Quelle déception, les gazelles ! Ça démarrait pourtant bien avec un générique vif et classieux – tous les crédits trouvant joliment leur place à l’image. Idée pas vraiment neuve (cf "Marc Dixon, détective", Otto Preminger, 1950), mais menée ici avec tant d’entrain qu’elle finit d’emballer le spectateur, déjà séduit par une bande annonce tordante. Le film va d’ailleurs continuer d’afficher cette nervosité - montage speedé et inventif, sons de fin de séquence courant sur la scène suivante, petits précipités d’images créant ça et là de savoureuses embardées du récit… Pour le reste, "Les Gazelles" a curieusement le même point de départ que le film de Manu Payet, "Situation amoureuse…" : un personnage principal qui s’apprète à s’engager pour la vie (un crédit immobilier vs un mariage). Dans les deux cas, la réapparition soudaine de l’ex bombe du lycée, de retour des states avec l’intention de redémarrer à zéro, va tout remettre en cause… Camille Chamoux et Mona Achache parviennent un moment à nous intéresser au sort de Marie, qui redécouvre à 30 ans les joies et galères du célibat. Elles pointent aussi avec malice le regard que portent les autres - la famille, les amis : A cet âge, une fille seule, c’est forcément suspect ! Mais très vite, hélas, les scénaristes montrent qu’elles ont eu la main lourde. Le film s’inspire, on le sait, du seule-en-scène de Camille Chamoux, "Camille attaque". Il importe malheureusement tels quels des éléments qui faisaient le bonheur des spectateurs de l’Européen mais passent mal l'épreuve du grand écran : l’abattage de la comédienne tourne vite au surjeu (Foresti, sort de ce corps !), les personnages secondaires dépassent rarement la caricature, et à peine esquissées, des idées sont même oubliées en chemin (l’hypocondrie de l’héroïne, par exemple). Surtout, passé la première partie qui décrit le parcours du combattant de Marie - son apprentissage du célibat et du bonheur d’être en bande - le script se débobine peu à peu, avec comme qui dirait un gros gros problème de résolution. Le montage vif et nerveux vanté plus haut s’avère en fait un simple cache-misère, un pauvre truc pour casser l’ennui. Et c’est raté.