Avec « Legend » Brian Helgeland signe un long-métrage qui semble faire tout les efforts du monde pour ne proposer aucune idée de cinéma. En effet, il est rare de voir une œuvre, et le cinéaste qui la réalise, mettre à ce point toute volonté ou vision artistique en sourdine dans le seul but de servir une ambition technique. Et quelle ambition technique : voir Tom Hardy incarné deux frères jumeaux, les Kray, gangsters notoires des années 60 en Grand-Bretagne.
Le spectateur se voit alors obligé de suivre un récit, qui n'avait déjà pas grand chose à offrir, amputer de toute envie visuelle ou narrative. C'est avec une platitude extrême que Helgeland met en scène son film, se contentant de répéter champs contre-champs et plans fixes jusqu'à l'écœurement, dans le seul but de permettre à Hardy d'apparaitre en double à l'image, sans que cela soit trop compliqué techniquement à mettre en œuvre. « Legend » n'est donc ni plus ni moins que la victoire de la technique sur l'artistique, ou, quand l'interprétation d'un acteur célèbre prévaut sur les intentions d'un long-métrage.
Ainsi, le deux heures se révèlent encore plus frustrantes, car si toute envie créatrice a été abandonnée, cela aurait au moins dû être pour une raison valable, et non pas pour la vision affligeante d'un Tom Hardy (pourtant bon à l'accoutumée) qui cherche sans cesse à dépasser de nouvelles limites dans l'outrance et l'infiniment ridicule. L'acteur est donc tantôt risible dans son interprétation du frère dérangé, là où il semble tout simplement absent lorsqu'il incarne l'autre facette du duo.
Même en essayant de faire totale abstraction du jeu d'acteur de Hardy et de l'absence de vision créatrice de la part de Helgeland, ce qu'a à offrir « Legend » est d'une grande pauvreté. Le tout n'étant qu'un banal biopic retraçant le destin de criminels, de leur ascension fulgurante jusqu'à leur chute finale, sans oublier de s'intéresser à la romance parfaitement insipide de l'un d'entre eux. Là où la relation de ces deux frères avait tout pour passionner, l'un nourrissant perpétuellement la tragédie de l'autre, elle se retrouve vite noyée dans le formol du classicisme : voix-off, ascension et chute de figure célèbre, acteur en faisant des tonnes et même, panneaux de fin en blanc sur noir expliquant ce qui se passe après ce que l'on vient de voir. C'est une narration schématique que suit « Legend » dans laquelle tout est attendu et prévisible, cochant un à un les passages obligés du biopic fainéant et consensuel.
« Legend » est un long-métrage comme on aimerait en voir le moins possible, dénué de proposition de cinéma et à la structure tellement classique que cela en devient insupportable, le film de Helgeland ne déploie rien, et ne semble à aucun moment vouloir le faire. Ne cherchant qu'à mettre en image Tom Hardy dans un double rôle qui ne fait aucune étincelle, l'œuvre passe à côté d'un potentiel dramatique bien réel, qui ne se verra jamais exploité : celui d'une dualité physique.