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    Rencontres
    note moyenne
    3,0
    9 notes dont 1 critique
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    1 critique spectateur

    Norgaard
    Norgaard

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    4,0
    Publiée le 18 avril 2014
    Tout a apparemment déjà été dit sur l’amour et pourtant on y revient sans cesse au cinéma comme ailleurs, avec une multitude d’angles, de points de vue et de façons d’essayer de toucher du doigt un peu du mystère de ce curieux sentiment. Entièrement centré sur l’épreuve du premier face-à-face, Rencontres parvient brillamment à saisir une partie de cette énigme en concentrant toute son attention sur l’aspect quasi chimique et physique du phénomène, faisant de ce documentaire au statut incertain un étonnant et réjouissant bestiaire des comportements amoureux. Le documentaire cinématographique a toujours eu un rôle un peu bâtard au cinéma. Documentaire biaisé abandonnant son éthique journalistique pour faire du scénario selon certains, genre mineur ne méritant pas la qualification d’œuvre d’art selon d’autres, il garde un statut un peu à part dans la production cinématographique, pas complètement dedans mais pas totalement dehors non plus. L’art documentaire, car c’en est bien un, a pourtant un mérite tout simple mais tout sauf anodin : représenter le réel, et c’est jusqu’à dernier ordre encore une des missions, entre autres, du cinéma. Car Rencontres n’est pas une enquête sociologique à la méthode scientifique inattaquable, ni un drame amoureux qui fera pleurer dans les chaumières, et c’est tant mieux. Le film de Maroussia Dubreuil et Alexandre Zeff a en effet son propre genre, quelque part entre le micro trottoir et le film choral, ce qui en fait un document assez rare et donc précieux. Petit rappel de l’opération : une soixante de volontaires sont recrutés ici et là pour rencontrer un ou une illustre inconnue autour d’un verre (oui, le rituel n’a rien d’original de ce côté-là) le temps d’un après-midi de l’été parisien, et donc être filmés en plein acte de sympathisation (ou pas). Voilà pour l’aspect sociologique. Côté cinéma maintenant, seuls 10 couples auront l’honneur du montage final, évidemment les plus intéressants on l’imagine : on est déjà là dans une forme de récit, car le parti-pris est ici clairement de zapper l’ennui et le convenu pour aller dans ce qui sort de l’ordinaire, et qui va pouvoir interpeler chacun de nous, parce que chacun s’identifiera un peu, forcément. Cinéma toujours, tout ça est bien sûr filmé et la caméra n’est pas invisible, comme la prise de son, et il faut bien que cela ait une forme d’impact sur les comportements que l’on découvre à l’écran, mais c’est un biais difficilement contournable à moins de faire de la caméra cachée, ce qui serait quand même un peu léger artistiquement parlant. Tout ceci étant dit, car on est forcé d’un peu questionner le statut artistique et scientifique de tout ça, Maroussa Dubreuil et Alexandre Zeff ont réussi à faire de ce pari au fond assez risqué un vrai moment de cinéma, et il faut bien le dire un vrai moment de vérités, au pluriel (je précise car je sais bien que certains d’entre vous ne lisent pas ces lignes avec le sérieux qu’il faudrait). En diversifiant les profils psychologiques et les duos amoureux, Rencontres sait ainsi laisser ouverte la grande question tout au long du film, sans jamais vraiment lasser le spectateur, qui trouve constamment de quoi rebondir et se confronter lui-même à ce qu’il voit de l’autre côté de l’écran. Il y a en effet beaucoup de choses dans ce Rencontres, en tout cas assez pour ne pas avoir l’impression d’être dans la démonstration pure et simple, et c’est en ça que l’on est donc ici complètement dans le cinéma avec un grand C (là j’ai préféré mettre la majuscule, toujours pour que les moins concentrés saisissent plus facilement). Si l’on rit bien sûr souvent, le cocasse des situations n’échappant à personne, Rencontres offre aussi surtout l’occasion de se poser là et d’observer forcément un peu fasciné ces scènes paraissant surréalistes mais pourtant on ne peut plus réelles. Captant souvent très bien l’angoisse du regard de l’autre sur le visage de certains, sorte de terreur d’être jugé, il attrape au passage dix autres comportements et expressions typiques se baladant quelque part entre l’arrogance à la timidité maladive : difficile de nier que tout cela a l’air vrai, ça semble d’ailleurs l’être le plus souvent, et cet effet de réel vaut bien quantité de scènes plus romanesques vues et revues ailleurs au cinéma. Rencontres documente effectivement le sentiment amoureux comme on ne l’avait pas encore tellement fait jusqu’à présent, d’un voyeurisme assumé mais dénué de toute intention malsaine, empli d’une forme de tendresse pour ses accidentels héros. Il se dégage au final une vraie poésie de cette somme de discussions apparemment banales, belle plongée dans la précarité affective des êtres, et dans nos solitudes. Beaucoup de films n’en font pas autant.
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