Nous ne sommes pas seuls dans l'Univers. Si cette phrase peut paraître présomptueuse en l'absence, à l'heure actuelle, de toute preuve de vie extraterrestre, l'existence de milliards et de milliards de galaxies, contenant chacune des milliards et des milliards d'étoiles pour un nombre encore plus astronomiques de planètes, convainc de l'absurdité de toute réponse négative. Nous ne savons pas où se trouve la vie, car nous ne l'avons pas encore trouvée. Et comment nous en blâmer ! Tout nous dépasse : l'univers est tellement vaste, tout est tellement loin de nous tandis que notre exploration de l'espace ne fait que commencer, et cette question, sans cesse : qu'y a-t-il là-haut, parmi les étoiles ? Animés d'une insatiable soif de découverte, nous collectons de fantastiques informations sur les objets célestes qui nous entourent depuis des décennies, sans pour l'instant, avoir décelé la moindre trace de vie extraterrestre. Mais cela viendra peut-être un jour, car dans cette immensité, dire qu'il n'y a pas de vie, ça reviendrait à plonger un verre au milieu de l'océan, à remarquer qu'il n'y a pas de poisson dedans, et en conclure, que l'océan est vide. Ce serait parfaitement absurde. Pourtant, quand on pense à : "rencontrer de la vie", l'on pense surtout à d'autres formes de vie que celles que l'on rencontre sur terre, des formes de vies avec lesquelles on pourrait communiquer et philosopher. Des formes de vies que l'on traiterait d'égal à égal, pour peu qu'elles aient été en mesure de former leur propre civilisation. Mais à quoi pourraient-elles ressembler ? Et comment se déroulerait le premier contact ? Eric Heisserer, le scénariste de ce "Premier Contact" évacue d'emblée la rencontre proprement dite. Comme dans multitude d'autres œuvres de fiction, ici, ce sont les aliens qui viennent sur terre pour faire, on ne sait trop quoi, sinon faire léviter leurs vaisseaux en différents points du globe. Il appartient alors aux Êtres Humains d'essayer d'établir… Le contact, justement ; de communiquer avec ces êtres venus d'ailleurs, pour comprendre leurs intentions. Mais comment s'y prendre ? Et quels en seraient les résultats ?
C'est là un exercice d'imagination des plus stimulants. En tant qu'être Humains, il est évident que tout ce que nous nous représentons, nous nous le représentons selon des considérations qui nous sont parfaitement propres. Notre vision est auto-centrée, et bien que certaines écoles de pensée puissent influer sur la manière dont nous expérimentons la vie et voyons le monde, nous resterons toujours enfermés dans un même carcan ; le nôtre. Car nous ne sommes pas autre, nous ne pouvons que tenter d'imaginer comment l'autre perçoit ce que nous percevons nous-même, sous des formes peut-être identiques ou différentes ; quant à imaginer ce que l'autre pourrait percevoir qui nous est totalement étranger, c'est là encore plus abstrait. Et justement : si vie il y a ailleurs, rien ne nous dit qu'elle puisse penser comme nous. Peut-être même, pense-t-elle d'une façon tout à fait déconcertante car trop opposée à la nôtre.
Premier Contact, c'est cette idée. Passée l'étape ô combien troublante des présentations, il s'agit pour l'équipe de scientifiques de réussir à communiquer avec les aliens, en réussissant déjà à comprendre leur système d'écriture. Mais il ne ressemble à rien de ce que l'être humain connaît ; les mots eux-mêmes semblent avoir un sens différent sitôt exprimé dans leur langage. Entre impératifs politiques et difficultés linguistiques, le Premier Contact, c'est un récit des différences au sein du vivant et de comment le langage structure la façon de penser et de percevoir le monde. Une idée qui en soutient d'autres ; pour un Être quel qu'il soit, le langage ne structure pas seul sa vision du monde et de l'existence, importe également son environnement et ses expériences de vie. Cela n'empêche pas de se trouver des points communs, même si les différences, elles, subsistent. Chacun en est quitte, au moins, pour une plus large ouverture d'esprit.
Sur le plan science-fiction, donc, Premier Contact est un film solide, exploitant un certain nombre d'hypothèses chères au genre. Enfin, il parle également de nous, de l'Être Humain. C'est une idée que nous avons tous déjà eu : "si j'avais su…" sous-tendu "j'aurais agi autrement". C'est idiot et pourtant, on en vient souvent à regretter nos choix. Comme s'ils ne nous apprenaient, ne nous apportaient jamais rien. Je crois que c'est la meilleure façon de s'infliger d'inutiles blessures et de se morfondre continuellement. On ne maîtrise pas tout, car on ne le peut pas. Chaque choix a ses effets, simplement, certains nous plaisent plus que d'autres. Et puis, il y a des choix qui renferment en eux-mêmes une somme de joie et de peines, pour une destination incertaine, parfois douloureuse. Est-ce à dire que cela efface tout le reste ? Non, bien au contraire. C'est ça, la vie ; un voyage qui fait se sentir vivant le temps qu'il dure, qui apporte mille tracas et ennuis à chacun, et que nous quitterons par la même porte. Peu importe notre espèce.