Dépeindre les tensions –pour ne pas parler de guerre civile- du début des années 70 en Irlande par le biais d’une intrigue autour d’un militaire anglais pouvait laisser craindre un parti-pris pro-loyaliste assez gênant, et c’est finalement dans la caractérisation des autres personnages que le film perd en objectivité. Si, dès l’ouverture où l’on voit le soldat Gary Hook jouer avec son fils (le fait d’en faire un père n’aura d’ailleurs pour seul conséquence que de plomber le rythme des dernières minutes du film), le héros devient automatiquement attachant, la façon dont l’armée britannique apparait comme dépassée par la violence des émeutiers indépendantistes et dont les irlandais semblent tous être des êtres indignes de confiance est si flagrante qu’elle rend discutable l’anti-manichéisme sur lequel le film tentera de retombé par la suite. Mais le véritable problème du scénario repose avant tout dans l’une de ses dernières répliques, à savoir « La situation était confuse ». Les membres irlandais des différentes factions paramilitaires sont si mal définis, aussi bien en tant que personnes qu’en tant que groupes, que pendant plus de plus de la moitié du film, le public reste dans le doute quant à savoir qui est qui, qui veut quoi et qui trahit qui. L’intention première du réalisateur qu’était d’appuyer l’aspect dramatique en montrant la place des enfants dans le conflit ne passe finalement que par deux personnages très stéréotypés: Le jeune Billy, côté protestant, un sidekick amusant par son franc-parler mais finalement peu exploité, et Sean, côté séparatiste, un adolescent peu sûr de lui. Même si l’écriture est terriblement brouillonne et génère des incohérences, Yann Demange réussit à assurer à 71 une esthétique soignée et, notamment grâce à la bande originale et à la prestation de Jack O'Connell, un suspense efficace qui sauvent l’ensemble de la déception totale.
Prix du public à Dinard où j ai pu le voir, film incroyable, non manichéen malgré le sujet traité, et des acteurs incroyables qui nous font revenir plus de 40 ans en arrière.
Film profondément anti-militariste qui montre avec réalisme un pays en souffrance divisé en camps flous eux-mêmes divisés en pseudo mafias ellles-mêmes divisées en groupuscules instables. Une violence indifférenciée, une dignité implacable, une ambiance plombée. A montrer à tous ceux qui croient à la justice des armes.
Impressionné par ce que je viens de voir! Quasiment traité en temps réel, le film nous met vite au coeur de l'action ; sans nous laisser le temps de nous ennuyer. LEs acteurs jouent avec brio, notamment Jack O'Connell et Yann Demange qui nous en mettent plein les yeux par leur prestance, leur jeu d'acteur. J'ai été totalement bluffé (pourtant pas grand fan de ce genre de film, surtout que ce n'est pas une production US... Mais au moins cela nous montre qu'il n'y a pas qu'a Hollywood ou en France que l'on peut faire des films de qualité à tout niveau). LE coté historique est très bien représenté (même si par moment, certains auront peut être une légère nausée ; notamment ceux du 1er rang^^), et on est dans un contexte historique. Mais le film tire plutôt vers le coté "thriller", immergeant, impliquant le spectateur dans la dureté qu'implique une guerre ; quelqu'elle soit. Pour un premier long métrage, Yann D. à tapé fort et j'espère qu'il réitèrera la chose aussi brillament et captivant et que pour celui-ci (avec l'émotion qui va avec). BRef, une très bonne surprise que je conseil aux amateurs et autre non initié^^.
Etrange similitude entre ce premier film d'un inconnu, Yann Demange et le film qui révéla Paul Greengrass, Bloody Sunday. Sans doute le premier a-t'il inspiré le second comme Hidden Agenda de Loach inspira le premier... mais quelle tension permanence, quelle maîtrise du montage, la subtilité des non-dits, d'un stress subtilement suggéré dont la musique est pour beaucoup. La reconstitution graphique et intellectuelle de l'époque est incroyable et interdit toute reflexion du spectateur, en apnée de la première scène sur le sol de Belfast au fondu au noir final. L'on pourra toujours chipoter sur une très grande maîtrise technique dispensant de s'attarder sur les personnages et le scénario. Pourtant le sujet se prête à l'épure, tant tout est dit dès les premières minutes et une fois pour toute de la rudesse et du manichéisme conflictuel qui prévaut: catholiques et protestants se haïssant, logique guerrière jusqu'au-boutiste des services spéciaux de Thatcher et de l'IRA. Tout est dans cette affirmation: "c'est une guerre"... or, était-ce vraiment une guerre? C'est un sans faute que ne permettent souvent que les premiers films. Demange devra confirmer sa qualité d'auteur et surtout de s'enfermer dans un rôle de "nouveau Greengrass". Car le sujet du film y est pour beauoup. Il faudra trouver aussi fort. En attendant, quelle claque!
Un film de guerre et survival d’action à couper le souffle, véritable uppercut aussi saisissant que tendu et sans concession. Yann Demange accouche d’un très grand « petit film » au triomphe modeste mais à la virtuosité éclatante. Une claque bourdonnante.
La bande annonce de '71 était survitaminée. Au final, on assiste à un drame historique plus qu'à un film d'action. Attention toutefois, les scènes de guerre civile sont excellentes. Ce sont peut-être même les meilleures car l'on retient son souffle et l'on reçoit presque une claque. Presque. Yann Demange filme vraiment très bien ce type d'opérations. Bien mieux que les scènes dramatiques et notamment celles où ses personnages doivent montrer leurs sentiments. Ces dernières scènes sont plutôt ratées car très superficielles : par exemple, une scène où le personnage principal joue au football avec son fils contient tout ce qu'on a déjà vu ailleurs et qu'on n'a surtout pas envie de voir (niaiserie, tout le monde est heureux et fait le foufou dans un parc, etc …).
'71 est effectivement assez inégal : aux scènes excellentes de reconstitution historique ou de vie militaire (certaines me font même penser à Full Metal Jacket) se succèdent des scènes que l'on sent trop forcées ou trop exagérées (un petit garçon qui jure comme un charretier et qui déteste plus que tout au monde les catholiques par exemple) et qui plombent le propos.
Dommage parce que le réalisateur avait su trouver de très bons acteurs et une histoire que l'on suivait avec intérêt puisque la guerre civile en Irlande est un sujet très peu traité au cinéma. Malheureusement, ce caractère inégal du film et le scénario assez maigre en font uniquement un film à voir pour certaines scènes et non pour son ensemble. J'aurai espéré plus.