"Timbuktu" est un film qui dénonce très bien les horreurs
(procès expéditif, lois stupides, privation des libertés, interdits sexuels, sentences inhumaines)
d'un extrémisme religieux qui tisse sa toile progressivement en Afrique. Ce qui séduit le plus ici, outre les paysages désertiques magnifiques, c'est la capacité du film à multiplier les mises en parallèle entre la liberté et l'oppression
(Kidane, tranquille à la campagne, symbolise le paradis et la vie alors qu'au village, la question des mariages forcés, de musique interdite, des gants obligatoires pour le poisson témoignent des pressions subies par les villageois)
en proposant des scènes assez fortes
(la mort poétique de la vache)
, magnifiques
(les gamins qui jouent au foot sans ballon)
, horribles
(la lapidation, bien que suggérée, est violente psychologiquement)
et incompréhensibles
(tirer sur des oeuvres culturelles au tout début du film)
, et en mettant les femmes à l'honneur car ce sont elles qui sont les plus visées. Ce qui est dommage dans "Timbuktu", c'est que le récit est très éparpillé au départ (le scénario parfois bancal passant trop vite d'un personnage à un autre), trop contemplatif globalement (ce qui m'a fait tourner de l'oeil par moments), perturbé par la multitude des langues parlées (arabe, anglais, français et tous les dialectes) et que le contenu pose des questions de cohérence
(pourquoi les femmes qui se rebellent ne sont pas punies par les djihadistes??)
. Enfin, malgré quelques errements narratifs, le réalisateur Abderrahmane Sissako retombe sur ses pattes en liant parfaitement le début de son film
(les djihadistes qui jouent avec la gazelle pour la torturer)
et la fin
(la fille prise en chasse)
. Au final, "Timbuktu" est quasi parfait sur le fond et plus mitigé sur la forme.