"La Résistance de l'Air" se démarque des scénarios et films du même acabit et présente ainsi un intérêt à mon avis bien particulier surtout en tant que premier film de Fred Grivois...
Car au fond, on pourrait croire que ce genre d'histoire sent le déjà vu, mais ce serait un peu vite expédier cette réalisation aux oubliettes et ceci, d'autant plus injustement.
Ce qui est tout de suite séduisant, tient à cette ambiance grise et métallique, celle des armes à feu utilisées par ce champion du tir au fusil, qui rejaillit même sur cette petite famille par la façon de filmer ces visages avec un soupçon d'inquiétude latent...
En effet après un début extrêmement sanglant, on retombe presque bizarrement dans l'univers tranquille, en apparence, de ce couple dont la future et fragile maison apparaît telle un squelette de bois, perdue en pleine nature malgré des difficultés financières évidentes.
Puis, le basculement attendu se produit comme une solution, une issue inespérée aux soucis de l'existence, du père malade problématique et encombrant et à cet argent qui se laisse toujours désirer...
C'est alors que l'inattendu va arriver suite à un contrat un peu spécial, et que toute cette histoire devient alors véritablement passionnante en faisant du personnage de Vincent, un être fluctuant, influençable et manipulé, qui passe de la découverte d'un nouveau milieu, complètement grisant à ses yeux, à un retour salvateur auprès des siens.
C'est toute cette ambivalence qui retient ainsi notre attention, comme si cet homme lambda faisait face à une double personnalité en se transformant radicalement sous l'effet de cette nouvelle vie, tout en gardant au fond de lui un pied rassurant dans son train train et ses habitudes !
À ce titre la démonstration de la manipulation fonctionne à plein, avec un mode opératoire diabolique, chaque point faible étant analysé et utilisé, comme sur du velours !
Et c'est ainsi que ce jeu d'équilibre entre la vie de tous les jours et cette nouvelle vie, qui plonge Vincent dans un autre monde, va devenir un point d'oscillation fascinant, comme si on passait du drame familial au thriller noir et vice versa...
Reda Kateb porte sur ces épaules, ce personnage ambivalent, de manière remarquable et Ludivine Sagnier le complète très adroitement.
Johan Heldenbergh en personnage séducteur, littéralement diabolique est assez époustouflant dans sa prestation plutôt troublante !
Une réussite indéniable qui nous fera méditer sur les avantages incontestables d'une vie toute tranquille même si un peu routinière !