Toujours à l’affût des sensibilités rarement représentées au cinéma, j’ai sauté sur celle-ci, qui retrace le parcours d’une famille sous le régime oppressif des Khmers rouges dans le Cambodge de la fin des années 70...même si Denis Do, né en France quelques années plus tard, a finalement une approche plutôt occidentale sur la question, et si la direction artistique est le fait d’un autre Français. Le réalisateur n’a pas connu le régime de Khmers rouges mais en a entendu parler à travers les souvenirs de sa mère, et s’efforce d’évacuer sa culpabilité de survivant dans un récit qui se nourrit du traumatisme familial tout en le pliant aux contingences du récit romanesque. Le scénario n’évacue rien des horreurs perpétrées par ces communistes fanatiques qui rêvaient de bâtir une société nouvelle en faisant table rase de l’ancienne, la première étape se résumant à expédier les couches sociales urbaines qui exerçaient des professions intellectuelles travailler la terre dans des conditions effroyables, la seconde étant de briser les familles afin d’éduquer les enfants dans le culte de la nouvelle idéologie. Cette violence, ‘Funan’ préfère le plus souvent la laisser hors-champ, notamment lorsqu’elle est perçue par un enfant dont on observe alors la réaction de stupeur incrédule, ou la suggérer de façon plus ou moins métaphorique : un tel choix possède un intérêt évident sur le plan artistique et permet de ne pas être taxé de complaisance gratuite mais il a le défaut d’atténuer inutilement les choses auprès d’un public, notamment pré-adolescent, qui n’aurait aucune connaissance préalable de la destruction méthodique de la société cambodgienne envisagée par les Khmers rouges. Inévitablement, ‘Funan’ se voit obligé d’assurer quelques péripéties parfois bancales, afin de ne pas en rester à la description dépassionnée d’un quotidien mortifère, sous le joug d’un collectivisme sourd et aveugle...mais ces péripéties superflues permettent au moins de prendre le temps d’admirer la fort belle tenue visuelle de cette nature luxuriante, qui contrastent avec des personnages sobrement détaillés et réalistes, fruit d’une esthétique à la fois européenne et asiatique, dans la filiation de la Ligne Claire et dans celle de Isao Takahata. ‘Funan’ n’a de toute façon pas vocation à être une expérience “plaisante”, de laquelle on sortira heureux et ragaillardi, mais de faire survivre la mémoire nécessaire d’un des régimes les plus barbares que le monde ait connu.