d'histoire on tourne ni même quels acteurs sont censès y jouer! Les rôles permutent au petit bonheur tandis que la prod introduit dans la distribution Donald Sutherland, Brad Dourif et même Mathilda May que Herzog avait personnellement dècouverte en France dans "Le cri du hibou" (1987). Bref, les montagnes russes en plein air quand on sait que l'actrice cèsarisèe a failli y laisser sa peau! A l'arrivèe un film intense et destructeur, à l'image du cinèaste, de Vittorio Mezzogiorno et de Stefan Glowacz, avec des paysages et des sèquences de grimpe à couper le souffle! Un Herzog à rèhabiliter...
Quand on a en tête Gasherbrum, on ne comprend pas trop où veut en venir le cinéaste. On quitte la casquette du documentariste pour errer dans les mesquineries humaines puis on revient à la fin en majesté dans les sommets incroyables. On reste forcément sur notre faim.
On dirait que, fort d'être un réalisateur unique en son genre, talentueux quel que soit le décor naturel, Herzog a voulu faire taire les remarques comme quoi ses œuvres sont aussi fondamentalement splendides que pauvrement écrites... Et pour cela, il a fait pire dans les deux extrêmes.
Le Cri de la Roche, c'est une histoire inspirée de l'histoire vraie du Cerro Torre, le plus grand défi d'alpinisme sur Terre, qui est longtemps resté invaincu. Et Herzog plante ses personnages avec le désir de les propulser avec un véritable et littéral kit de survie : émotion, revendication de l'exploit, performance sportive, la combattivité qui s'instaure autour du mélange des unes et des autres... Et il leur plante quelques pitons sous la forme de réflexions discrètes et bizarrement engagées qui font réfléchir dans plein de directions à la fois.
Ça se déroule pas mal, si ce n'est pour deux impairs : les acteurs n'ont aucune présence, sauf Mezzoggiorno et la modique Gunilla Karlzen. Donald Sutherland et Mathilda May font pâle mesure, mais rien ne dépasse cette dernière en matière de jeu d'actrice crispant. Et deuxièmement, tout est placé avec beaucoup trop d'opportunisme dans le scénario ; la performance du tournage prévalait, ce qui est normal et réussi, mais l'on ne se défera pas du sentiment que tout tombe quand il faut que sa tombe, tout au long de l'œuvre.
Herzog a au moins le mérite de créer une ligne de partage des eaux incontestable qui remet bien en question la nature de la cinéphilie ; qu'est-on là pour voir ?