Ils sont une grappe de clandestins, enfermés à l'arrière d'une camionnette, dans la chaleur écrasante du désert. C'est un désert qui ressemble à la mer d'ailleurs, une mer blanche, épaisse, où sommeille derrière les montages la promesse d'un monde meilleur. "Desierto" aurait pu être un film sur l'immigration. Il n'en est rien. C'est d'abord un récit quasi horrifique d'une chasse à l'homme, plutôt d'une chasse aux hommes, mise en œuvre par un psychopathe solitaire, sinistre, qui, à l'aide de son chien monstrueux, traque à mort tout ce qui ressemble de près ou de loin à un prétendant à l'Amérique. En cela, le film constitue une formidable critique contre une certaine culture réactionnaire américaine qui ferait de l'immigré un homme à abattre. L'œuvre arrive à point nommé en cette période d'élection présidentielle qui se jouera sur le spectre du terrorisme et la question migratoire. D'abord, il est notable de relever la photographie soignée. S'il ne s'agit pas d'une planète martienne cette fois-ci, les territoires immenses balayés par la caméra brûlent sous un soleil accablant, inhumain, hantés par ce personnage monstrueux. Le film est construit comme une sorte de chorégraphie contemporaine où les personnages, réduits à rien, sautent d'un rocher à l'autre, se fuient, et tentent de trouver une issue à leur course folle, sous couvert d'une musique haletante et effrayante. Il n'y a aucun espoir dans ce récit. Seul Gael Garcia Bernal parvient à donner au film un soupçon d'espoir. En fait, "Desierto", qui hésite entre les genres fantastiques, policiers ou sociétaux, est une métaphore à taille de désert, de chien fou et de peur, du parcours migratoire de ces milliers de femmes et d'hommes qui quittent leur pays pour l'Eldorado. Toute la question alors est de savoir si le drame commence, une fois la frontière franchie, solidement cachée par des barbelés, ou dans l'espoir de la ville qui attend quelque part, au bout de cette mer déserte.